Un jour, internet devant les journaux des collectivités

Les sondages sont toujours riches d’enseignements pourvu qu’on gratte un peu derrière les synthèses qui se limitent aux grandes tendances. Si le diable se cache dans les détails, le bon dieu se trouve sans doute dans les tris et autres croisements de populations. Où l’on découvre que la presse régionale garde une forte influence hors Paris et que le numérique est appelé à prendre la pôle position des supports de communication territoriaux.

Ça donne à relativiser les résultats nationaux

Les sondages donnent une image du présent. Ou plutôt du passé proche, précisément du moment où ils ont été administrés. Cependant, leur extrapolation, en particulier dans les petites lignes, peut donner des indices intéressants pour prévoir l’avenir.

Parallèlement, il est primordial de tenir compte de la date de réalisation du sondage, qui va perdre de sa représentativité à mesure que ses résultats vieillissent. Mais certaines tendances de fond, parce qu’elles sont inscrites dans les comportements et stables, traversent le temps.

Ceci conjugué avec cela, je me suis replongé dans le baromètre CSA/Epiceum/Cap’Com « Les Français et la communication locale » réalisé l’an passé. Je voulais voir si les résultats du sondage que je viens de faire réaliser par Harris interactive pour le Conseil général des Ardennes étaient cohérents avec ceux obtenus au plan national.

Il apparaît que oui à travers les synthèses qui résument les idées fortes et auxquelles on se limite souvent. Mais il peut être utile d’aller un peu plus loin et de s’attaquer aux tableaux de chiffres complets quand on a la chance d’y avoir accès. On prendra soin de ne pas tirer de conclusion d’un chiffre trop petit issu d’une population réduite elle aussi, qui aurait perdu toute représentativité. Ces précautions observées, on peut aller au-delà des apparences.

Ainsi le baromètre montre que seuls 50 % des Français utilisent la presse régionale pour s’informer sur la vie locale, 24% souvent. Il serait dangereux d’en faire une généralité, car l’agglomération parisienne, où la PQR est très faible, affaiblit ce score au plan national, quand le Nord Ouest le fait remonter sous l’influence de Ouest-France notamment. Et dans les Ardennes, ce sont ainsi 86 % des habitants qui lisent l’Union-l’Ardennais, dont 55 % souvent ! Gare à ne pas sous-estimer le poids des journalistes de la rédaction locale donc, mais ce travers concerne peu de dircoms, qui se feraient rappeler à l’ordre par leur patron de toute façon.

Ça donne à prédire le dépassement des journaux de collectivités par internet

Quoi ! Remettre en question le leadership incontesté du journal de la collectivité ! Le navire amiral de la communication territoriale ! Mais c’est une hérésie ! Effectivement, au vu des chiffres des synthèses, c’est presque un non-sens. Dans le baromètre, 85 % des Français utilisent au moins de temps en temps le bulletin des collectivités locales pour s’informer. Et c’est le cas partout en France. Ardennes comprises où le score du magazine départemental trimestriel atteint 81 %. Aujourd’hui, en 2012. D’où des analyses nous disant avec raison que le journal a encore de beaux jours devant lui, et que le numérique montant lui fait finalement peu d’ombre. C’est vrai. Aujourd’hui. D’ailleurs, quand on interroge les Français sur les supports que l’on pourrait développer pour favoriser l’information locale, ils sont 82 % à parler du journal, 61 % des sites internet, 29 % de la page Facebook de la collectivité seulement.

Cependant, si on se concentre sur la tranche des 25-29 ans, on s’aperçoit que la 1ère place est occupée simultanément par le papier et les sites internet, avec 79 %, la page Facebook montant à 52 % et les applis ou sites mobiles à 42 % !

Considérons que les usages dominants de demain seront de la responsabilité des tranches jeunes d’aujourd’hui (puisque les tranches plus âgées ne seront plus) ; prenons en compte le fait que le grand public a du mal à se projeter au-delà de comportement actuels (ce qui sous-estime les supports les plus innovants) ; alors, on peut prévoir une forte montée en puissance des outils numériques, qui ne mettra pas fin à l’utilisation importante du journal, mais qui peut à terme remettre en cause certaines priorités…

Notons au passage que dans le baromètre, bizarrement, les 18-24 ans sont moins portés sur le numérique que les 25-29 ans… Heureusement, dans le sondage réalisé dans les Ardennes, les plus jeunes sont sur-consommateurs du site internet, et très largement de la page Facebook.

Chaque usage est donc à sa place et, pour rebondir sur le titre de la rubrique, si c’est pas pour aujourd’hui, c’est sans doute pour demain !