Les lycéens ne sont pas à la Fête
par Bernard Deljarrie le 16 février 2012
Farine et œufs sur Bordeaux. Comme, chaque année, les lycéens ont fêté dans la rue les J-100 du Bac. En prévention, la ville avait lancé une campagne de communication pour limiter les débordements qui accompagnent cette tradition. Mais la vidéo, qui met en scène un clone de Justin Bieber, fait le buzz sur les réseaux sociaux, pas vraiment à l'avantage de la ville. Découverte.
Tous les ans, 100 jours avant le Bac, les lycéens bordelais sortent dans la rue pour "célébrer" l'évènement. La tradition du Père Cent consiste à parcourir bruyamment la ville et à lancer des œufs et de la farine. Vendredi 17 février, c'est le jour tant attendu. Ce qui ne va pas aller sans mécontenter certains habitants...
« Ces rassemblements, aux intentions initialement festives, donnent cependant lieu chaque année à quelques débordements au détriment des passants ou des riverains des établissements scolaires », explique la mairie pour annoncer le lancement de sa campagne de communication baptisée « Père Cent : gâche pas la fête ! ».
La campagne est construite sur un message : « les œufs et la farine représentent des centaines de repas pour ceux qui en ont vraiment besoin ». Elle est portée par une vidéo mettant en scène un clone de Justin Bieber, le chanteur pop, R'n'B et acteur canadien bien connu des jeunes.
« Mal fait, pas drôle, ridicule ». « Quelle caricature ! ». « C'est comme ça qu'on voit les jeunes à la mairie de Bordeaux ? ». « Et vous allez faire une vidéo aussi caricaturale sur les personnes âgées qui promènent leurs chiens sans ramasser leurs déjections ? ». Les commentaires sur les réseaux sociaux, y compris sur la page Facebook de la ville, sont sans appels. La vidéo est rebaptisée « Justin Bolosse » (simple d'esprit). Pas facile de communiquer en direction de la jeunesse !
C'est le constat que dressait les participants aux débat sur ce thème lors du dernier Forum Cap'Com. Une occasion pour Katherine Khodorowsky, directrice de la communication du CIDJ, de rappeler que le ''parler jeunes'' autodétruit le message. « Si utiliser leurs mots et leurs codes peut sembler efficace pour entrer dans leur imaginaire, le message s'autodétruit dans la bouche d'un adulte qui veut faire ''d'jeun''. Plus les adultes essaieront de « parler jeune », plus les jeunes vont différencier leur langage pour les fuir. Plutôt que de singer les langues des jeunes, une communication efficace peut se résumer en une valeur : le respect ! C'est la valeur véhiculée, réclamée, clamée par les jeunes, celle qui fonde l'harmonie et la cohésion de leur culture. C'est leur revendication pour exister ou être reconnu ».
Faire jeunes, les parodier, utiliser leurs mots et leurs idoles, cela semble donc toujours risqué pour les institutions. Mais cette vidéo n'est que le premier volet d'une campagne en plusieurs étapes, rappelle la mairie. « Les chefs d'établissement assureront une information sur la réglementation », « la réunion prochaine d'une commission multipartite de réflexion pour une évolution positive de cette manifestation ».
En attendant le message, traité par l'ironie et la caricature, semble rarement pris au 2nd degrés par ceux qui en étaient la cible. Qu'en retiendront les jeunes ? Quelle image de leur ville en ressortira ? Et comment feront-ils la fête demain ? L'enjeu n'est pas mince pour, comme le souhaite fort justement la ville, « conserver à ce rendez-vous lycéen son caractère convivial tout en garantissant les règles du bien vivre-ensemble ».


E. Vella
E. Vella