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Évitons de propager des stéréotypes de sexe | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Évitons de propager des stéréotypes de sexe

créé le : 
27/10/2014

Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes vient de rendre publique une analyse sur les stéréotypes hommes-femmes véhiculés dans la communication, notamment celle des collectivités publiques. Pour cette instance, loin des débats polémiques sur le genre, « l’État et les collectivités territoriales devraient s’engager à respecter des critères d’une communication dépourvue de stéréotypes de sexe, et en particulier à faire du respect de cette démarche une condition d’accès aux marchés publics de communication ». Essayons de comprendre comment se propagent les stéréotypes et de prendre exemple sur les initiatives de collectivités locales exemplaires.

La communication institutionnelle des collectivités publiques, explique le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCEfh), dans son rapport relatif à la lutte contre les stéréotypes, est à la croisée des enjeux en matière de stéréotypes de sexe. L’État et les collectivités territoriales se doivent en effet d’être exemplaires, et peuvent, par la suite, générer des effets d’entraînement auprès de l’ensemble des acteurs de la communication institutionnelle.
 
L’État et les collectivités territoriales se doivent d’être exemplaires
 
La communication publique n’a jusqu’à aujourd’hui pas fait l’objet d’un travail académique spécifique qui permettrait d’identifier les stéréotypes de sexe qu’elle véhicule. Néanmoins, les diagnostics réalisés par les collectivités territoriales ou les décisions des instances de régulation révèlent que dans la communication publique, les femmes y sont souvent invisibles ou secondaires ou déqualifiées.
 

Stéréotypes de sexe : concepts et définitions
  • Que sont-ils ?
Les stéréotypes de sexe sont des représentations schématiques et globalisantes sur ce que sont et ne sont pas les filles et les garçons, les femmes et les hommes.
  • Comment opèrent-ils ?
Les stéréotypes de sexe légitiment les rôles de sexe en les « naturalisant » : ils font paraître comme biologiques et naturels des rôles de sexe différents et hiérarchisés, assignés aux femmes et aux hommes.
Les stéréotypes de sexe sont des agents de la hiérarchie entre les femmes et les hommes, qui outillent les discriminations et servent à légitimer, a posteriori, les inégalités. Pour autant, contrairement à ce qui est souvent énoncé, les stéréotypes de sexe ne sont pas la source des inégalités entre les femmes et les hommes.
Ainsi, les stéréotypes légitiment des injonctions faites aux femmes ou aux hommes à se comporter selon les normes établies de la féminité pour les unes, et selon les normes de la masculinité pour les autres. Ce système de normes hiérarchisées de masculinité/féminité définit le genre. C’est ainsi que les stéréotypes de sexe légitiment des assignations : « les femmes doivent », « les hommes doivent », ainsi que des incompétences a priori : « les femmes ne peuvent pas », « les hommes ne peuvent pas ».

 
 
La présence de représentations sexistes est avérée par l’existence de plaintes et de décisions du Jury de Déontologie Publicitaire de l’ARPP. En effet, parmi les 68 décisions prises par le JDP entre le 7 janvier 2011 et le 8 novembre 2013, 5 concernaient la communication publique, directement ou indirectement financée par une collectivité. Le Comité du Tourisme du Jura a ainsi été condamné en juillet 2012 pour une campagne radio jugée sexiste. Plus récemment, c’est le Conseil Général de la Moselle qui s’est fait poursuivre pour une pleine page sur le tri des déchets figurant au dos de son magazine départemental.
 
En images : attention à l’invisibilité des femmes
 
Les études relatives à la représentation des femmes dans les médias mettent en évidence la place des femmes dans les photographies. L’étude GMMP de 2010 relative aux médias montre par exemple que les nouvelles dont les femmes sont le sujet sont moins souvent accompagnées d’une photo (15 %) que lorsqu’il s’agit d’hommes (21% ). Le rapport explique : « On sait l’importance de la photo comme « accroche » dans la lecture d’une nouvelle. L’absence de photo dans les nouvelles centrées sur les femmes renforce encore leur invisibilité ». Les mêmes constats sont faits par les collectivités territoriales qui ont travaillé spécifiquement sur ce sujet.
 
Dans le langage : attention aux mots qui reflètent les inégalités
 
La question du genre des mots désignant les personnes dans leur statut ou leurs activités n’est pas seulement la conséquence de règles grammaticales, mais aussi intimement liée aux représentations sociales qui traversent le langage. La langue reflète la culture, tout comme elle l’influence. L’histoire de la langue française nous montre que les mots, tout comme la grammaire, sont marqués par les inégalités entre les femmes et les hommes. Ainsi, une langue qui invisibilise les femmes est la marque d’une société dans laquelle les femmes ont un rôle second. Si la langue reflète la culture, elle contribue également à la structurer. La langue n'est pas un simple instrument de description de la réalité, mais qu’elle contribue à la structurer.
 

Genre, sexe et grammaire
Il convient de distinguer le genre grammatical du sexe du référent. Pour les « non animés », la distribution du genre est arbitraire : « une table », « un tabouret ». Pour les « animés », il en va différemment.
« Les noms des êtres humains et des animaux, ou, en un mot, les animés, créent une interférence du genre grammatical (opposition du masculin et du féminin) avec le sexe (mâle ou femelle), le plus souvent en concordance (un homme, une femme, un sanglier, une laie...), quelquefois en discordance (une estafette - un militaire qui portait les dépêches, une vigie - un homme chargé de surveiller le large
Le langage participe ainsi à la diffusion des stéréotypes et donc à la construction d’une identité sexuée. Au même titre que toutes représentations sexistes dans la publicité ou le cinéma, le langage participe donc à la reproduction de stéréotypes de sexe.
Quatre niveaux de langue ont ainsi été définis. L'arabe ou l'espagnol apparaissent alors comme très "sexués", de niveau 4. Par exemple, le "nous" en espagnol, "nosotros" ou "nosotras", précise le sexe. Le français est, selon ce classement, une langue de niveau 3. L'anglais et le suédois sont de niveau 1 : les mots n’ont pas de genre grammatical en anglais.

 
 
Le rapport « Image des femmes dans les médias » 2 avait fait de l’identification des femmes l’un des critères de son analyse, c’est-à-dire la façon dont elles sont présentées : avec leur nom et prénom, leur prénom uniquement, ou anonymement . « La commission a, en effet à plusieurs reprises, souligné que, même pour désigner les ministres ou les hautes personnalités de la France, on désignait souvent les femmes par leur prénom. Ainsi parle-t-on de Rachida, de Fadela, de Carla mais jamais de Nicolas ou de François. »
 

Mademoiselle et nom de jeune fille 
Des circulaires de 1967 et 1974 indiquent que « l’emploi de l’une ou l’autre de ces formules […] ne constitue en aucune manière un des éléments de l’état civil des intéressées ».
Le ministère de la Justice avait rappelé en décembre 2006, en réponse à la question écrite de Dominique Voynet alors sénatrice : « il est recommandé aux différentes administrations d’éviter toute précision ou appellation susceptible de contraindre la divulgation de l’état matrimonial de l’intéressée dans ses relations avec les tiers, ce qui, outre son caractère attentatoire à la vie privée de l’intéressée, peut être perçu comme vexatoire ».
À la demande de Roselyne Bachelot, alors ministre des Solidarités en charge des Droits des femmes, le Premier ministre publie le 21 février 2012 une circulaire préconisant la suppression du terme « Mademoiselle » dans les formulaires administratifs. Par une décision du 26 décembre 2012, le Conseil d’État a validé cette circulaire.
Dans les relations avec l’administration, la loi indique donc que les correspondances des autorités administratives sont adressées aux usagers sous leur nom de famille, sauf demande expresse de la personne concernée de voir figurer son nom d’usage.

 
Au niveau de l’État, selon le Haut conseil, si une vigilance certaine est portée à la thématique, aucun cadre n’existe et ne permet donc de s’assurer que les grands principes d’une communication institutionnelle non stéréotypée sont systématiquement respectés. Par ailleurs, être vigilant-e-s à la question des stéréotypes apparaît trop encore comme une contrainte, qui viendrait altérer le message principal d’une campagne ou limiterait la créativité.
C’est pourquoi l’État doit réaffirmer la légitimité de la lutte contre les stéréotypes et s’engager au plus haut niveau au respect d’un certain nombre de principes de cadrage, afin d’impulser dans l’ensemble de ses services une démarche proactive en matière de lutte contre les stéréotypes.
 

Rapport annuel sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes
L’article 61 de la Loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes adoptée le 23 juillet par le Parlement engage les collectivités (régions, département, intercommunalités et communes de plus de 20 000 habitants) préalablement aux débats sur le projet de budget, à présenter un rapport sur la situation en matière d’égalité entre les femmes et les hommes intéressant le fonctionnement de la collectivité, les politiques qu’elle mène sur son territoire et les orientations et programmes de nature à améliorer cette situation.

 
De leurs cotés, plusieurs collectivités territoriales ont mené une réflexion sur les enjeux de leur communication et ont mis en place leur propre cadre de référence pour lutter contre les stéréotypes. Certaines collectivités ont mené ce travail dans le cadre de leur signature de la Charte pour l’Egalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale, initiée par l’Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe (AFCCRE), et aujourd’hui signée par plus de 1500 collectivités territoriales en Europe. En effet, la Charte préconise dans son article 6 une vigilance accrue à une communication non stéréotypée.
Le protocole d'accord du 2 juillet 2013 signé entre le ministère des Droits des femmes et les grandes associations de collectivités établit aussi que « L’égalité entre les femmes et les hommes doit être prise en compte à toutes les étapes des politiques publiques : au moment de leur élaboration - par exemple avec des études d’impact - au moment de leur mise en œuvre de et de leur diffusion - au moyen notamment des techniques de l’intégration du genre dans les documents de communications tant internes qu’externes ; au stade enfin de l’évaluation ex post ».

De même, dans le cadre de l’Inet, le cahier « Egalité H/F, des clés pour agir » des élèves administrateurs a été réalisé fin 2013 qui se concentre sur les actions que les collectivités peuvent mener en interne pour promouvoir l’égalité hommes-femmes.

 
Conseil Régional d’Île-de-France : les « Règles d’or pour la communication genrée »
Le Conseil Régional d’Ile-de-France, en concertation avec un comité technique d’élu-e-s et d’agent-e-s, a mis en place les « Règles d’or pour la communication genrée » en 2008. Elles sont destinées au personnel administratif, aux élu-e-s, collaborateurs et collaboratrices ainsi qu’au service de communication. Les règles portent à la fois sur l’usage des formes féminines de la langue, ainsi que sur l’iconographie.
Les communications internes et externes de la région doivent ainsi promouvoir l’usage du féminin avec l’aide du guide « Femme, j’écris ton nom » et doivent respecter la « règle de trois » : la juxtaposition du masculin et du féminin, l’alternance si possible du féminin et du masculin et enfin la neutralité comme ultime recours.
La représentation des femmes et des hommes dans les supports utilisés pour les campagnes doit être équilibrée et lorsqu’une difficulté rédactionnelle apparaît, les règles d’or recommandent de compenser par un visuel représentant un individu de l’autre sexe (une photo de femme si le nom est masculin dans le titre ou sur la couverture).
Pour lutter contre l’invisibilité des femmes et pour agir pour la mixité dans l’emploi, le Conseil régional a aussi fait le choix d’imprimer une page au féminin et une au masculin dans ses brochures sur l’éducation.
Enfin, le bilan de l’application de ces règles d’or doit être intégré dans l’évaluation annuelle de la mise en œuvre de la Charte européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale.
 
Conseil Régional de Bretagne : Label égalité professionnelle
La Région Bretagne mène depuis 2004 une politique d'égalité des droits entre les femmes et les hommes. Parmi ses objectifs, la lutte contre les stéréotypes sexistes s'inscrit dans la communication interne et externe de la collectivité, ce qui lui a valu en 2011 l'attribution du Label égalité professionnelle décerné par l’Association française de normalisation (Afnor).
Le plan d'action interne de la collectivité, comporte plusieurs volets, et en particulier concernant la communication institutionnelle :

  • l’usage du féminin pour les noms de métiers, grades, titres, fonctions ;
  • l’établissement de règles d'utilisation des photographies déconstruisant les stéréotypes de sexe.

 
Lyon : des règles encadrent l’usage des photographies
A Lyon, le plan d’action égalité femmes-hommes fait partie intégrante de la démarche contre les discriminations « Egalycité » initiée en 2012. Les campagnes « Egalycité » intègrent une iconographie équilibrée entre les femmes et les hommes, non stéréotypée et représentant la diversité.
 
Conseil Général de l’Essonne : la systématisation de l’usage du féminin
L’Essonne a engagé un travail important dans sa communication interne et externe en accolant la particule au féminin des mots, quand cela est possible. Ainsi les termes « élu-e-s », « agente- s » et « Essonnien-ne-s » sont désormais la règle. Cela se traduit dans la rédaction des délibérations votées en Assemblée départementale, dans les plaquettes d’informations ou encore le « Mag de l’Essonne », mensuel d’information du Conseil général. Une charte de rédaction a été élaborée avec la direction des ressources humaines et est est en cours d’actualisation.
Le Département généralise par ailleurs l’application de la circulaire du 21 février 2012 relative à la suppression des termes « Mademoiselle », « nom de jeune fille », « nom patronymique », « nom d’épouse » et « nom d’époux » des correspondances et formulaires administratifs. Une note du directeur général des services a été immédiatement envoyée pour veiller à ces suppressions.
Le Conseil Général de l’Essonne a aussi diffusé des « cartes postales » présentant des femmes pratiquant un métier occupé majoritairement par des hommes (exemple : horticultrice), ainsi que des hommes réalisant des métiers majoritairement occupé par des femmes (exemple : agent-e-s d’entretien)
 
Brest Métropole Océane : vers une culture de l’égalité
Le plan pour l’égalité entre les femmes et les hommes de Brest métropole océane identifie la communication en tant qu’action cible dans son plan d’actions par la « diffusion d’une culture de l’égalité en interne et sur les territoires ».
 
Région Nord-Pas-de-Calais : déconstruire les stéréotypes
Dans le Nord-Pas-de-Calais, l’occasion des cadeaux faits au personnel en fin d’année a été saisie pour offrir des cadeaux non sexués, voire qui déconstruisent des stéréotypes, par exemple sur le partage des tâches ménagères.
 
Strasbourg et Rouen
Si la neutralisation des stéréotypes doit être un objectif transverse à toute action de communication, elle peut également faire l’objet d’une campagne de communication en tant que tel. Plusieurs initiatives ont été menées par des collectivités territoriales. Les villes de Strasbourg et Rouen ont choisi de mettre en place une sensibilisation spécifique à la lutte contre les violences faites aux femmes en interne par le biais de prospectus, d’affichage dans les locaux de la collectivité autour du 25 novembre. Ces deux villes avaient également d’ores et déjà supprimé l’emploi du « Mademoiselle ».

Amiens
La ville d'Amiens a mené en 2013 une campagne pour l'égalité conçue avec les habitants « L’égalité femmes-hommes, ça commence au quotidien » lauréate du Grand Prix Cap'Com 2013 dans la catégorie « Faire évoluer les comportements ».

Auteur: 
Bernard Deljarrie