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"L'art" de la guerre ?

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par Francis Martin le 16 avril 2008

Francis Martin,

Rédacteur en chef du magazine
de la ville de Chatellerault

 

Chacun connaît l'adage de l'officier prussien Carl von Clausewitz: « La guerre n'est qu'un prolongement de la politique par d'autres moyens. »
Dès lors, comment s'étonner que les communicants qui sont essentiellement au service des femmes et hommes politiques adoptent cette maxime, plus ou moins consciemment. Certes. Mais, alors que notre pays est en paix avec tous ses voisins au point même qu'un différend diplomatique dans l'Union européenne soit désormais estimé comme un véritable tremblement de terre, est-il admissible de regarder encore aujourd'hui l'opposant politique comme un ennemi ?
Bon an, mal an, ne faudrait-il pas admettre qu'un élu, qu'il soit majoritaire ou opposant, est d'abord un partenaire dont la principale volonté est d'améliorer le sort collectif de ses concitoyens ? N'est-il pas venu le temps de considérer que tout « point de vue », au sens littéral du terme, n'est qu'un « angle » au sens où le traite depuis longtemps les journalistes ? Le temps de la Gazette de Théophraste Renaudot, inventée en réalité par Richelieu, n'est-il pas un peu dépassé ?

Un « diamant »
Je me souviens des propos de mon professeur en sciences de la
communication à la Sorbonne. Puits de savoir, dépassant de loin les
seuls domaines, pourtant vastes, de la seule communication, médiéviste
et érudit, il disait «
La réalité est comme un diamant qui reflète la réalité. Un homme à lui
seul ne peut en voir toutes les facettes. Notre «pauvre» communication
n'est qu'une représentation de quelques facettes de cet éclat. Tout
cela parce que l'homme est un bougre de fainéant ! Il ne peut, pauvre
homme, ne réceptionner ou n'émettre que quelques rares messages à la
minute… L'art de la communication consiste alors à ne donner un « point
de vue » à un récepteur « actif », qui lui-même ne sera capable
d'écouter, de voir, de comprendre, voire de répondre, uniquement ce
qu'il veut. Plus exactement, ce que sa conscience, son histoire
personnelle et collective, sa culture, son opinion ou sa religion, etc.
est capable d'entendre ou de comprendre, puis de retenir. »

Débrouillez-vous avec ça ! Ou plutôt, soyez à la hauteur de l'infini
dimension microscopique de votre pouvoir… Et si cette dimension peut
légèrement augmenter, ce ne sera que grâce à vos qualité d'humilité et
d'ouverture aux autres.

« Humilité »
A dix neuf ans, quand j'ai été recruté, un peu par hasard, pigiste de
Ouest-France en Mayenne, tout heureux de cette inattendu pouvoir, j'ai
commencé par m'acheter chez le libraire du coin une carte IGN de toutes
les communes qui allaient lire ma « prose ». J'ai entouré à coup de
gros feutre noir (à l'époque, en 1979, je crois bien que les
surligneurs n'existaient même pas !) tout mon « lectorat » supposé.
Quelques centaines de chaumières abritant des milliers de lecteurs.
Mazette ! Puis je me suis dit que le « lectorat » en question n'était
pas enchaîné à mon journal, qu'il pouvait avoir autre chose à faire que
de me lire, ou bien même qu'il lisait Le Monde, le Courrier de la
Mayenne ou écoutait uniquement la radio, voire même, doux Jésus !, se
contentait des avis d'obsèques, du programme télé ou des faits divers…
Finalement, cette nouvelle responsabilité de scribouillard m'a fait
connaître (un peu) des qualités qui convenaient encore assez peu avec
ma fougue d'idéaliste et de journaliste en herbe : l'humilité,
l'honnêteté et l'ouverture aux autres. Alors, j'ai bien vite oublié ma
carte IGN. Je ne m'en servais plus que pour reconnaître le parcours
quand inopinément, j'étais tiré de ma machine à écrire Olympia par la
sirène des pompiers. Aujourd'hui que j'écris pour un journal municipal,
parfois le journal de l'agglo, j'espère bien que ces qualités me sont
restées. Elles me permettent d'ouvrir un peu les yeux, de ne pas me
limiter à mon petit « pré carré » philosophique ? Quand j'écris,
j'essaie de garder à l'esprit l'idée, belle comme une pierre précieuse,
que les « autres », c'est à dire les habitants, bien sûr, les
électeurs, tous les électeurs, ceux de la majorité et ceux de
l'opposition, même celui qui a comparé ma ville – c'est l'exacte vérité
– au Liban !, les lecteurs de niveau « troisième » et ceux « bac + 4 »
comme on dit au Monde, et accessoirement, les contribuables qui me
paient… bref, tous ont eux aussi une facette du diamant. A nous tous,
nous parviendrons peut-être à faire taire un peu les fusils et à créer
une communication ne soit pas seulement une arme de brocante mais soit
aussi un art de l'humanisme.

Le 25 mars 2008
francis.martin@ville-chatellerault.fr

1 commentaire(s)

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lundi 21 avril 2008 10:55 par carpentier florence
La lettre de Francis Martin m'a profondément touchée.
En charge de la communication dans une mairie depuis un an et demi, je ressens les mêmes sentiments dans mon travail au quotidien, en tenant notamment à jour le site internet de la ville.
Servir au mieux les administrés en leur donnant l'accès le plus large et le plus facile à l'information, n'est-ce pas là le plus beau des métiers ???

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