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Dircoms : col blanc, col gris ou salopette ? | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Dircoms : col blanc, col gris ou salopette ?

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Il se dit que l'on reconnaît le travailleur à ses mains. Le nombre de cals ou de cicatrices étant, a priori, proportionnel à l'implication physique de la personne dans la réalisation de son travail, les mains sont donc bien le reflet, l'incarnation plutôt, des aspects manuels des tâches accomplies. On distingue ainsi au premier coup d'œil celles d'un chirurgien, celles d'un agriculteur ou celles d'un garagiste. Et on ne confond jamais celles d'un bûcheron et celles d'un comptable.

Qu'en est-il des mains des dircoms ? Sachant qu'il ne s'agira ici, autant le préciser de suite, que d'une parabole, vous l'aviez deviné. Les mains de nos communicants publics sont-elles fines et manucurées ? Sont-elles ointes et parfumées d'une riche et onctueuse crème de protection ? Sont-elles, au contraire, plutôt rugueuses et fripées ? Les ongles sont-ils ébréchés, mordillés à l'envie ainsi que la peau qui les entoure ? Les cuticules sont-elles savamment repoussées ou bien sont-elles des bourrelets desséchés prêts à se détacher au moindre frottement, par de petits lambeaux qui déjà rebiquent ? Pour le dire autrement et plus trivialement, les mains de dircoms sont-elles préservées des tâches salissantes et peu valorisantes ou bien portent-elles les stigmates de leur séjour prolongé dans le cambouis ? Il s'agit, là encore, d'une image.

Je me livrais à cette réflexion il y a quelques temps, en transportant des cartons bien poussiéreux dans la réserve d'un stand. J'y pensais également en ôtant, de la moquette de ce même stand, quelques mouchoirs usagés abandonnés par des visiteurs, un chewing-gum mastiqué à souhait et un bonbon à demi sucé, sans doute par un quelconque garnement. Et j'y réfléchissais définitivement en observant, ça et là, quelques collègues qui, sur d'autres stands, réussissaient à garder leurs vêtements immaculés, leur coiffure bien en place et leurs mains absolument blanches. Pas une goutte de sueur ni un grain de poussière pour venir troubler l'ordonnancement parfait de leur tenue et de leur apparence. Me détaillant alors dans un miroir des toilettes des hommes du hall d'exposition où se tenait le stand - tout en tentant d'enlever de mes mains des tâches noires et à la provenance douteuse - me sautaient au yeux, dans le désordre, ma mine déconfite, les traces de transpiration sur mes tempes, l'empreinte grisâtre d'un carton porté sur une épaule et les plis devenus peu orthodoxes de mon pantalon. Immédiatement et in petto je m'interpellais pour me demander s'il était bien sérieux que je mette autant la main à pâte ? Et au-delà, s'il était bien inscrit dans ma fiche de poste que je doive endosser, en plus d'autres responsabilités, celles de manutentionnaire, de manœuvre et, accessoirement, celles d'agent de nettoyage ? Question fondamentale qui venait, vous vous en doutez, renforcer mes craintes que l'on me confondît avec un vulgaire prestataire logisticien. La blessure narcissique n'était pas loin.

Plus tard, cette réflexion m'est revenue en mémoire, alors que, assurant mon tour de permanence sur l'évènement et commentant pour la trentième fois de l'après-midi la maquette d'un projet de mon institution exposée sur le stand, je ne pouvais m'empêcher de jeter un regard au stand d'une autre institution, à l'autre bout du hall, où mon homologue riait avec quelques élus, à l'occasion d'une de ses courtes présences épisodiques, rythmées visiblement uniquement par les venues annoncées de ses employeurs et non par le partage équilibré de l'animation collective du stand. En effet, de jolies hôtesses souriantes et muettes semblaient, seules, avoir la charge d'accueillir les visiteurs par des distributions automatisées de flyers ou de dépliants.

Je me suis dit alors qu'il n'était pas déchoir, même pour un dircom expérimenté, d'être au contact régulier avec la réalité, qu'il s'agisse de celle du poids des cartons ou qu'il s'agisse de celle émanant de l'écoute de ce qui constitue, après tout, nos cibles privilégiées, à savoir les visiteurs du salon. En somme, il m'est apparu que, en salopette ou en col gris, j'étais toujours dans mes fonctions de dircom. Un jour ou l'autre, peut-être, devrais-je me contenter d'un col blanc. Non pas par choix tactique mais par obligation liée à des contraintes physiques, articulaires ou musculaires. Pourtant, il me restera encore l'occasion de descendre en salle des machines, au moins symboliquement, en privilégiant la proximité avec le terrain, avec la vraie vie et avec les vrais gens. Certes, des manches de ma veste sortie tout droit du pressing et entourant une chemise impeccable et du dernier chic, sortiront deux mains de dircom de terrain, deux mains d'ouvrier de la com' publique. Rien de tel pour garder en mémoire que nous exerçons un métier où il ne faut pas craindre, parfois, d'aller au charbon, de se retrousser les manches et de se salir les mains. A tous points de vue.

Illustration : 123RF®