Suivre Cap'Com : la newsletter les flux RSS Twitter Facebook la radio

Un jour, internet devant les journaux des collectivités

Recommander

par Yann-Yves Biffe le 7 juin 2012

Les sondages sont toujours riches d’enseignements pourvu qu’on gratte un peu derrière les synthèses qui se limitent aux grandes tendances. Si le diable se cache dans les détails, le bon dieu se trouve sans doute dans les tris et autres croisements de populations. Où l’on découvre que la presse régionale garde une forte influence hors Paris et que le numérique est appelé à prendre la pôle position des supports de communication territoriaux.

Ça donne à relativiser les résultats nationaux

Les sondages donnent une image du présent. Ou plutôt du passé proche, précisément du moment où ils ont été administrés. Cependant, leur extrapolation, en particulier dans les petites lignes, peut donner des indices intéressants pour prévoir l’avenir.

Parallèlement, il est primordial de tenir compte de la date de réalisation du sondage, qui va perdre de sa représentativité à mesure que ses résultats vieillissent. Mais certaines tendances de fond, parce qu’elles sont inscrites dans les comportements et stables, traversent le temps.

Ceci conjugué avec cela, je me suis replongé dans le baromètre CSA/Epiceum/Cap’Com « Les Français et la communication locale » réalisé l’an passé. Je voulais voir si les résultats du sondage que je viens de faire réaliser par Harris interactive pour le Conseil général des Ardennes étaient cohérents avec ceux obtenus au plan national.

Il apparaît que oui à travers les synthèses qui résument les idées fortes et auxquelles on se limite souvent. Mais il peut être utile d’aller un peu plus loin et de s’attaquer aux tableaux de chiffres complets quand on a la chance d’y avoir accès. On prendra soin de ne pas tirer de conclusion d’un chiffre trop petit issu d’une population réduite elle aussi, qui aurait perdu toute représentativité. Ces précautions observées, on peut aller au-delà des apparences.

Ainsi le baromètre montre que seuls 50 % des Français utilisent la presse régionale pour s’informer sur la vie locale, 24% souvent. Il serait dangereux d’en faire une généralité, car l’agglomération parisienne, où la PQR est très faible, affaiblit ce score au plan national, quand le Nord Ouest le fait remonter sous l’influence de Ouest-France notamment. Et dans les Ardennes, ce sont ainsi 86 % des habitants qui lisent l’Union-l’Ardennais, dont 55 % souvent ! Gare à ne pas sous-estimer le poids des journalistes de la rédaction locale donc, mais ce travers concerne peu de dircoms, qui se feraient rappeler à l’ordre par leur patron de toute façon.

Ça donne à prédire le dépassement des journaux de collectivités par internet

Quoi ! Remettre en question le leadership incontesté du journal de la collectivité ! Le navire amiral de la communication territoriale ! Mais c’est une hérésie ! Effectivement, au vu des chiffres des synthèses, c’est presque un non-sens. Dans le baromètre, 85 % des Français utilisent au moins de temps en temps le bulletin des collectivités locales pour s’informer. Et c’est le cas partout en France. Ardennes comprises où le score du magazine départemental trimestriel atteint 81 %. Aujourd’hui, en 2012. D’où des analyses nous disant avec raison que le journal a encore de beaux jours devant lui, et que le numérique montant lui fait finalement peu d’ombre. C’est vrai. Aujourd’hui. D’ailleurs, quand on interroge les Français sur les supports que l’on pourrait développer pour favoriser l’information locale, ils sont 82 % à parler du journal, 61 % des sites internet, 29 % de la page Facebook de la collectivité seulement.

Cependant, si on se concentre sur la tranche des 25-29 ans, on s’aperçoit que la 1ère place est occupée simultanément par le papier et les sites internet, avec 79 %, la page Facebook montant à 52 % et les applis ou sites mobiles à 42 % !

Considérons que les usages dominants de demain seront de la responsabilité des tranches jeunes d’aujourd’hui (puisque les tranches plus âgées ne seront plus) ; prenons en compte le fait que le grand public a du mal à se projeter au-delà de comportement actuels (ce qui sous-estime les supports les plus innovants) ; alors, on peut prévoir une forte montée en puissance des outils numériques, qui ne mettra pas fin à l’utilisation importante du journal, mais qui peut à terme remettre en cause certaines priorités…

Notons au passage que dans le baromètre, bizarrement, les 18-24 ans sont moins portés sur le numérique que les 25-29 ans… Heureusement, dans le sondage réalisé dans les Ardennes, les plus jeunes sont sur-consommateurs du site internet, et très largement de la page Facebook.

Chaque usage est donc à sa place et, pour rebondir sur le titre de la rubrique, si c’est pas pour aujourd’hui, c’est sans doute pour demain !

5 commentaire(s)

Suivre les commentaires par flux RSS

vendredi 8 juin 2012 17:15 par Olivier P
Bonjour

Pour réagir à votre article (très intéressant), je voudrais signaler une chose que je déplore bien souvent.
Votre étude oppose l'audience des magazines à celle d'internet. Or, le contenu que l'on peut retrouver (en termes d'infos locales) sur internet est (souvent) repris, au point près, depuis les magazines.

Mais il faudra bien un jour comprendre que les internautes et les lecteurs de papiers ne cherchent pas les mêmes contenus et que les canaux de diffusions sur internet sont (très) nombreux et différents les uns des autres.

Lorsque les internautes auront trouvé ce qu'ils cherchent et que les collectivités sauront adapter leurs infos aux canaux disponibles grâce au web, alors il sera temps de refaire les comptes et voir qui du papier ou de la toile l'emporte.

Bien à vous

mardi 12 juin 2012 16:21 par Hervé Cochetel
Justement ! cette tendance parfaitement expliqué par Yann-Yves Biffe sonne sans aucun le temps d'une réflexion de fond sur l'avenir de nos magazines. Puisque l'on est d'accord pour considérer que les contenus print et web doivent être différents, car les publics sont différents, je ne pense pas qu'il existe une compétition entre les supports. Bien au contraire. Il convient (et ce n'est pas simple!) de mieux cibler nos auditoires avec des contenus qui correspondent à leurs attentes.. et à nos stratégies.

mardi 12 juin 2012 16:22 par Hervé Cochetel
Justement ! cette tendance parfaitement expliqué par Yann-Yves Biffe sonne sans aucun doute le temps d'une réflexion de fond sur l'avenir de nos magazines. Puisque l'on est d'accord pour considérer que les contenus print et web doivent être différents, car les publics sont différents, je ne pense pas qu'il existe une compétition entre les supports. Bien au contraire. Il convient (et ce n'est pas simple!) de mieux cibler nos auditoires avec des contenus qui correspondent à leurs attentes.. et à nos stratégies.

mardi 12 juin 2012 17:20 par Olivier P
Tout à fait d'accord et je m'y suis moi-même fait prendre moi-même ;)
Print et web sont tous deux des canaux de diffusion d'informations, alors pourquoi les opposer ? Chacun doit pouvoir être le complément de l'autre.
"Mieux cibler nos auditoires avec des contenus qui correspondent à leurs attentes" voila une phrase qui me plait !

samedi 16 juin 2012 17:25 par Yann-Yves Biffe
Merci pour ces commentaires.

Effectivement, je n'oppose pas magazine et site internet, je les compare seulement en terme d'intérêt des publics. L'un ne tuera pas l'autre.

Ils sont pour moi éminemment complémentaires, plus pour les contenus que pour les cibles d'ailleurs : le site étant appelé à donner en priorité l'information pratique, le magazine à transmettre la narration de la collectivité, les réseaux sociaux à servir de support au conversationnel.

Publier un commentaire




Les codes HTML seront supprimés à l'exception des liens, du gras, de l'italique et du souligné.
Recevoir les prochains commentaires par email

 9 2 0 Recopiez le code dans le champ de contrôle