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Le bilan de mi-mandat, un outil de proximité à dépoussiérer | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Le bilan de mi-mandat, un outil de proximité à dépoussiérer

créé le : 
15/02/2017

À l’approche du printemps 2017, l’heure du bilan sonne déjà pour les élus locaux, celui du mi-mandat. Quelques pistes sont possibles pour faire de ce moment un peu trop convenu un vrai temps d’évaluation, de concertation et de communication.

Bientôt arrivés à mi-parcours, un certain nombre d'élus locaux vont devoir rapidement s'atteler à la conception de leur bilan de mi-mandat. Un outil qui permet de rendre compte des avancées du programme de mandat et de la réalisation des promesses. Pierre Thoniel(*) nous explique comment faire de ce moment un peu trop convenu, un vrai temps d’évaluation, de concertation et de communication dynamique et relancer le contrat entre les élus et les citoyens

Alors que le bilan du quinquennat présidentiel est sur la table de dissection nationale, celui de nos élus locaux se fait désirer. Il est attendu par 90 % de nos concitoyens selon le très sérieux baromètre CSA Epiceum Cap' Com. C’est une première bonne nouvelle.
Les Français, de plus en plus exigeants, de moins en moins patients avec leurs élus, seraient avides « d’une information de proximité, sincère, objective, précise, transparente et courageuse, structurée autour du respect des engagements des politiques à l'égard des citoyens, respectant un calendrier précis ».

Deuxième bonne nouvelle, le crédit dont jouissent les maires et les élus locaux reste encore suffisamment fort au regard de celui, bien entamé, de leurs collègues à l’échelon national. La proximité avec le terrain et l’immersion dans le quotidien suscitent très majoritairement la confiance du public local. D’où l’intérêt stratégique de la valorisation de bilan.

Il faut rendre des comptes sans attendre, c’est l’impératif démocratique minimum et le juste retour de la délégation de pouvoir que le peuple a bien voulu consentir par l’élection. Pour ceux de nos édiles et de leurs collaborateurs qui ne s’y seraient pas collés, il est donc encore temps de préparer et de valoriser ce fameux bilan de mi-mandat.

Le bilan se valorise aujourd’hui en continu

Il n’est jamais trop tard ni trop tôt pour l’exercice du bilan. Le « mi-mandat » est une notion d’usage qui s’est installée assez banalement dans l’agenda politique. Le bilan, qui n’a rien d’obligatoire, « s’est imposé comme une étape obligée, un temps de pause où l’on regarde le passé pour mieux se projeter dans l’avenir » nous précise Bruno Walter dans Courrier Cab.

Il n’y a pas d’enjeu électoral immédiat, c’est un atout ! Vous n’êtes pas contraints par les interdictions de la loi sur la communication préélectorale, sauf à ce que votre élu se présente aux prochaines législatives ou aux sénatoriales, dans ce cas, prudence extrême.
La cadence triennale de mi-mandat est déjà presque dépassée. La tendance lourde est aujourd’hui à la valorisation de son bilan quasiment en temps continu, accompagnant par-là la forte progression des usages de la concertation et de la démocratie participative.
De plus en plus de collectivités locales donnent des rendez-vous de bilan de manière biennale ou même chaque année, comme le département de l’Aude qui n’a pas hésité à tirer son bilan dès la première année de mandat, et recommencera l’exercice chaque année. « Ce n’est pas un anniversaire, c’est un devoir ! Celui de rendre des comptes à nos concitoyens. Ils nous ont confié un mandat, nous devons leur dire comment nous l’exerçons » se justifie le Président du Département de l’Aude.

Dès lors, au-delà des communes ou des intercommunalités qui sont concernées cette année par cet enjeu démocratique, les départements et les régions peuvent aussi se frotter dès aujourd’hui à l’exercice du bilan provisoire.
Qu’on les appelle « bilans de mi-mandat », « carnets de mandat », « compte rendus de mandat » ou « point d’étape », l’essentiel est de les rendre utiles et efficaces.
Car s’il y avait une mauvaise nouvelle, elle est bien dans le caractère convenu et routinier de la très grande majorité des bilans locaux. « Le bilan de mi-mandat distribué sur papier glacé a beau être populaire, il n’est ni passionnant comme objet de communication, ni déterminant comme outil politique. Tout simplement car il n’a de bilan que le nom : l’actif est magnifié, le passif est absent. Et sa verticalité n’a plus aucune justification dans le monde du 360° » précise encore Bruno Walter.

Le bon moment pour évaluer l’action politique et les services publics

Alors, pour ne pas perdre son temps et susciter l’intérêt citoyen, il est nécessaire de dépoussiérer l’exercice, de dépasser la seule valorisation auto-satisfaite de l’action du maire et faire preuve d’un peu plus d’interactivité et d’empathie avec nos citoyens électeurs.

Le bilan de mi-mandat, ce n’est pas que de la com’. C’est d’abord l’occasion pour l’exécutif et pour l’administration locale de remettre collectivement à plat stratégie politique et fonctionnement administratif afin de repartir du bon pied. C’est à un vrai travail d’évaluation rétrospective qu’il faut s’atteler sur la partie bilan. Ce travail d’introspection peut être très utile pour remotiver et remobiliser ses équipes. Il doit être piloté par le cabinet du maire en collaboration avec le directeur général des services et la communication, et impliquer un maximum de collaborateurs pour faire remonter et apprécier les données.
Il faut revenir sur tous les engagements de campagne, dresser la liste des actions entreprises, mesurer les succès, les écarts, les retards et les échecs et en analyser les raisons pour corriger le tir si nécessaire.
Exposer un bilan de mi-mandat, c’est révéler que le temps des réalisations n’est pas forcément celui des programmes et des promesses. C’est expliquer que le contexte a évolué depuis l’élection, c’est mettre le doigt sur des écarts, des contraintes, des difficultés que tout contribuable est capable de comprendre. Alors un peu de transparence et de bonne foi s’imposent, des explications claires doivent être données. Endetter la collectivité pour investir dans une école n’est pas honteux par exemple, pas plus que de s’endetter soi-même, pour acheter son appartement, si tant est que la capacité de remboursement soit préservée. La sincérité et la pédagogie seront toujours moins suspectes que de masquer les manques et les difficultés.
Cette introspection pourra être utilement complétée par des éléments d’évaluation externe. Le regard des habitants de la commune sur l’action de la collectivité évolue lui aussi avec le contexte. Il est utile de mesurer leur situation actuelle, leur perception en termes de satisfaction et d’utilité des investissements et des services mis en place, en termes de notoriété éventuellement.
Profitez-en pour évaluer vos supports de communication en quelques questions omnibus qui seront toujours utiles pour se rassurer ou corriger le tir.

Le travail de récolte et d’analyse demande un peu de temps et une collaboration sans faille des services. Il faudra faire remonter les données financières ou sectorielles, qualitatives ou quantitatives, les trier, les hiérarchiser, et synthétiser le tout avant valorisation.

L’outil de base de pilotage de cette phase sera à minima un très beau tableau mettant en regard de chaque item du programme de campagne, les investissements réalisés ou non, les services mis en place, le pourquoi, les indicateurs et éléments d’appréciation utiles, le calendrier, le coût, les retombées et les suites à donner. Et bien sûr un pitch argumentaire ad hoc.

C’est une fois le travail de compilation, d’évaluation et de hiérarchisation terminé qu’il faudra mettre en exergue les marqueurs de votre bilan et raconter une histoire crédible. L’effort consiste à dépasser la trop banale check-liste des réalisations pour donner un sens politique global à tout ça, affirmer un cap, des priorités, des valeurs, une vision, une personnalité.

La mobilisation d’un outil comme le SWOT peut permettre de dégager les forces et les faiblesses du bilan, afin d’en faire des points d’appuis ou de pédagogie de votre communication. Vous listerez également les opportunités et les menaces dans l’environnement externe de la collectivité afin de poser votre stratégie de fin de mandat.

L’intérêt du bilan, c’est le projet, en concertation avec les habitants

Un bon bilan ne suffit pas, on ne le sait que trop. Il faut se projeter. Pour tout un chacun, demain est plus important qu’hier. Après la rétrospective, c’est donc un travail prospectif qui vous attend pour préparer le plan d’action de la seconde partie du mandat. C’est là l’intérêt majeur du bilan de mi-mandat. Plus déterminant que le bilan stricto sensu, le projet de fin de mandat, encore trop souvent absent ou minimisé, peut susciter l’intérêt de votre public.

Mais un bon projet ne suffit pas en soi. Il doit être en phase avec les attentes de la majorité de vos concitoyens. Au-delà de l’évaluation du bilan, c’est le bon moment de réinterroger les habitants sur leurs attentes, sur leurs désirs, sur leur vision de l’avenir. Cette phase de synchronisation est primordiale pour passer de l’intérêt à l’adhésion. C’est là que l’effort de concertation citoyenne va prendre tout son sens pour extraire le bilan de mi-mandat de son aspect auto-satisfait convenu et vertical.
Cette dimension collective et interactive doit être mieux exploitée qu’elle ne l’a été jusqu’à présent.
Il s’agit non seulement de partager le bilan de son action publique, mais aussi et surtout de recueillir la parole citoyenne pour construire ensemble les prochaines années de la collectivité. Sans enlever aux élus leur pouvoir de décision et d’arbitrage, il est impératif aujourd’hui d’associer les habitants, notamment sur les projets d’aménagement, de création d’équipements publics ou d’amélioration des services aux usagers. Il ne s’agit pas seulement de consultation, mais de véritable concertation, voire de co-élaboration dans certains cas. C’est le cœur de l’innovation publique.

Alors, à minima vous devez organiser l’échange entre élus et population selon la forme qui conviendra le mieux à votre collectivité et à la motivation de vos habitants : réunions publiques, apéros citoyens, bus aménagé, « rendez-vous candélabres » ou autres forums, world café ou exposition débat, ateliers participatifs etc.

Quant à la communication du bilan de mi-mandat, elle obéit ni plus ni moins aux principes fondamentaux de toute communication publique, La stratégie et les objectifs devront être clairs au préalable.
Dans vos publics cibles, n’oubliez surtout pas l’interne, c’est-à-dire vos collaborateurs et l’ensemble des élus, vos meilleurs ambassadeurs qui ne pourront être que fiers d’être associés au travail de bilan et de prospective. Lettre du maire, journal interne ou intranet, réunion du personnel, campagne de valorisation de l’action des services à l’exemple de Vendôme, les outils et les idées ne manquent pas.
Soignez ensuite vos relais d’opinion comme la presse, les présidents des associations locales, le corps enseignant etc. Puis segmentez vos publics en fonction des problématiques sur lesquelles vous souhaitez communiquer. Le tout public, c’est pratique, mais moins efficace. Si vous en avez les moyens et le temps, travaillez par strates, par quartiers (via les comités de quartier), prévoyez des communications adaptées pour vos commerçants, parents d’élèves, usagers des transports, associations, personnes âgées ou handicapées etc.

Une communication concrète, sincère et tout terrain

Les contenus privilégieront sincérité et honnêteté, justesse et pédagogie, transparence et proximité. Préférez le concret et l’exemple à l’abstrait et au concept, mettez en valeur les grands enjeux publics, les bénéfices quotidiens de l’action publique locale, ce qui est utile.
Valorisez quelques marqueurs forts ou projets emblématiques. Le bilan de mandat ne doit pas se réduire à un récapitulatif des actions menées par la collectivité. Les successions d’actions et de chiffres risquent de le rendre illisible et peu lu. Mieux vaut mettre en message vos priorités, privilégier quelques messages clés, une mise en page thématique en insistant sur quelques projets concrets essentiels pour la collectivité. Traitez soigneusement la partie budgétaire sans jargon afin de donner à voir et à comprendre les principaux indicateurs de bonne gestion de votre collectivité. Un peu de pédagogie sur le coût des services et des équipements peut-être utile à ce stade.

Quels supports mobiliser ? Tout dépend encore de vos moyens, et du temps. A minima, mobilisez votre bulletin d’information qui reste encore l’outil de communication le plus efficace en local. Réservez sur un numéro (ou pourquoi pas sur plusieurs numéros thématiques) un dossier bilan/projet que vous éditorialiserez pour lui donner la « pêche » et l’attrait nécessaires. Dossier ou numéro spécial, vous n’oublierez pas de respecter dans tous les cas le droit d’expression des élus de l’opposition en prévoyant l’espace nécessaire pour cela.

Un mix avec le web paraît évident, soit avec un mini site dédié, soit une rubrique dans votre portail mobilisant tous les atouts multimédias exploitables ensuite sur les réseaux sociaux : photos, vidéos, datas et datavizz, verbatim etc.

L’affichage urbain municipal peut être utilement exploité pour tracer un bilan, la commune d’Argenteuil en a donné un bel exemple cette année, primé par Cap’Com.

Bien évidemment, le contact entre les élus et la population sur le terrain sera le moment privilégié de valorisation du bilan et de présentation du projet, cela a déjà été dit. Quelle qu’en soit la forme, le bon sens dicte de ne pas faire trop long, de privilégier l’échange, le débat et le travail collectif à une interminable présentation « top down » des réalisations par le maire assortie d’un PowerPoint obèse dont on aura vite fait d’oublier le contenu.

De nombreux événements dans l’agenda local peuvent être exploités pour la valorisation de tel ou tel point de bilan et de projet. On pense aux vœux à la population bien sûr, mais pourquoi pas le forum des associations, les inaugurations ou premières pierres, le conseil municipal, les conseils de quartier, la fête des anciens, la cérémonie d’accueil des nouveaux arrivants ou des nouveaux nés etc…

Le défi aujourd’hui est d’intéresser la population à ce genre d’exercice qui ne déplace plus vraiment les foules. C’est ici que la créativité et l’innovation doivent s’exprimer.
En tout cas quel que soit votre choix, vous devez élaborer des supports clairs, sobres, lisibles, compréhensibles par le plus grand nombre, synthétiques et dynamiques – tant sur le fond que sur la forme. Les exemples de bilans de 40 ou 50 pages, voire plus, alignant tristement la somme des réalisations, sont encore trop nombreux.
Il faut s’astreindre à l’essentiel. Le temps court d’aujourd’hui ne plaide pas pour les encyclopédies, mais plutôt pour des produits éditoriaux dynamiques, synthétiques et visuels.

Parler aux yeux est primordial, une image vaut mille mots. Facilitez le choix de votre lecteur, réservez plusieurs niveaux de lecture, rendez visible l’essentiel, illustrez de manière vivante : data-visualisation, infographies, illustrations, plans et photos, hors textes. Formulez bien vos titres, sous-titres, accroches, chapô, intertitres, légendes, etc. Soignez vos couvertures et créez le désir.

Un dernier conseil enfin, n’utilisez surtout pas d’images banque, la réalité même mal « cadrée » est toujours préférable.

En conclusion, il apparaît possible de sortir de l’exercice convenu et un brin ennuyeux du bilan de mi-mandat si on veut bien le considérer comme un vrai temps d’évaluation et de concertation, le bon moment pour synchroniser les besoins des élus et ceux de la population.

Saisissez cette opportunité pour relancer en 2017 un nouveau contrat élus - citoyens, une deuxième chance de communiquer.

(*) Pierre Thoniel , consultant sénior en communication et affaires publiques et actuellement conseiller dans une région, anime la formation Cap'Com "Réussir le bilan de mi-mandat de sa collectivité".

Auteur: 
Pierre Thoniel