Présidentielles 2012 : Internet a peu changé le rapport des citoyens à la politique

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Il avait été dit qu'internet allait révolutionner la campagne des élections présidentielles. Un premier bilan montre que même si tous les candidats - et notamment les deux finalistes François Hollande et Nicolas Sarkozy - ont massivement investi le web, celui-ci n'a pas vraiment modifié les sources d'information politique des français. Quels médias les français ont-ils privilégiés lors de cette campagne ? Une récente étude du Cevipof, que nous a présentée Thierry Vedel, apporte des éléments de réponse et permet de mieux comprendre les stratégies de communication politique des candidats. Une observation pleine d'enseignements sur l'usage des médias dans la construction du débat public.

Une toute récente étude réalisée par le Cevipof nous renseigne sur les sources de l'information politique des français lors de ces élections présidentielles. Comme l'explique Thierry Vedel, chargé de recherche au Cevipof, le premier constat est que la part d'internet comme source d'information progresse, au détriment de la presse écrite. Mais c'est la télévision qui conserve sa première place. Pour les élections de 2012, le journal télévisé sera resté encore pour 40 % des personnes interrogées, la source unique d'information ! Les présidentielles marqueraient même plutôt un retour de la télévision notamment des chaînes d'information continue de la TNT. Celles-ci semblent être le canal qui couvre le mieux l'actualité politique parvenant même à en imposer le rythme.

La télévision, outil central de la communication politique

À l'évidence la télévision a continué à jouer un rôle central dans la campagne électorale. Non seulement parce qu'elle a structuré l'agenda politique, les thèmes qui font l'actualité, mais aussi parce qu'elle est le principal média d'information politique des citoyens. Dans les combinaisons des sources d'information politique des français, on retrouve en permanence le poids de la télévision. Soit les français s'informent exclusivement via la télévision, ce qui est le cas de presque une majorité d'entre eux, celle qui appartient à la typologie de personnes les moins diplômées. Soit ils combinent le média télé avec la presse quotidienne régionale, c'est le cas d'une plus faible partie de la population, plus âgée, plus rurale. Soit ils combinent la télé avec internet, ce qui est le fait des plus jeunes et des plus urbains mais aussi de ceux qui se déclarent les moins intéressés par la politique. Enfin seulement un dixième de la population a un usage de multiples canaux d'information parmi lesquels figurent, aux côtés de la télé et d'internet, la radio et la presse quotidienne nationale. Cette frange de la population particulièrement bien informée est fortement urbaine, diplômée et intéressée, voire impliquée, par la vie politique.

Mais dans ce panel de moyens d'information, la place d'internet, même si elle progresse, apparaît finalement réduite.

Pourtant, en 10 ans, la qualité et la quantité des contenus mis en ligne a explosé de même que l'usage d'internet : ¾ de la population utilise internet quotidiennement.

Le premier recours à l'utilisation d'internet pour la communication politique date déjà de 2002, avec notamment une forte intrusion des vidéos en ligne. Dans ces années, les sites ne faisaient que dupliquer les contenus imprimés sous format papier. De leurs cotés, les blogs politiques - à leur apogée en 2007 - apportaient de l'argumentation et cherchaient à occuper l'espace médiatique, avec la volonté de conquérir de potentiels « influenceurs » d'opinion.

En 2012, un grand nombre de champ d'actions a définitivement migré sur internet. Des formes entières d'activismes politiques se voient redessinées. Les pétitions se signent désormais en ligne même si l'efficacité réelle de cette action politique reste floue. Se retrouvent sur le net à la fois des formes de participations conventionnelles (vote, pétition, appartenance à un parti) et non-conventionnelles (boycott, occupation de locaux, graffitis, etc.). Les puissances manipulatoires (et notamment celles des extrêmes) y sont très présentes, bien plus que dans les médias.

D'une manière générale tout ce qui concerne les élections présidentielles est aujourd'hui mis en ligne. Les meetings politiques sont intégralement couverts. Les blogs politiques sont toujours actifs, notamment chez les grands élus, même s'ils semblent avoir considérablement diminué d'influence. Les informations (sondages, programmes, textes de lois, etc.) y sont très riches et nombreuses. Et l'humour n'est pas absent, notamment les gaffes des candidats qui restent le facteur viral le plus important auprès des internautes.

Concernant l'utilisation des réseaux sociaux dans la campagne politique actuelle, on peut dores et déjà tirer trois enseignements.

De l'usage des réseaux sociaux dans la campagne électorale

D'abord les réseaux sociaux ont été utilisés pour rechercher à faire le bon ou le mauvais buzz au profit de tel ou tel candidat. Jeu de petites phrases, usage de Twitter, multiplication des vidéos...

Ensuite ils ont été conçus comme un outil de mobilisation des militants. Les équipes de Barack Obama, en 2007, avaient formidablement réussi à s'en servir pour mobiliser leurs soutiens, alors que la télévision gardait une fonction de persuasion auprès des électeurs potentiels.

Les réseaux sociaux commencent également à être utilisés comme un outil d'analyse politique de l'opinion. Là aussi ce sont les démocrates américains qui ont vu dans les réseaux sociaux un gigantesque Focus Group, grâce à la facilité avec laquelle ils accèdent à ce que les internautes déclarent en ligne. Par ce biais des outils d'analyse observent et évaluent automatiquement les sujets de discussion et de préoccupation des citoyens.

Avec internet, le citoyen a donc la possibilité d'être informé et il est, avec les réseaux sociaux, la cible d'une démarche de plus en plus ciblée lors de la campagne électorale. Mais ce sont surtout les internautes intéressés par l'information politique qui vont chercher à y accéder ou qui échangent sur des thèmes politiques au travers des réseaux sociaux.

Il est en effet très difficile sur internet de toucher les individus qui ne s'intéressent pas à la politique. 65 % des internautes sont encore réticents à consulter des infos politiques sur internet. D'autant que sur le net comme dans la vie réelle, la défiance vis-à-vis des politiques ne favorise pas l'intérêt que peuvent y porter les français. De plus, les réseaux sociaux ne semblent pas être un média plus adapté pour s'informer en politique : seul 10 % des sondés y échangent en effet des infos politiques. L'on y va davantage pour des raisons sociales, familiales, affectives ou professionnelles.

Pour ne pas prêcher que les convaincus, en 2007, des membres des équipes de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, n'hésitaient pas à investir des forums ne traitant pas du tout de thèmes politiques, pour y distiller, de manière insidieuse, des propos en rapport avec le thème abordé et la politique.

L'arrivée d'internet n'a donc pas fondamentalement changé le rapport des français à la politique, bien que le contact entre les deux puissent désormais s'effectuer plus aisément, grâce à un contenu foisonnant, dense et multiple. Et la télévision semble avoir encore de beaux jours devant elle.