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Bilan postdrolatique et message personnel

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par Marc Thébault le 15 décembre 2011

Non, ne comptez pas sur moi pour faire un bilan exhaustif de la 23ème et nordique édition du Forum Cap'Com. D'abord, je rédige ce billet dans le train qui va me permettre de revoir ma Normandie.

 

Je suis donc, à cet instant - outre en possession d'une tension artérielle faiblarde - encore trop dans l'évènement pour avoir la prétention de vous proposer une analyse fondée sur le recul pris. De plus, un certain goût pour les activités officieuses ne m'a pas permis d'assister à tous les temps de travail, officiels eux.

Mais que les intervenants ne se vexent pas et ne considèrent pas mon Cap'Com buissonnière comme une marque de dédain. Il n'est question que du plaisir toujours égalé de revoir, enfin, des collègues et des ami(e)s et de voler avec eux quelques instants de convivialité. C'est toujours cela de pris avant que notre esprit ne prenne conscience de ce qui nous attend de retour à notre bureau. Surtout si un petit malin va se promener sur la page Facebook du Forum et s'amuse à diffuser anonymement à nos patrons (Laurent R., si tu nous regardes ... !) quelques photos qui sont de vrais "clichés" sur ce que sont censés faire les dircoms dans une telle manifestation, surtout en zoukant ! Ceci étant posé, voici quatre points incontournables, et pas forcément dans l'ordre d'importance.

« C'est le territoire qui fait l'homme » me confiait notre collègue néo Brestois Vincent Nuyts, dans la navette qui nous ramenait vers la gare de Dunkerque, pour illustrer ce phénomène anthropologique surprenant qui amène tout être humain à faire siennes, même malgré lui, les valeurs collectives du territoire qui l'accueille. Ainsi, il y a fort à parier que nous ressortons tous de ces trois jours plus souriants, plus simples, plus tournés vers l'autre, à l'image de ce nord qui, décidément, tient toujours ses promesses. A l'image également de Michel Delebarre, notre hôte, dont l'humour - certes discutable lorsqu'il compare poisson rouge en aquarium et communicant public - reste néanmoins si fin et si plaisant.

Et puis il y eut le grand débat d'ouverture, animé par Serge Moati, dont la prestance et l'intelligence des intervenants n'ont eut d'égal que leur capacité à faire passer tellement modestement, sans fioritures inutiles ou verbiage corporatiste, des messages pourtant fondamentaux. Comme une bonne leçon de communication. Je garde en tête la phrase d'Alastair Campbell reprise du titre du documentaire que la BBC lui consacra : « L'autre l'homme dans la salle ». M'auto-administrant régulièrement le challenge de trouver les formules qui font mouche, jamais je n'aurai pensé à définir si simplement et si globalement ce qu'est (ou doit être) un communicant public, et quelles doivent être sa place et sa posture. Inutile de vous dire que j'ai puisé dans ces échanges de quoi alimenter mon blog pour quelques mois.

Twitter maintenant. Lorsque j'écrivais en février 2011 le billet « Geeks : 1/Dircoms : 0 » pour alerter mes confrères sur l'inexplicable chaise vide qu'ils laissaient sur les réseaux sociaux, je dois bien reconnaître que, désormais, même si les contributions n'affolent pas toujours les compteurs, l'essentiel est là, les dircoms publics arrivent sur Twitter. Pas tous, mais plus qu'il y a un an. Et, en dehors de l'avertissement de Dominique Wolton qui imposa le silence numérique pendant son intervention - était-ce du 1er ou du second degré ? -, le suivi régulier du mot-clef #capcom11 a été un vrai régal.

Pour conclure, je veux m'adresser aux étudiants présents et aux jeunes communicants fraîchement en poste (ou "en recherche de" ... tous mes vœux vous accompagnent) pour leur adresser un message très personnel.

Pour me permettre de parodier, avec le plus grand respect, Alastair Campbell, je pense pouvoir leur affirmer que la communication publique est une arme de construction massive. Et c'est sans doute ce qui la rend si différente des autres champs de l'action publique. Et tellement plus attirante.

Néanmoins, futur(e)s collègues, ne cherchez pas à en prendre conscience dans des ateliers technico-centrés. Certes, il n'est pas inutile de cogiter quelques minutes sur le rôle d'une mascotte ou sur les procédures des marchés publics. Oui, la construction de la Une d'un magazine public peut se décrypter. Mais, s'il vous plaît, allez d'abord chercher cette arme en vous. Cela demande un peu d'exigence avec soi-même, histoire de démontrer que notre métier n'est pas exclusivement de profiter des idées des autres. C'est aussi avec les programmes divers de formations initiales ou continues, de colloques, de rencontres, que vous aurez le même niveau d'exigence. La technique s'apprend très vite ; la réflexion stratégique un peu plus lentement. Demandez donc le meilleur, pour vous et vos futures fonctions. Faites monter le niveau. Et c'est, enfin, en regardant éventuellement le chemin parcouru par les dircoms "canal historique" que vous pourrez avancer et foncer. Mais, par pitié, foncez mais ne recommencez pas ! Je m'explique. Foncez d'abord, parce que la communication publique ne peut être pertinente que si elle est créative. Pas créative pour le simple plaisir d'être "décalée" et d'espérer glaner un trophée au prochain forum. A ce sujet, le seul bon critère à mes yeux pour estimer la pertinence du choix du jury est de se poser deux questions : « Ai-je donc déjà vu ailleurs cette réalisation ? » puis « Aurais-je été fier de réaliser l'opération primée ? ». Et, pour le fun, éventuellement une troisième : « Est-elle judicieuse vis-à-vis des objectifs fixés ? ». La communication doit être créative pour être en phase avec une société toujours en mouvement et toujours plus rapide que la communication. Si la réalité dépasse toujours la fiction, la vraie vie dépasse, elle, toujours la représentation, la perception, que les gens du secteur public en ont. Et elle doit surtout être créative pour inventer les meilleurs supports de communication possibles ; ils restent toujours à construire, je vous rassure. Donc, si vous le souhaitez, regardez ce que nous avons fait avant vous. Mais ne retenez que les mécanismes des démarches (ceux que les jurys parcourent d'un œil distrait), pas les réalisations. Ne nous copiez pas. Je ne serai jamais aussi flatté que de penser que j'ai pu inspirer un étudiant ou un jeune confrère. Je serais par contre en plein désarroi en le voyant me singer. L'expérience des aînés est surtout à votre disposition pour vous faire gagner du temps. Celui des années qu'il nous a fallu pour construire et donner une place stratégique dans nos collectivités à cette fonction si étrange, la communication publique. Nous avons gravi quelques marches, à vous de faire le reste. Et même, pourquoi, remettez tout en cause et faites autrement. Envoyez-nous bouler ! Traitez-nous de ringards ! Ricanez ! Peu importe ... la seule chose importante, c'est que vous fassiez mieux. Mieux ou différent. Je vous fais confiance.

 

Illustration : photo Adverbia

 

3 commentaire(s)

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vendredi 16 décembre 2011 08:48 par Kriis Prolls
Pas toujours évident de foncer dans une collectivité...mais ce post gonfle le moteur, merci!

vendredi 16 décembre 2011 14:20 par tanvez armelle
entièrement d'accord sur la seconde partie, en direction des jeunes -ou moins jeunes- collègues : "la seule chose importante, c'est que vous fassiez mieux. Mieux ou différent. Et argumentez aussi ! Soyons exigeants avec notre profession, les élus, les citoyens, les services. Parlons aussi et surtout des humains qui font nos territoires, leurs identités diverses,leurs projets, leurs réalités. C'est cela qui est véritablement enrichissant. Et n'oublions jamais, encore et toujours, "l'autre" car c'est celui là qu'on "nous" fait oublier en premier. Branchons-nous sur les récepteurs ! Si nous n'avions qu'une seule "fonction", c'est celle-ci que nous devons toujours approfondir.

vendredi 16 décembre 2011 17:25 par Marc Thébault
Meric Kriis et Armelle. On y croit !

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