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Intercos : on veut être considéré comme tel ! | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Intercos : on veut être considéré comme tel !

créé le : 
09/05/2016

Oui, Sire, les intercos en ont gros ! Oui, elles voudraient être considérées comme telles ! Pourquoi ce courroux ? C’est bien simple : personne ne parle jamais de l’intercommunalité. Ou alors si peu (attention, comme d’hab, relativisez mes propos que j’ai bien du mal à rendre moins caricaturaux) …

Je ne vais pas utiliser une des innombrables citations sur le changement, et le bruit qu’il fait, et les résistances qu’il déclenche, et patin couffin, vous les connaissez par cœur. Pour autant, il y a visiblement des changements plus longs que d’autres à être perçus et pris en compte. Pour rester dans notre champ professionnel, je vais évoquer l’intercommunalité et ses plus ou moins récentes évolutions. Surtout, je vais insister sur le fait qu’elle ne soit pas, à mon goût, estimée à sa juste place et que nombres d’acteurs locaux et d’observateurs de la vie des territoires continuent à croire - et à faire croire donc - que les villes sont le nec plus ultra en matière de structures territoriales et que les maires sont les seuls maîtres à bords des territoires. Certes, on pourra parfois évoquer les départements (encore quelques temps) et les régions, si médiatisées depuis leur réforme et les débats sans fin sur leur dénomination. Mais il semble bien que les intercos, malgré le sens évident de l’Histoire - et celui des textes législatifs les concernant - restent les parents pauvres des débats. Ainsi, un Maire également Président d’un EPCI, sera de préférence appelé « maire » par la presse locale notamment, quitte à faire fi des compétences de chacun et des modes de gouvernance de l’intercommunalité et à continuer d’entretenir l’immense confusion sur l’organisation territoriale à la Française.

En effet, dans la grande majorité des cas, tout se passe comme si les EPCI étaient gouvernés comme les villes : un maire omnipotent, un équipe rapprochée (les adjoints), une majorité toujours prête à voter pour et une opposition également dans les starting-blocks, mais pour voter contre. Opposition qui, depuis qu’elle siège dans les conseils communautaires, a parfois tendance, d’ailleurs, à mélanger les genres en n’hésitant jamais à reproduire devant l’assemblée communautaire les échanges qui ne concernent, pourtant, que le conseil de la ville dont ils sont issus. Ceci, au grand dam des autres communes qui finissent par se demander ce qu’elles sont venues faire dans cette galère. Vous savez, cette étrange impression d’assister à une scène de ménage alors que vous vous étiez, a priori, juste invités à partager un morceau de tarte ou un barbecue. Mais je m’égare …

Face à ce fonctionnement connu, un autre, plus collectif mais sensiblement moins intéressant visiblement, la gouvernance des communautés, qui théoriquement : place le Président davantage en posture d’animateur de débats que de grand chef ; le fait s’entourer d’une équipe de vice-présidents au-delà de tous clivages partisans ; ne connaît, a priori, pas de majorité ni d’opposition permanentes, mais redessine pour chaque sujet le camp des « pour » et celui des « contres ». Ce dernier étant loin d’être systématique car, oui, l’intérêt général passe plus souvent qu’à son tour dans les assemblées communautaires.

Par ailleurs, et l’évolution législative le confirme depuis 10 ans au moins, soit par le jeu de l’élargissement des compétences, soit qu’il s’agisse des nombreux regroupements réalisés ou annoncés, nul ne peut ignorer que l’avenir des territoires se dessinent bien dans les intercos d’abord. Attention toutefois, je ne suis pas en train de vouloir dessiner une hiérarchie quelconque entre ces strates. Définitivement, les intercommunalités ne sont pas des « supercommunes », tout comme les Présidents ne sont jamais des « SuperMaires » ! Bornons-nous, cela sera suffisant, à constater que les sujets qui relèvent des diverses communautés sont loin d’être anecdotiques. Et qu’ils ne concernent pas exclusivement les projets à long terme mais touchent bien nos habitants au plus près de leur vie quotidienne.

Un temps, ce recul face au phénomène intercommunal se fondait sur ce qui était pointé comme un « déficit (honteux – ndlr) de fondement démocratique » : l’absence de suffrage universel direct pour désigner les conseillers communautaires. Ainsi, cette « tare » devait interdire aux EPCI le droit de Cité et d’être cités. Une remarque, ceci a été corrigé en mars 2014. Mais qui s’en est aperçu et qui l’a souligné ?

Pour en revenir à notre sujet, suis-je le seul à avoir remarqué le déficit de colloques ou de débats sur les intercommunalités, et leur communication ? Suis-je le seul à penser que les formations, universitaires ou autres, continues ou initiales, persistent à privilégier l’approche « 100 % collectivités territoriales », en excluant les « établissements publics à caractère intercommunal » ? Ou en laissant croire que c’est la même chose ? Suis-je le seul à trouver quand même sacrément gonflé de la part des médias de se borner à utiliser le mot « ville » pour leurs divers classements (quelque que soit le thème dudit classement) alors que, dans ces enquêtes, dans 9 cas sur 10, c’est bien le territoire intercommunal qui est jaugé. Regardez simplement les catégories se fondant sur le nombre d’habitants, vous constaterez que ce sont bien les chiffres de tout le territoire qui sont retenus, et pas ceux de la seule ville centre.

Est-ce grave ? Moins que la malaria ou que la guerre en Syrie, oui. Pour autant, c’est tout de même l’officialisation, dans les discours, que seules les villes comptent, travaillent et agissent. Sympa de tenter de créer l’état d’esprit intercommunal derrière, d’expliquer « qui fait quoi » et de tenter de gommer les querelles de clochers ? Et je ne dis rien des agents intercommunaux et de leur hypothétique reconnaissance face à celle des agents communaux.
Et, au fond, tout cela pour dire que l’une des conséquences est bien de continuer à mettre en avant un modèle unique (comme la pensée) de communication publique : celui des collectivités (et en toute priorité celui des mairies) et en ignorant le reste. Certes, si au départ les EPCI ont largement cru pertinent de copier/coller, parfois de plagier et singer, les modèles, modes et supports de communication classiques, ils ont depuis fait mûrir leurs réflexions et des principes spécifiques sont bel et bien posés. De nouvelles grilles de pensée et d’actions existent.

Mais qui s’en préoccupe ?
Oui, Sire, on en a gros !

Auteur: 
Marc Thébault