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Du Tweet au Pouet : communiquons librement ? | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Du Tweet au Pouet : communiquons librement ?

créé le : 
09/05/2017

Cela vous dit de faire "pouet" avec moi sur Mastodon ? Non, ça n’est pas une proposition malhonnête ni un message codé. Mastodon c’est la bébête qui propose de lancer des "pouets" au lieu des "gazouillis" de Twitter. Faut-il adopter ce curieux animal pour sa communication numérique qui compte déjà 550 000 inscrits ?

Mastodon fait le buzz depuis quelques semaines dans la presse spécialisée et nationale. Concrètement, ce nouveau réseau social, incarné par un joyeux mammouth, entend marcher sur les plates-bandes de Twitter.

Lancé fin 2016 par Eugen Rochko, un jeune développeur allemand tout juste sorti de l’Université, Mastodon est un réseau ouvert, libre et décentralisé. Contrairement à son concurrent américain Twitter, il n’y a ni algorithme pour filtrer l’affichage des messages, ni de publicité non plus. Cependant Mastodon fonctionne avec un système d’instances. C’est là que ça se complique. Cela signifie que chacun peut créer son propre réseau, en installant le logiciel sur un serveur. Il existe donc autant d’instances que de logiciels installés sur différents serveurs. Et nous le verrons dans les avantages et inconvénients de Mastodon, actuellement les instances sont cloisonnées. Un compte créé sur une instance n’existe pas et n’est pas visible sur une autre instance.

Une vocation grand public ?

Il existe actuellement plus de 1 500 instances différentes de Mastodon. En France par exemple, des fournisseurs d’accès à Internet tels que Tetaneutral à Toulouse ou Aquilenet en Nouvelle Aquitaine, des associations telles que la Quadrature du Net ou Framasoft ont mis en place leur propre instance Mastodon. L’État s’y est mis également, via Etalab, en créant une instance Mastodon pour le moment réservée aux fonctionnaires d’État.

En pratique, Mastodon ne dépayse pas les utilisateurs de Twitter. Il propose une interface de navigation qui n’est pas sans rappeler Tweetdeck, un outil bien connu des community managers pour gérer différents flux de Twitter. Mais au-delà des geeks, Mastodon a t-il vocation à devenir un réseau social grand public ? Points forts et points faibles actuels de la solution.


Ma timeline Mastodon est encore bien vide… faute d’y trouver facilement des interlocuteurs en #compublique

Points forts

Mastodon est un outil open source en pleine croissance. À ce jour, 250 développeurs sont actifs pour développer ce nouveau réseau. Son créateur, Eugen Rochko, explique ainsi l’avantage de sa solution par rapport aux autres réseaux : « Facebook ne peut tout simplement donner à personne le pouvoir de faire quoi que ce soit, car ce pouvoir résidera toujours, en fin de compte, dans Facebook lui-même, qui contrôle à la fois le logiciel, les serveurs et les politiques de modération. (…) Le pouvoir ultime est de donner aux gens la possibilité de créer leurs propres espaces, leurs propres communautés ».

Pas de publicité ni de filtrage sur Mastodon. Comme sur Twitter à sa création, vous visualisez l’intégralité des "pouets" publiés sans filtrage par un algorithme qui décide ce que vous devez voir.

Mastodon est plus généreux que Twitter et autorise 500 caractères par message contre 140 pour Twitter, même si ce dernier assouplit de plus en plus cette limite.

L’État s’intéresse à Mastodon et a créé sa propre instance. Ce réseau pourrait favoriser à terme la souveraineté numérique de l’État. Encourager le développement d’un système libre et ouvert permettrait de s’affranchir de la tutelle des géants américains, sur lesquels personne n’a prise.
Selon Laure Lucchesi, la directrice d’Etalab, plus de 800 agents de la fonction publique s’y sont inscrits en moins d’une semaine et une véritable dynamique est en marche. Mastodon outil de RSE (réseau social d’entreprise) ?

Point faibles

Si vous n’êtes pas déjà utilisateur de Twitter, Mastodon ne va pas forcément vous paraître plus facile à prendre en main. L’interface de Mastodon peut décourager le néophyte.

Les messages publiés sur Mastodon ne sont pas pour l’instant indexés par les moteurs de recherche, ce qui rend le réseau peu visible, moins médiatique et viral que Twitter ou Facebook.

Le système d’instances est perturbant. Celles-ci étant cloisonnées, un compte créé sur une instance n’existe pas sur les autres. Il est donc nécessaire de choisir la bonne instance pour développer son réseau, qui ne sera pas présent sur les autres instances. Cette décentralisation revendiquée par Mastodon risque aussi de nuire à son développement auprès du grand public qui peut être perdu.

Mastodon est le clone libre de Twitter. Il est difficile d’imaginer les deux réseaux cohabiter sur le long terme. Si Twitter est toujours à la recherche d’un modèle économique viable, il demeure le réseau plébiscité par les médias, les VIP et autres influenceurs.

Vous souvenez-vous de Diaspora, le réseau social libre lancé en 2012 et censé concurrencer l’hégémonie de Facebook ? La plateforme est hélas restée cantonnée à des communautés d’utilisateurs confidentielles. Mastodon risque de ne rester qu’un produit de niche, utilisé uniquement par les geeks.

Twitter doit une partie de son succès à sa consultation sur mobile. À ce jour, Mastodon n’offre aucune application convaincante sur smartphone, qui cantonne son utilisation sur ordinateur.

En conclusion, vouloir investir Mastodon en communication publique paraît encore prématuré. À l’instar de l’initiative d’Etalab, il est possible d’imaginer une utilisation via un extranet en complément d’un intranet au sein de sa collectivité. Encore faut-il que la direction informatique soit ouverte à l’utilisation d’outils libres.
Il convient néanmoins de garder un œil sur ce jeune mammouth et de surveiller sa courbe d’évolution dans les mois à venir.

Pour connaître toutes les instances existantes de Mastodon : https://instances.mastodon.xyz/list

Vous pouvez venir faire "pouet" avec moi sur http://mastodon.social/@cervasky

Auteur: 
Marc Cervennansky