Enquête Métier 2ème partie : les services communication
par Bernard Deljarrie le 20 janvier 2012
Les directions ou services communication des collectivités ont, ces dernières années, renforcé leur rôle stratégique et accru leurs missions. C'est ce que révèle l'édition 2011 de l'enquête Métiers de Cap'Com réalisée avec Occurrence et en partenariat avec le CNFPT. Mais les communicants publics sont conscients que leurs missions et leurs outils devraient fortement évoluer dans un contexte de stagnation des moyens. Présentation de la seconde partie de cette étude triennale qui fait référence dans la profession et qui a été débattue en décembre dernier aux ETS de Strasbourg et au Forum Cap'Com (photo).
- Les directions de la communication sont de mieux en mieux identifiées au sein des collectivités de tous niveaux.
La presque totalité des quelques 4000 communes et communautés de plus de 5000 habitants, départements et régions dispose aujourd'hui d'une direction ou d'un service de communication reconnue. 86% des communicants interrogés travaillent actuellement au sein d'une direction/service de la communication, soit 14 points de plus qu'en 2008. Parmi ceux-ci, 10% sont dans une direction/service dont l'intitulé comprend une autre fonction que la communication comme la citoyenneté, les relations publiques, les relations presse... Des doubles appellations en forte diminution, le titre direction ou service de la communication ayant tendance à regrouper toutes les fonctions liées à la communication.14% des communicants territoriaux exercent leurs fonctions dans des directions/services qui ne portent pas le nom "communication", parfois au sein de la DRH pour la communication interne, parfois directement auprès au cabinet du président ou du maire, ou du directeur général.
Une institutionnalisation et une "normalisation" qui conduisent à un rattachement de plus en plus fréquent au directeur général des services: 51% des répondants soit près de 10 points de plus depuis 2008. Une progression portée par l'intercommunalité où la communication est très majoritairement rattachée à la direction générale, les élus et les cabinets étant moins présents. Mais globalement le rattachement de la direction de la communication reste variable selon le type de collectivité : dans les départements et régions au directeur de cabinet, dans les intercommunalités au DG, tandis que dans les communes, les situations sont encore plus diverses. C'est tantôt le Directeur général des services, tantôt le maire (voire l'élu délégué à la communication) qui est l'instance de rattachement.
La fonction communication de plus en plus stratégique est associée à la définition des projets mais le positionnement vis à vis des autres services reste à renforcer. Près 50% des directeurs de communication participent au Comité de direction de leur collectivité, un chiffre légèrement en hausse par rapport à 2008. Toutefois la situation est contrastée selon les collectivités, 1/3 seulement des Comités de direction des régions et des départements associe leur directeur de communication à leurs travaux contre 49% dans les communautés et 47% dans les communes.
Tous les communicants soulignent la nécessité, pour un directeur de la communication en collectivité locale, d'avoir une vision stratégique (73% en 2011, contre 59% en 2008).D'ailleurs les communicants sont, cette année, 81% à dire être associés aux projets de la collectivité dès l'amont, ce qui n'était le cas que de 64% d'entre eux en 2008.
Dans les collectivités interrogées, on observe qu'en moyenne plus de 3 services, en plus du service Communication, conduisent ou éditent des actions / projets / supports de communication - et notamment le service Culture, loisirs, le service Jeunesse et le service Environnement et Développement durable. Dans ce contexte, la collaboration avec d'autres services s'avère nécessaire. Mais si le service Communication est régulièrement associé à ces actions sur des questions techniques et de mise en œuvre, en tant que fonction support (dans 79% des cas), il n'est encore parfois pas suffisamment sollicité dès l'amont, à travers une stratégie et un plan de communication bien définis (50%).
- Les attributions sont nombreuses mais stables et les équipes et les moyens restent modestes et constants.
Sans grands changements sur les trois dernières années, les attributions des services communication restent nombreuses. Pratiquement tous les services ont en charge les publications, des relations presse et l'évènementiel. La communication interne est rattachée à la communication dans 2/3 des collectivités. La communication des élus (discours, éditoriaux...) restent une fonction assurée par la moitié des services et ce malgré un positionnement plus professionnel et un rattachement croissant au DG.
Les équipes communication des collectivités locales restent modestes : 40 % des services communication ne comptent pas plus de 3 personnes et l'effectif moyen est de 8 agents dans les communes de plus de 5000 habitants, de 7 dans les communautés et de 17 dans les départements et régions.
Sur les 3 dernières années, les effectifs et les budgets restent globalement stables au sein des services communication, dans un contexte global où les communicants ont par ailleurs l'impression (pour 83% d'entre eux) que leurs missions ne cessent d'augmenter. Seules les intercommunalités ont connu une augmentation concomitante de leur budget et de leurs effectifs : 39% déclarent un budget en hausse, 29% pour les effectifs. Communes, départements et régions constatent en revanche une stagnation ou une baisse de leur budget et de leurs effectifs : 76% des communes déclarent un budget en baisse ou en stagnation et 77% pour les effectifs ; 91% des régions et départements déclarent un budget en baisse ou en stagnation et 81% pour les effectifs.
- De nombreuses évolutions sont prévisibles et devraient conduire à rechercher un équilibre dans les missions.
83% des communicants ont l'impression que leurs missions ne cessent d'augmenter. 79% pensent que le rôle de la communication publique au sein des collectivités territoriales est amené à évoluer, dont près d'un quart "beaucoup".
Les communicants publics ont manifestement conscience des évolutions importantes qui vont se poursuivre dans leurs missions, dans leurs métiers comme dans l'organisation de leur service. Aussi, dans les prochaines années, certaines missions devraient prendre davantage d'importance et conduire au développement de compétences et d'outils nouveaux. Le management des réseaux sociaux et le marketing territorial sont deux compétences qui devraient être amenées à se développer le plus, selon les communicants. Ils placent aussi la participation des habitants et la concertation comme une des missions qui pourrait croître dans les prochaines années. La communication interne n'est aussi pas oubliée, pour accompagner les changements institutionnels, notamment les mutualisations de services et les évolutions des métiers dans les collectivités locales.
Interrogés sur le positionnement de leur mission qui oscille entre « rendre compte des politiques publiques menées par l'exécutif » et « délivrer les informations pratiques sur les services publics », les communicants des communes observent un équilibre presque parfait entre ces deux objectifs. Mais les communicants des départements et régions se considèrent davantage au service du politique avec la mission de "rendre compte des politiques publiques". Tandis que ceux des intercommunalités se positionnent plutôt comme n'ayant qu'une mission "d'information sur les services publics à l'attention des usagers". A noter qu'il est fort possible que le renforcement de l'intercommunalité et les réformes électorales qui pourraient la concerner conduisent à une revalorisation de la mission plus politique d'explication de l'action publique au sein des communautés.
De même interrogés sur le positionnement de leur mission entre, d'un côté, l'objectif de production et de diffusion d'information et, de l'autre, un rôle davantage tourné vers la promotion et l'animation du territoire ou la mobilisation et la participation de ses acteurs, c'est dans les communes, que la mission d'animation, de mobilisation, de participation des habitants est la plus prononcée. Les autres niveaux de collectivités orientent manifestement moins la communication vers cette mission. Mais les prochaines années pourraient voir l'intercommunalité donner comme objectif à la communication de mobiliser davantage le territoire dans une relation plus directe avec les habitants. Les département et régions devraient eux aussi se saisir d'outils, notamment numériques, aptes à accroitre la participation des citoyens aux choix publics.
La communication publique territoriale et les professionnels qui la font vivre ont, sans aucun doute, de nombreux défis à relever dans les prochaines années.
Lien : Lire l'article et la synthèse de la première partie de l'étude sur le profil socioprofessionnel des communicants territoriaux.

