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Égalité femmes - hommes : Les collectivités se mettent à l’écriture inclusive | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Égalité femmes - hommes : Les collectivités se mettent à l’écriture inclusive

créé le : 
05/10/2017

En ce début d’année scolaire, la publication d’un manuel d’histoire rédigé avec une écriture dite « inclusive » remet le langage au cœur de la lutte pour l’égalité femmes - hommes, suscitant de nombreux débats dans les médias. Dans les collectivités, qui se doivent d’être exemplaires dans leurs publications, le sujet mérite d’être posé sur la table. Plusieurs s’y sont déjà attelées depuis longtemps, d’autres se lancent comme la ville de Paris qui s’apprête à former 300 agent·e·s à l'écriture non genrée. Qu’est-ce que l’écriture inclusive ? Pourquoi et comment la mettre en œuvre dans sa collectivité ?

Quand on parle de communication non sexiste, on pense souvent aux représentations visuelles. Et en la matière, il y a encore du chemin à parcourir quand on voit certaines opérations de communication de villes comme Dannemarie ou Béziers. On pense moins souvent au langage, écrit et parlé. Pourtant l’égalité femmes - hommes passe aussi par les mots.

Agir sur le langage pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes

L’histoire de la langue française nous montre que les mots, tout comme la grammaire, sont marqués par les inégalités entre les femmes et les hommes. Une langue qui rend les femmes invisibles est la marque d’une société dans laquelle les femmes ont un rôle second. La langue n'est pas un simple instrument de description de la réalité, elle contribue à la structurer. « Pour faire progresser les mentalités, il faut agir sur ce par quoi elles se structurent comme le langage. » expliquait Chloé Sebagh, cheffe de projets de l’agence de communication d’influence Mots clés lors des dernières Rencontres nationales de la presse territoriale. « Notre langage est fondamentalement phallocentrique : tous petits et toutes petites on apprend que la masculin l’emporte sur le féminin. L’écriture inclusive permet de réintégrer du féminin dans le langage »

3 règles pour une écriture plus égalitaire

« L’écriture inclusive recouvre l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égale représentation des femmes et des hommes dans notre manière d’écrire. » précise Chloé Sebagh. Son agence s’est inspirée notamment du Guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe édité par le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, pour rédiger un manuel d’écriture inclusive disponible en libre téléchargement. Une sorte de référentiel commun qui permet une liberté d’écriture tout respectant l’égalité.

Il est construit autour de trois conventions d’écriture :

  • accorder en genre les noms des fonctions, grades, métiers et titres (cheffe, auteure ou autrice, professeure,...)
  • user du féminin et du masculin par : l’énumération par ordre alphabétique (elles et ils), l’usage du point au milieu (les candidat·e·s à la Présidence), et le recours aux termes épicènes (terme dont la forme ne varie pas que l’on se réfère à un nom féminin ou masculin : sage, utile, sensible...)
  • ne plus employer les antonomases des noms « Femme » et « Homme » (préférer « droits humains » à « droits de l’Homme »)

Ces trois grands principes peuvent être mixés selon les cas : à l’oral on utilisera plutôt l’énumération par ordre alphabétique (les candidates et les candidats) plutôt que le point milieu (les candidat·e·s) réservé au langage écrit et qui s’adapte mieux à certains formats courts comme le tweet.

Ces principes font leur chemin « L’énumération ce n’est pas compliqué, on l’a d’ailleurs entendu dans la campagne présidentielle » ajoute Chloé Sebagh « Globalement: on voit que ça bouge, on voit l’engouement : des évènements se montent autour de l’écriture inclusive, comme des dictées. »

Les collectivités se mettent à l'écriture non genrée

L’écriture inclusive fait aussi son chemin dans les collectivités qui, comme le rappelle le guide du Haut Conseil à l’égalité femmes - hommes, ont un devoir d’exemplarité en matière de communication sans stéréotype de sexe. La mairie de Paris va ainsi former 300 agents à l’écriture inclusive et va constituer par la suite un groupe de travail pour réaliser un livret dans la perspective d’une généralisation de la communication inclusive à l’horizon fin 2018.

Mais à l’instar de la capitale, plusieurs autres collectivités ont engagé un travail comme en témoignent les échanges sur le sujet sur la liste de discussion de Cap’Com. Brest met en place progressivement cette règle d’écriture sur l’ensemble de ses documents. Le département du Finistère a monté un groupe projet sur « l’égalité femmes-hommes », a diffusé une note interne, et travaille sur le sujet en comité de rédaction du journal interne. La ville de Lyon et la ville et eurométropole de Strasbourg ont édité des guides sur la communication non genrée. Autant d’initiatives qui devraient inciter d’autres collectivités à s’y mettre.

Déconstruire pour convaincre

Mais on le voit bien à travers les débats animés autour de l’écriture inclusive dans les médias, son déploiement se heurte à quelques résistances. Alors comment convaincre en interne ? « On dote celles et ceux qui se lancent d’un argumentaire », explique Chloé Sebagh « Il faut d’abord faire remonter les réticences et déconstruire ce qu’on a appris ». Une étape qui prend du temps et suscite une remise en question. « On peut utiliser des arguments historiques car c’est difficile de ne pas adhérer quand on connaît l’histoire de la langue. On peut aussi aller voir les responsables RSE.».

Autre argument avancé contre la mise en place de l'écriture inclusive : sa complexité. « On entend souvent "ça prend du temps, c’est lourd, c’est illisible" ». Face à l’argument de complexité, plusieurs pistes peuvent être explorées : créer des documents modèles pour donner à voir aux responsables que c’est possible (et lisible), commencer par appliquer les règles de l’écriture inclusive sur des textes courts (en débutant par exemple par le site web), et garder en tête l’idée de jongler entre énumération, point milieu, et termes épicènes.

Comment porter ce changement au sein de la collectivité ?

« Il faut former des rôles modèles en commençant par quelques heures de mises en pratiques sur les supports de la collectivité », explique Chloé Sebagh « Elles et ils vont diffuser les choses ensuite. Nous avons par exemple travaillé avec 3F qui gère plus de 230 000 logements sociaux, foyers d'hébergement et commerces. On a créé un guide de l’écriture inclusive à partir des difficultés soulevées, avec un lexique adapté au logement social. On travaille aussi avec les Ressources humaines. Derrière l’écriture inclusive, il y a aussi l’idée de porter un projet tous et toutes ensemble et ça peut changer les choses. »

Auteur: 
Cap'Com