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Intercos : la parole est à la défense | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Intercos : la parole est à la défense

créé le : 
29/03/2017

Comme toutes élections, la présidentielle en cours ne déroge pas à la règle : est survenu le temps des promesses, même les plus farfelues, même les plus racoleuses. Et quand bien même la campagne actuelle n’a pas tout à fait (litote – ndlr) permis de se faire une idée précise des divers programme en lice, notons – hélas sans surprise – quelques attaques en règle à l’encontre des collectivités locales.

Je devrais parler d’une litanie d’avis à l’emporte-pièce, voire de contre-vérités, sur la gestion locale notamment. Comment les résumer ? C’est assez simple en vérité :
Article 1 : Les collectivités locales dépensent trop.
Article 2 : Enfin surtout certaines, suivez mon regard, les régions et les intercommunalités, oui, c’est de vous que l’on parle !
Article 3 : Les collectivités doivent d’abord se préoccuper de proximité.
Article 4 : Les collectivités les plus proches des habitants sont donc les plus vertueuses et les seules que l’on doit privilégier. Ce sont les gentilles. Cf article 2, régions et intercos, dégagez, vous êtes les méchantes (voir notamment le point 6, sous ce lien).

Qu’est-on en train de nous dire ou, plutôt, de nous faire croire ?

1 – Les habitants ne jureraient que par les mairies et seraient, de toute façon, incapables de comprendre les enjeux et le bien-fondé du phénomène intercommunal. Reconnaissons que si le discours majoritaire stigmatise les EPCI comme des technostructures lourdes, redondantes et remplies d’incompétents, c’est sûr, elle va moins bien marcher la perception positive, forcément. Anecdote amusante : à l’heure où beaucoup de villes-centre ont mutualisé nombre de services avec leur interco, un paradoxe a vu le jour, qui consiste à laisser entendre qu’un même fonctionnaire est « bon » quand il œuvre sur des dossiers municipaux mais devient, comme sous le coup d’une malédiction, « mauvais » lorsqu’il travaille sur des questions intercommunales. Bon, admettons …
2 – Les intercommunalités n’auraient pas amélioré la qualité des services rendus. J’ai envie de dire : sans blague ? Vous voulez qu’on totalise tous les investissements entrepris pour créer de nouveaux équipements ou infrastructures ou remettre à niveau des bâtiments, des voiries, des établissements, etc. souvent en quasi fin de vie ?
3 – Ainsi, les intercommunalités et leurs reprises des compétences de leurs communes membres n’auraient pas créé d’économies, bien au contraire.
4 – Les mutualisations avec les villes-centre non plus. Ah …

De là, une hypothèse et une question :

Hypothèse : et si les villes étaient en partie responsables de cette soi-disant absence d’économies au nom du refus de lâcher prise et de poursuivre, coûte que coûte, des missions pourtant transférées aux intercos ? Notez bien, ce n’est qu’une hypothèse …
Avis : à l’instar des fonctionnaires évoqués plus haut qui ne pourraient donner satisfaction que sur des sujets municipaux, les élus seraient-ils frappés du même et diabolique sortilège, en gérant au cordeau leur mairie mais comme des gougnafiers leur EPCI ? Notez bien, ce n’est qu’une question …

5 – Les intercos ne seraient pas aptes à la « proximité », bien que l’on puisse la plupart du temps traverser de part en part les communautés françaises en moins d’une heure ?

Alors, on devrait donc continuer à laisser se bousculer des multitudes d’acteurs économiques au km2 ? Continuer à faire vivre des Offices de Tourisme recroquevillés sur leur pré carré ? Persister dans la question de la gestion par les seules villes-centre de grands équipements culturels ou sportifs payés par elles-seules, mais néanmoins utilisés par tout un bassin de vie ? Croire que les transports en commun seraient plus efficaces s’ils s’arrêtaient aux frontières des villes ? Il faut dire que le rétablissement des frontières, en ce moment, c’est un peu tendance …

De tout cela, deux choses en forme de conclusion.

D’abord rappeler à quoi sert, fondamentalement, l’intercommunalité. Et pour bien comprendre son fondement même, imaginons 5 personnes qui chacune, dans leur propre voiture, mettent 10 € essence. Posons l’hypothèse qu’elles devraient pouvoir parcourir, en moyenne, environ de 170 à 200 kilomètres chacune. Imaginons maintenant qu’elles décident de partir ensemble dans une seule et même voiture. Pour cela, elles vont toujours acheter chacune 10 € d’essence, mais tout ce carburant, soit 50 € au total, va aller dans le seul réservoir de la voiture commune. Que va-t-il advenir ? Certes, il faudra négocier pour choisir la musique d’ambiance. De même, il faudra que chacun trouve sa place, et si possible la plus confortable, mais sans gêner les autres, et se mettre d’accord sur les heures et lieux de pause. Oui, parfois, on peut penser qu’on est bien plus tranquille et libre en roulant seul. Mais, ensemble, dans un même véhicule, avec un réservoir bien rempli grâce à la mutualisation des moyens, on va toujours plus loin ! L’intercommunalité, c’est exactement cela : accepter d’entrer dans un mouvement collectif car, quelles que soient les difficultés rencontrées ou l’ampleur des débats, au bout du compte, on ira toujours plus loin qu’en restant isolé.

Ensuite, se souvenir de cette définition d’une société rappelée par le magazine Sciences Humaines (n° 234 de février 2012) : « Tous les sociologues s’accorderont pour dire qu’une société est plus qu’une collection d’individus qui coexistent sur un même territoire […]
Pour faire "société", il faut que les individus forment une unité plus vaste et soient reliés entre eux par : des liens, des règles, une culture commune, et des interactions» . En somme, personne ne parle de « proximité » mais, et c’est un tant soit peu différent, de « liens », de « connectivité » donc. Comme pour le reste, ce n’est pas la taille (de la distance en l’occurrence) qui compte, mais la capacité à créer réseaux et connections. Le défaut de cette connectivité territoriale n’est pas dans l’ADN des EPCI, mais plutôt dans la faiblesse des gouvernances pour lesquelles il est de préférence recherché de plaquer le schéma de fonctionnement des villes, oubliant au passage que celui des intercommunalités doit être nouveau, bien sûr, mais surtout collectif. Car, définitivement, et cette phrase n’est pas de moi : « l’intérêt général n’est pas la simple et sotte somme des intérêts particuliers ». Comme on le disait au dernier Place Marketing Forum   : vive le Placemaking et une certaine idée du collaboratif. Mais en période électorale, notons que c’est délicat à vendre !

Auteur: 
Marc Thébault