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Rigueur pour la communication gouvernementale et faux débats.

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par Bernard Deljarrie le 18 novembre 2011

Une baisse de 40 millions d'euros des crédits alloués la communication gouvernementale vient d'être annoncée. Dans la foulée du rapport de la Cour des comptes, qui épingle les dépenses de communication des ministères,  chacun y va de la nécessité de réduire les «  dépenses les plus inutiles aux Français, à savoir les dépenses de communication du Gouvernement ». Commentaires sur un débat pas toujours à la hauteur.

L'amendement n° 567, déposé par Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, (et ancienne cadre territoriale) proposait de réaliser une économie de 14,61 millions d'euros sur l'une des dépenses « les plus inutiles aux Français, à savoir les dépenses de communication du Gouvernement ». « Dans le cadre du plan d'économies annoncé par le Premier ministre le 7 novembre, a répondu Valérie Pécresse, ministre de Budget, nous proposerons de supprimer 40 millions d'euros de crédits de communication en procédant ministère par ministère ». (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

Les dépenses de communication des ministères et du gouvernement vont donc connaître en 2012 une baisse de l'ordre de 30%.  Les députés, toutes tendances confondues, s'en sont réjouis lors du débat parlementaire de lundi dernier.  

A gauche, les députés ne sont pas mécontents de tacler le gouvernement sur l'augmentation de ces dépenses « inutiles », justifiant que « en Poitou-Charentes, les dépenses de communication ont diminué de 57 % » et que« le budget communication de la région Île-de-France a baissé de 54,3 % ».
A droite,  les parlementaires savent que, dans la période électorale qui s'ouvre, la communication gouvernementale devra, de toute façon, être réduite. Et de proposer que cette réduction annoncée permet d'exiger, « par souci d'égalité et d'objectivité, que cette diminution des dépenses en la matière s'applique aussi à ces collectivités (...) dont les budgets de communication ont explosé ». Arguant que « les grandes campagnes de communication ont été faites dans les régions et les départements avec l'argent des contribuables, (notamment sur la réforme des collectivités territoriales et sur La Poste), à l'encontre des dispositions légales ». Et, constat sous-jacent à ce débat, d'aucuns se disent que finalement ce sera peut-être un gouvernement de gauche qui ne disposera pas de crédit en 2012 pour expliquer sa politique...
Dans les médias nationaux, enfin, personne ne conteste que la rigueur s'applique durement à « la com' ».

Où est la réflexion sur le rôle de la communication gouvernementale ?

Peu de voix portent une réflexion de fond sur le rôle de la communication gouvernementale que la Cour des comptes justifie pourtant, tout en condamnant les irrégularités des procédures et la mauvaise coordination des intervenants.
En effet, le rapport de la Cour des Comptes, remis il y a une dizaine de jours à la commission des finances de l'Assemblée nationale, épingle la communication, notamment en "sondages" et "coaching", surtout en raison de l'absence de mise en concurrence ou l'irrégularité des procédures engagées concernant les dépenses. Commandé en décembre dernier par son président, le socialiste Jérôme Cahuzac, ce rapport fait écho à la polémique sur les commandes de sondages de l'Elysée.
La Cour des Comptes reconnaît «  que la fonction communication est une composante à part entière de l'action gouvernementale. Elle concourt notamment à l'information des citoyens et à l'efficacité de la mise en œuvre des politiques ». Elle constate aussi que les dépenses de communication ne représentent qu'une fraction très faible des dépenses de fonctionnement total de l'Etat, de l'ordre de 0,2% à 0,5% et avoisinait en 2010 environ 130 millions sur l'année.

La Cour pointe que le net accroissement des moyens d'intervention du SIG (Service d'information du gouvernement) en 2008 et 2009 ne s'est pas accompagné d'une diminution équivalente des dépenses de communication déclarées par les ministères, contrairement à l'argument avancé à l'époque. Le budget global du SIG, qui, sous l'autorité de Matignon, gère des dépenses en études d'opinion, conseils et publicités, a bondi de 5,6 millions d'euros en 2009 à 27 millions prévus pour 2011. En même temps, les dépenses de communication des ministères «ont augmenté de plus de 16% en deux ans ».

En ces périodes de rigueur et de populisme ambiant et après les polémiques sur l'usage élyséen des budgets communication, personne n'ose porter de jugement sur le fond. Est-il justifié que l'Etat consacre 0,5% de son budget à informer les citoyens sur leurs droits et sur les services publics, à conduire des campagnes pour faire changer les comportements des français en matière de sécurité, de santé ou d'environnement, à accompagner le management des  2 millions de fonctionnaires par une communication interne suffisante, à promouvoir l'activité économique et le tourisme voire à expliquer les réformes ... Le débat sur la communication du gouvernement reviendra forcément. Mais après les élections. D'autant que dans le rapport de la Cour, la question n'est pas tant le montant des budgets que les objectifs et les méthodes employés. Avec toute la modestie qu'imposent les chiffres : 130 millions de dépenses de communication pour l'Etat français et, par exemple, plus de 600 millions de budget communication annuel pour une seule entreprise comme Renault.

 

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