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Harcèlement sexuel : un sujet pas tabou en compublique | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Harcèlement sexuel : un sujet pas tabou en compublique

créé le : 
02/11/2017

La libération de la parole après les révélations sur les agissements du producteur Harvey Weinstein a souligné à grande échelle la difficulté de parler du harcèlement sexuel. Banalisation de certains comportements, lois et sanctions mal connues, méconnaissance des moyens d’agir en tant que victime ou témoin… les communicants publics se sont emparés de ce sujet tabou depuis déjà un bon moment pour faire évoluer les comportements dans l’espace public et professionnel.

Montrer la réalité du harcèlement sexiste pour faire prendre conscience et débanaliser

Faire progresser la prise de conscience et la libération de la parole autour d’un sujet minimisé et tabou, c’est l’un des objectifs principaux de la campagne gouvernementale « Stop, ça suffit ! », lauréate du Grand Prix Cap'Com 2016 dans la catégorie « communication citoyenne ». Lancée il y a deux ans pour lutter contre le harcèlement sexiste dans les transports, elle mixe les codes graphiques du transport et les mots, pensées et actions, qui qualifient le harcèlement sexiste pour montrer la réalité du phénomène dans les transports publics.


Des affiches, bannières et clips sont mis à la disposition de tous les opérateurs de transport, mairies, agglomérations ou afficheurs partenaires, invités à relayer la campagne. Ainsi en début d’année 2017, Bordeaux Métropole a par exemple utilisé les supports nationaux pour communiquer dans son réseau de transport en commun.

Applis et phrases de « drague » sur les bus tunisien
 

Utiliser les mots prononcés par les harceleurs sur des supports adaptés à l’univers du transport, c’est aussi le concept choisi par la société de Transport de Tunis (Transtu) pour sa campagne de communication lancée en septembre dernier avec le hashtag #Ma_yerkebch (le harceleur ne monte pas avec nous). Une initiative qui s’accompagne du lancement d’une application pour « filmer » et d’une autre pour « dénoncer ».

 

Strasbourg a également pris comme point de départ la réalité constatée ou vécue pour mettre en lumière le sexisme « ordinaire », mais cette fois-ci en interne avec la campagne Stop Sexisme (elle aussi récompensée au Grand Prix Cap'Com 2016 dans la catégorie « communication interne »). La ville et eurométropole a placardé en mode affichage « sauvage » dans ses bureaux des visuels flashy reprenant 4 phrases réellement entendues par des agentes. Un effet coup de poing qui a fait réagir et a réussi à libérer la parole. Et une démarche de la collectivité en interne qui rappelle ce qui se fait et ne se fait pas, envoie le signal aux agents que l'institution ne tolère pas ces comportements sexistes et qu’elle est à leur côté en cas de problème.

 

Inverser les rôles pour montrer l’absurdité de la situation, la bonne idée des Américains

Aux États-Unis aussi, la communication sur le harcèlement sexuel se base sur des situations réelles, mais en les détournant de façon astucieuse pour montrer toute l’absurdité des comportements et des justifications des agresseurs sexuels. En septembre l’association américaine It’s On Us, créée par Barack Obama en 2014, a publié trois vidéos à l’occasion du 23ème anniversaire de la signature du Violence Against Women Act. Elles mettent en scène des femmes au comportement absurde et irrespectueux : elles se soulagent dans les toilettes exposées d’un magasin de meubles, touchent sans gêne une œuvre d’art dans un musée ou détruisent un gâteau prêt à être servi à une réception de mariage. Des comportements qu’elles justifient avec des phrases décalées: celles généralement employées par les agresseurs sexuels. Efficace.


Donner les moyens d’agir

Interne ou externe, ces campagnes interpellent pour ensuite informer les victimes, les témoins et les agresseurs : rappeler la loi et les sanctions mal connues, faire connaître les moyens d’agir, donner des clefs pour réagir. Ainsi à côté de son volet de sensibilisation, la campagne du gouvernement contre le harcèlement sexiste dans les transports porte le slogan « Face au harcèlement, n’attendons par pour réagir » et met à disposition des outils pédagogiques : une vidéo interactive et immersive, un site internet et des infographies donnant des conseils aux victimes et aux témoins.

La ville de Paris, elle, a choisi des illustrations pour donner à voir les situations de harcèlement dans la rue sur des supports qui rappellent la loi, les numéros de téléphone et sites utiles, et renvoient vers l’application dédiée à la lutte contre le harcèlement de rue HandsAway permettant d’alerter et de témoigner.

Certaines initiatives se concentrent plus directement sur l’incitation à agir comme cette campagne de Tisseo, le réseau de transport toulousain, qui rappele les moyens d'alerte existants. Le réseau de transport lyonnais de son côté prône la solidarité face à ces situations de harcèlement, avec le slogan « Tout le réseau fait bloc face au harcèlement sexiste » dans une campagne qui interpelle les agresseurs sur les sanctions qu'ils encourent, rappeler aux témoins les bons réflexes à adopter, et informer les victimes des dispositifs d'accompagnement mis à leur disposition pour déposer plainte.

Campagne du réseau de transport de Lyon
Campagne du réseau de transport de Toulouse  


Cibler les agresseurs plutôt que les victimes

Dernière campagne en date, celle lancée par le gouvernement le 26 octobre dernier. Intitulée "Arrêtons-les", elle braque l'attention sur les agresseurs. 5 animations interactives diffusées sur le site du secrétariat d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes et sur les réseaux sociaux rappellent aux auteurs de violences les peines encourues pour des situations d'agressions à caractère sexiste ou sexuel avec le slogan "Maintenant vous savez.Tout acte d'agression sexiste et sexuelle est puni par la loi. »


Concevoir une communication non sexiste

Au-delà des campagne de sensibilisation sur le harcèlement sexuel, l’évolution des comportements passe aussi par l’attention portée à l’image de la femme renvoyée par la communication. Les acteurs publics ont un rôle à jouer pour ne pas véhiculer dans les images et dans les mots des stéréotypes sexistes qui influencent les comportements.

Harcèlement sexuel : ce que dit la loi

L’un des objectifs des campagnes de communication est de rappeler que le harcelement sexuel est un délit. Il est encadré par la loi n° 2012-954 du 6 août 2012 qui donne une définition précise du délit de harcèlement sexuel :
« Le harcèlement sexuel est le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »
« Est assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d'user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers. »

Le texte sanctionne également les discriminations résultant des faits de harcèlement sexuel : « Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes parce qu'elles ont subi ou refusé de subir des faits de harcèlement sexuel tels que définis à l'article 222-33 ou témoigné de tels faits, y compris, dans le cas mentionné au I du même article, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés. »

Dans les collectivités et organismes publique, la circulaire n° SE1 2014-1 du 4 mars 2014 relative à la lutte contre le harcèlement dans la fonction publique précise et rappelle aux employeurs publics leur obligations parmi lesquelles :

  • les obligations déontologiques des agents publics. L’agent public, auteur du harcèlement, contrevient donc à ses obligations en adoptant un comportement répréhensible, contraire à sa mission et indigne de ses fonctions.
  • l’obligation de signalement fondée sur les dispositions du deuxième alinéa de l’article 40 du code de procédure pénale, qui prévoient que tout fonctionnaire « qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs ».
  • la sensibilisation des agents, des managers et des représentants des organisations professionnelles,

Elle rappelle enfin que si l’obligation d’afficher les textes relatifs au harcèlement sexuel dans les lieux de travail et également dans les locaux où se fait l'embauche « ne constitue pas une obligation pour l’employeur public, celui-ci peut tout à fait la mettre en œuvre dans le cadre de sa démarche de prévention. En effet, les employeurs publics sont incités à prendre toutes mesures appropriées visant à faciliter la prévention et le repérage des faits de harcèlement. »

Un cadre législatif qui devrait évoluer puisque Marlène Schiappa la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les hommes et les femmes a annoncé un nouveau projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles en 2018 soumis à la consultation citoyenne.

Auteur: 
Cap'Com