webleads-tracker

Faut-il vraiment mutualiser la communication ? | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Faut-il vraiment mutualiser la communication ?

créé le : 
14/04/2015

À l’occasion de la présentation de l’édition 2015 du Baromètre de la communication intercommunale, plus d’une centaine de communicants publics sont venus échanger, une journée durant à Rennes. Des débats qui révèlent la difficile coordination de la communication à l’échelle intercommunale. La mutualisation est-elle vraiment la solution si idéale ? L’enquête du Baromètre comme les débats de cette journée donnent une vision moins technocratique de ce qui se tisse sur le terrain. « Il vaudrait mieux promouvoir la coordination et l’échange de services », revendiquent les communicants territoriaux. Découvrez leurs analyses et les résultats du Baromètre.

Bientôt toutes les intercommunalités disposeront d’un service communication. Le Baromètre de la communication intercommunale confirme cette tendance. Aujourd’hui toutes les agglomérations ont leur service communication et pas moins de deux tiers des communautés de communes. Même si un service peut ne compter que 3 personnes en moyenne, il est identifié et structuré.
 
Rien d’étonnant à cela. Les communautés ont pris de l’ampleur sous le coup des fusions et extensions qui ont bouleversé en cinq ans le paysage intercommunal. Le nombre des intercommunalités a baissé de 20 % et leur taille s’est fortement accrue passant en moyenne de 13 à 17 communes depuis 2010. Les services communication des communautés ont automatiquement gonflé par regroupement de services existants.
 
Mais pendant ce temps, la mutualisation entre le service communication de l’intercommunalité et ceux des communes membres est restée embryonnaire.
3 % des quelques 1900 communautés de communes et 7 % des 240 communautés d’agglomérations et métropoles annoncent être parvenues à mutualiser leur service communication. Autant dire moins d’une centaine de mutualisation. Un mouvement qui ne semble pas vraiment démarrer, selon le Baromètre, car guère plus de 10 % des intercommunalités disent envisager cette mutualisation.
 


 

Les communes restent attachées à leur identité

Pourtant voilà au moins deux décennies que le mouvement est encouragé. « Nous avons engagé le processus en 1990 », rappelle Vincent Nuyts, dircom de la ville et de la métropole de Brest, « et maintenant  100 % du personnel est métropolitain. Aucun agent du service n’est affecté à l’une ou l’autre des collectivités pour lesquels il travaille, nous avons même un logo unique marqué ville et métropole mais il reste deux budgets distincts. La métropole n'édite qu’un seul magazine qui comprend un encart ville de Brest, diffusé seulement sur la ville ».  
« Tout l’espace public est métropolitain », poursuit Vincent Nuyts, « mais les sept autres communes restent attachées à leur identité ; l’animation locale et l’information de proximité sont toujours de leur ressort ».
« Les communes membres de notre intercommunalité ont des identités très fortes : nous ne sommes pas suffisamment mûrs pour parler d’une même voix. Il n’y a donc pas de mutualisation prévue » avoue aussi Eric Kerrouche, président de la communauté de communes landaise de Maremne Adour Côte Sud.
 

Schéma d’intégration ou relations de coordination

Car la question est là. La mutualisation n’est qu’un schéma d’intégration du service de la ville-centre avec celui de l’intercommunalité. Il ne rend pas compte des relations qui se tissent avec l’ensemble des communes du même territoire attachées à leur identité.
Or la coordination institutionnelle entre l’intercommunalité et ses communes membres reste particulièrement faible. Dans deux tiers des communautés de communes, les services ne sont pas coordonnés du tout, même de manière officieuse. Dans la moitié des communautés d’agglomération cette coordination existe mais pratiquement toujours de manière officieuse. « Il n'y a pas de mutualisation des services de communication, mais une coordination est mise en place. Cela prend la forme de collaboration, d'échanges d’informations, de pages dans les magazines municipaux », explique Véronique Bonnard, directrice de la communication de la communauté d'agglomération d'Annecy.


 

La mutualisation d’outils est en effet plus répandue que la mutualisation des services. Plus d’un tiers des intercommunalités ont en commun au moins un outil de communication, le plus souvent le site Internet ou un événement qui touche tout le territoire. Une autre manière de mutualiser des outils est de les mettre à disposition des actions de communication des communes. Dans 62 % des intercommunalités, selon le Baromètre, le service communication apporte des aides concrètes à la communication de communes membres.
 

Des relations d’échange qui sont souvent très fructueuses

« La mutualisation n’est pas à l’ordre du jour au sein de la Communauté de Communes de Brocéliande », confirme Olivier Primault, son chargé de communication, « avec seulement deux personnes ayant un poste de communication au sein des neuf communes, nous cherchons simplement à apporter une aide à chaque commune par exemple en mettant des actualités communales sur le site internet de la communauté de communes. »
 

Pour Claire Trembley, directrice de la communication de la Communauté d’agglomération Ventoux-Comtat Venaissin à Carpentras, « c’est notre un réseau de correspondant communication qui permet de construire des actions communes. Dans chacune des 25 communes j’ai identifié la personne qui diffuse l’information et nous réunissons tout le réseau quatre fois par an. Maintenant nous avons un serveur partagé où nous pouvons rendre des documents facilement accessibles à tous ».

« La communication de la métropole est un service mutualisé avec la ville-centre », explique Laurent Riéra, dircom de la ville de Rennes et de Rennes métropole, « mais pour les 42 autres communes, c’est différent. Il serait inopérant d’imaginer une communication unique pour tout le monde. Pour autant, renforcer les liens avec les communes est un de nos chantiers pour les deux prochaines années. Nous souhaitons, par exemple, mettre en place une agence d’information pour proposer aux communes des contenus sous différents formats ».

C’est là, la particularité de la communication. Loin de la mutualisation, qui semble difficile, se construisent des relations d’échange et de coordination qui sont souvent très fructueuses mêmes si elles ne sont pas institutionnellement reconnues.
 
Un type de relations qui convient bien aux intercommunalités d’Île-de-France tant chaque ville y est importante et y a son identité. « Je réunis les communicants des onze villes du Plateaux de Saclay », raconte Eric Sieberath, directeur de cabinet de la communauté d’agglomération, « mais tous ne viennent pas. Mais le magazine du Plateau valorise beaucoup chacune des villes et nous travaillons à l’idée d’un mobilier urbain unique délégué collectivement ».
 
« Acheter en commun des prestations de communication », précise Vincent Nuyts, « est en effet une pratique fédératrice et économique ».  « Nous avons déjà coordonné la distribution des journaux sur le territoire des 11 communes, confirme Axèle Bureau, chargée de la communication de la communauté de communes d’Erdre et Gesvres, en Loire-Atlantique.
 

Vers des démutualisations ?

Loin des grands principes de la mutualisation, des liens se tissent, des collaborations s’établissent, des économies se dessinent. Et si ces rapprochements étaient moins factices et plus durables que la mutualisation des services. La question est à l’ordre du jour depuis les élections municipales. Car, en raison notamment de la visibilité accrue des élus communautaires, de nombreuses intercommunalités ont à leur tête un président qui n’est pas le maire de la ville-centre. Un binôme qui ne rend pas toujours facile l’existence d’une communication unique. Si certains élus comprennent que des services techniques ou supports soient mutualisés, il semble que pour la communication chacun souhaiterait dispose du sien. Un souhait qui semble assez évident à beaucoup de communicants connaissant la nécessaire proximité qu’ils doivent avoir avec leurs élus. Et le mouvement va plutôt vers la recherche d’autonomie que vers le renforcement de la mutualisation. N’en déplaise au ministère de la Décentralisation qui avait placé la communication dans les cinq services à mutualiser en priorité aux cotés des ressources humaines, de la commande publique, du service juridique et de l’informatique.

Finalement, c’est encore sur le terrain et au quotidien que se construisent les bonnes solutions.
 
Le Baromètre 2015 de la communication intercommunale

Cap’Com, avec l’Assemblée des communautés de France, l’agence Epiceum et l’institut d’études Occurrence réalisent ensemble le Baromètre de la communication intercommunale, enquête auprès des responsables de la communication des 2100 intercommunalités. Le Baromètre dresse un état des lieux de la communication au sein des intercommunalités, en mesurant ses évolutions depuis 2008 : développement, organisation, outils, messages, coordination avec la communication des communes.

La présentation des résultats de l’édition 2015 du Baromètre a été effectuée dans le cadre d’une journée d’étude et d’échanges sur la communication intercommunale qui s’est tenue le 10 avril à l’Hôtel de Rennes métropole. Cent vingt communicants publics y ont participés. L’intégralité des actes de cette journée sera prochainement disponible dans sur la Base documentaire de Cap’Com accessible dans le cadre de l’abonnement Cap’Com Plus.

  TÉLÉCHARGER 

  À LIRE AUSSI 

  À VOIR 

Auteur: 
Bernard Deljarrie

Commentaires

9 % des personnes interrogées ne savent pas si un processus de mutualisation est engagé. Comment peut-il y avoir un tel déficit de communication interne ?