webleads-tracker

Comprendre l'open data, passage obligé ! | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Comprendre l'open data, passage obligé !

créé le : 
02/09/2015

Les collectivités locales de plus de 3 500 habitants et leurs EPCI vont devoir publier sur Internet certaines de leurs données. Introduite par la loi NOTRe votée cet été, cette obligation remet le sujet de l'open data sur le haut de la pile dans les collectivités. Et les communicants sont en première ligne pour expliquer et accompagner l'ouverture des données publiques. Évolution, expériences, cadre légal, processus, moyens : défrichons ce sujet complexe avec des acteurs de l'open data pour mieux en cerner les enjeux de communication.

L'open data, qui consiste à mettre à disposition de tous les citoyens sur Internet toutes les données publiques brutes ayant vocation à être librement accessibles et gratuitement réutilisables, est apparu dans les pays anglo-saxons dans les années 2000. Le sujet a émergé notamment lors de la campagne d'Obama, fervent promoteur de l'open data, pour les présidentielles 2008 aux États-Unis. Le développement de l'ouverture des données s'inscrit alors dans le mouvement plus large de l'OpenGov, ou « démocratie ouverte », qui s'appuie sur trois piliers : la transparence, la participation et la collaboration.

source : http://democratieouverte.org/

 

Des collectivités de toute taille déjà engagées dans une démarche open data

En France l'open data fait son apparition en 2010 avec un premier projet initié par Rennes puis par Montpellier et Paris. En 2011, Etalab, service de l’État en charge de piloter la politique d’ouverture en ligne des données publiques, est créé. Il a pour mission d'administrer le portail unique interministériel data.gouv.fr et de mettre à disposition librement l’ensemble des informations publiques de l’État, de ses établissements publics et, si elles le souhaitent, des collectivités territoriales et des personnes de droit public ou de droit privé chargées d’une mission de service public.

Régions, départements, grandes villes et métropoles mais aussi villes et intercommunalités plus petites : en tout environ quatre-vingt-dix collectivités territoriales sont aujourd'hui engagées dans une démarche d'ouverture de leurs données (voir la frise chronologique de l'ouverture des données en France).

Voir en plein écran

« Certaines ont fait beaucoup en la matière, d'autres moins » explique Jean-Marie Bourgogne, chef de projet Montpellier Territoire Numérique et cofondateur de l'association OpenData France qui regroupe une soixantaine de collectivités engagées dans le mouvement open data. « Les 10 villes pionnières ont lancé leur projet en pensant œuvrer pour la transparence, le développement économique et  la réutilisation des données pour créer de nouveaux services mais il y a eu quelques déceptions par rapport aux attentes et des difficultés à surmonter. Heureusement, l'État pousse à fond la démarche. Aujourd'hui les données sont en train d'être libérées par paquets entiers. Le mouvement est enclenché et il faut continuer, sinon ce sont les opérateurs privés qui vont gérer les données publiques. » « Les premières réalisations ont eu pas mal de retentissement car c'était un sujet de communication et un sujet politique important englobant les notions de transparence, d'innovation, de gouvernance. Aujourd'hui c'est différent, ça va devenir obligatoire. C'est un peu moins vendeur ».

Une obligation qui vient s'ajouter au cadre légal existant

En effet, la loi NOTRe votée cet été contient un amendement obligeant les communes de plus de 3 500 habitants et leur EPCI à mettre en ligne sous format électronique leurs données publiques. « On ne sait pas encore quand et quels types de données seront concernés » précise Jean-Marie Bourgogne.

En attendant le décret d'application, l'ouverture des données publiques, dont le principe de transparence est inscrit dans l'article XV de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen (« La Société a le droit de demander compte à tout Agent Public de son administration »), est régie par plusieurs textes :

  • la loi Cada de 1978 qui reconnaît à toute personne le droit d’obtenir communication des documents détenus dans le cadre de sa mission de service public par une administration, quels que soient leur forme ou leur support;
  • le décret du 30 décembre 2005 relatif à la liberté d’accès aux documents administratifs et à la réutilisation des informations publiques;
  • la transposition dans le droit français de la directive INSPIRE concernant les données géographiques environnementale détenues par les autorités publiques en instaurant une obligation de mise en ligne de ces données sous format électronique.

Aujourd'hui, en dehors des données privées ou protégées par la loi, plusieurs types de données sont ouvertes par les collectivités :

  • effectifs : d'agents municipaux, d'élèves ;
  • horaires : bus et tram en temps réel ;
  • patrimoine : arbres, équipements sportifs, points lumineux, bornes fontaines ... ;
  • éléments liés à l'exploitation : livres empruntés dans les bibliothèques, budget et compte administratif, marchés publics ;
  • description du territoire : photo aérienne, altimétrie, description des rues, adresses ;
  • reflet de la vie locale : nombres de mariages, naissances, prénoms données, élections, agendas culturels...

« Dans la majorité des cas, ce sont des données déjà accessibles » précise Jean-Marie Bourgogne. « La nature des collectivités oriente d'ailleurs la nature de l'open data : les métropoles vont plutôt ouvrir des données relatives à l'économie ou aux transports, les communes, des éléments liés à la vie locale ... » « Il ne faut pas hésiter à ouvrir les données en rapport avec les spécificités de son territoire » ajoute Jean-Christophe Élineau, élu en charge du numérique et responsable open data de Brocas. Cette ville de 800 habitants a ouvert environ 30 jeux de données depuis 2011, portant sur l'état civil, les budgets, les résultats électoraux, l'assiduité des conseillers municipaux, mais aussi sur l'état des forêts, le tourisme et le patrimoine : des thématiques propres à son territoire.

La volonté politique, point de départ d'une démarche open data

Pour Jean-Christophe Élineau comme pour Jean-Marie Bourgogne, l'ouverture des données est avant tout une volonté politique. « Au fond, le premier acte de confiance entre élus et citoyens, c'est la transparence » ajoute Jean-Marie Bourgogne. Au-delà de la transparence, encourager la participation citoyenne, développer des services, dynamiser le territoire, améliorer l’efficacité des administrations : les enjeux de l’open data sont fortement liés aux choix politiques d'une collectivité.

Au lancement d'une démarche open data dans une collectivité, cette volonté politique est actée par une délibération. Puis la DSI cherche les données susceptibles d'être ouvertes et les met à disposition, soit en créant la plateforme open data de la collectivité, soit en hébergeant ses données sur la plateforme d'une autre collectivité (celle de l'intercommunalité ou de la région pour une commune par exemple), ou sur le portail data-gouv.fr. Si les questions de moyens humains et financiers rentrent en compte, le choix du support est également stratégique en terme de communication. « Si l'on héberge les données sur le portail d'Etalab, il est moins facile de communiquer sur l'open data. Mais il est toujours possible d'expliquer la démarche sur son site dédié et de renvoyer à la plateforme » précise Jean-Marie Bourgogne. C'est le choix qu'a fait la commune de Brocas pour préserver le caractère local de la démarche. Elle dispose d'un site web dédié à l'opendata mettant à disposition certaines données et renvoyant sur les différentes plate-formes de données ouvertes dont data-gouv.fr.

Quelle que soit la solution choisie, l'ouverture des données publiques a des coûts : celui du portail hébergeant les données (de 5 000 à 50 000 euros par an, ou 0 si c'est hébergé sur un portail existant), celui du temps passé par la DSI pour identifier les données (1 ou 2 mois au départ) puis les mettre à jour, celui du temps passé par le service communication pour animer la démarche (1/4 ou 1/5 de temps selon Jean-Marie Bourgogne), et celui des appels à projets.
« Cela coûte de l'argent, mais c'est une vrai mission de service public », précise Jean-Marie Bourgogne, « ce qui était avant de l'innovation est maintenant un outil qui facilite les échanges de données entre services et entre collectivités. Au lieu de demander au service concerné, on renvoie sur la plate-forme open data. Cela participe à l'amélioration du service public. Par exemple, une personne qui appelle une mairie pour consulter le PLU, ne sera plus renvoyée de service en service mais invitée à se rendre sur la plate-forme open data pour consulter le document. » L'amélioration de l'efficacité et la modernisation du service public, un des enjeux majeurs de l’open data, se heurte cependant, tout comme la recherche de transparence, encore aujourd'hui au problème d'homogénéisation des données. Publiées sans aucunes normes et sous un format différent, les données sur un même sujet sont en effet difficilement comparables entre deux collectivités.

Brocas, une petite commune engagée dans l'opendata depuis plusieurs années

À Brocas, commune de 800 habitants du Sud-Ouest, Jean-Christophe Élineau, conseiller municipal pour le numérique et informaticien, a découvert l’open data au détour de recherches sur le web en 2011, et a creusé cette démarche qui lui paraissait intéressante. Il propose l'idée lors d'une commission communication de sa commune et le maire donne son feu vert. « On avait la volonté « open data» mais pas la réalisation : au début notre plateforme mettait à disposition quelques fichiers au format pdf et des photos. On essuyait les plâtres. » Ce premier site restera un an. « C 'était tout sauf une plateforme open data. Cela nous a obligé à repenser la démarche. »

En avril 2013, ils mènent une première opération libre le temps d'un week-end, avec un temps de restitution chaque soir. L’événement attire 10 % de la population et conduit à la reconstruction du portail avec des données organisées de manière cohérente. Comme ils n'ont pas les moyens d'héberger leur plateforme, ils s'appuient alors sur la plateforme datagouv.fr et sur le portail de la commune.

Les services informatique et communication : principaux acteurs opérationnels de l’open data dans les collectivités

Suivant les collectivités, l’open data est principalement rattaché au service informatique (40 % environ comme dans les métropoles de Bordeaux, Toulouse, Lyon, Nice, Montpellier, etc.), ou au service communication (Rennes, Dignes-les-Bains, etc.). Plus rarement (20 %), la démarche est conduite par un service transverse comme par exemple une Direction de l'innovation. « Selon le service qui pilote l'ouverture des données, cela change la nature du projet » ajoute Jean-Marie Bourgogne. « Lorsqu'il est confié à la DSI, il est « plus charpenté ». Les services communication seront plus dans la recherche de résultats à montrer en général. Mais services informatique et communication restent cependant indispensables pour la conduite d'un projet open data : le premier formate les données, le deuxième anime.

Relayer, vulgariser, stimuler l’open data : des enjeux pour le communicant

« L'important, c'est de communiquer. Il faut relayer la démarche : montrer pourquoi la collectivité fait de l'open data. Il faut d'ailleurs plutôt parler de "données ouvertes". Il faut expliquer que la collectivité est engagée dans une démarche de transparence et de participation. » Annonces sur panneaux lumineux, affichage, relations presse, articles dans la publication de la collectivité … doivent accompagner l'ouverture des données.

À partir du moment ou les données sont publiées, il faut les faire connaître et comprendre. Il y a un très gros travail de vulgarisation et de mise à niveau. Il faut arriver à faire comprendre aux gens que les données sont là pour eux. »

Enfin, la communication doit animer la démarche et stimuler l'innovation : organiser des rencontres, des apéros, des concours d'idées, des hackatons pour que les données soient réutilisées et mises en scène. »

« Aujourd'hui, l’open data est encore considéré comme étant réservé aux « militants de la transparence » ou aux « geeks ». Faire changer cela est un vrai challenge pour les communicants publics. » conclut Jean-marie Bourgogne.

L'association OpenData France rassemble les collectivités open data

Créé en 2013 à la suite d'une année des rencontres informelles des acteurs de l’open data dans les collectivités, l'association Opendata France a pour vocation de favoriser l'échange et l'entraide entre les collectivités qui sont ou vont s'engager dans une démarche d'ouverture de leurs données, et de défendre leur intérêts auprès des instances nationales. Elle regroupe une soixantaine de collectivités (élus ou agents) de toute taille allant de la Région Île-de-France à la commune de Brocas (800 habitants), et compte parmi ses associés les acteurs majeurs de l'open data : la FING (Fondation internet nouvelle génération), Etalab (data.gouv.fr) et l’association LiberTIC (Nantes).
 

L’open data, un des sujets des prochaines rencontres Communication numérique

Les 24 et 25 septembre 2015, les communicants publics numériques ont rendez-vous à Issy-les-Moulineaux pour les 7e rencontres de la communication numérique. Deux jours d'échanges et de formation autour du thème «  Communication numérique, des outils et des hommes ».

L'ouverture des données sera un des sujets abordés, notamment lors de l'atelier « Open data : comprendre l'ouverture des données publiques ». À cette occasion, Jean-Christophe Élineau présentera la démarche open data de Brocas aux côtés d'Éric Legale, directeur d'Issy Média et d'Anne-Claude Poinso, responsable collectivités et secteur public de Microsoft France.

Inscriptions

Auteur: 
Anne Revol