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Les mots de la décentralisation - enquête Médiascopie/Cap'Com | Cap'Com

Les mots de la décentralisation - enquête Médiascopie/Cap'Com

Communication institutionnelle
Publié le : 
14 janvier 2013

L'Institut Médiascopie a réalisé, à la demande de Cap'Com, réseau de communicants publics et territoriaux, pour son 24e Forum de la Communication publique et territoriale à Montpellier en décembre 2012, une enquête exclusive destinée à permettre de rapprocher la stratégie des communicants des perceptions citoyennes sur le processus de décentralisation.

Date : novembre-décembre 2012
Auteur : Institut Médiascopie pour Cap'Com

Contenu du document :

  • Présentation des 7 grands enseignements de l'enquête et mapping général
  • Article Renouvelons le vocabulaire de la décentralisation paru dans la newsletter Cap'Com du 24 janvier 2012
  • Rapport complet de l'enquête (accès restreint)

Présentation des 7 grands enseignements de l'enquête et mapping général

Télécharger la synthèse de l'enquête (format pdf)

Article Renouvelons le vocabulaire de la décentralisation paru dans la newsletter Cap'Com

Renouvelons le vocabulaire de la décentralisation

Par Bernard Deljarrie

Bien des mots que nous utilisons quotidiennement quand nous parlons de l’action publique et des collectivités locales sont, pour les français, peu chargés de sens, voire négativement appréhendés. Même le mot « décentralisation » n’est que très modérément synonyme d’une meilleure organisation et gestion des territoires. L’étude Les mots de la décentralisation, présentée lors du Forum Cap’Com, nous conduit à une réflexion sur le vocabulaire de la communication publique.

Un Acte de III de la décentralisation est actuellement en débat. Mais qu’en comprennent les français et comment leur expliquer. Surement pas en parlant de Acte III (*) et de décentralisation, termes pourtant repris dans les journaux comme dans les discours.

« Les Français n’ont qu’une faible connaissance de la décentralisation, de son historique, ses perspectives et de son jargon ! », explique Denis Muzet, directeur de Médiascopie. En effet, l’étude menée par son institut pour Cap’Com et présentée lors du Forum de la communication publique de décembre dernier à Montpellier, nous fait découvrir que les Français peinent à assimiler ce concept technique qui, malgré ses trente bougies, ne leur parle que modérément. Si décentralisation ne convainc pas, c’est qu’elle illustre plus une fin - rompre avec la centralisation - qu’une avancée porteuse d’avenir. Et aujourd’hui, le mot décentralisation n’est jamais bien loin de délocalisation. Comme si ce n’était plus l’Etat qui décentralisait au profit des territoires mais les activités qui se décentralisent sous les coups de la mondialisation !

Les différents actes et lois de décentralisation replacés dans l’histoire des 30 dernières années parlent tout aussi peu aux français. Quelles que soient les avancées, de la reconnaissance de l’autonomie de la commune à la Loi Raffarin en passant par les Lois Defferre ou la création des Régions, elles restent largement inconnues des français.

Cette faible connaissance chronologique les empêche de considérer la décentralisation comme un processus progressif et logique, et tend à la réduire à un ensemble disparate d’hommes et d’institutions.  « C’est dire si un l’Acte III de la décentralisation est alors une expression peu porteuse de sens » confirme Denis Muzet.C’est d’ailleurs cette expression qui enregistre l’un des plus mauvais score dans l’étude « Les mots de la décentralisation ».

Un vocabulaire technique largement incompris

Il en va malheureusement de même pour bien des expressions qui fleurissent dans la communication publique. Le vocabulaire technique employé pour qualifier les prérogatives et les modes de gestion des collectivités est largement incompris. C’est le cas, par exemple, du principe de subsidiarité, du principe de chef de file, de la notion de Pacte de confiance entre l’Etat et les collectivités ou du droit à l’expérimentation locale ou encore de l’idée de financements croisés entre collectivités territoriales ou de péréquation financière.

Cette technicité était aussi la marque de fabrique de la réforme Raffarin, comme le constatait à l’époque Géraldine Chavier, professeur à l’université de Lille II, lors de son travail sur « Les nouveaux mots de la décentralisation ». « Le vocabulaire technique de la décentralisation, expliquait-elle, est apparu, ce langage administratif correspond à la conception traditionnelle d’une décentralisation purement administrative ». « Les nouveaux mots de la décentralisation, depuis la loi de 2004, sont en effet essentiellement ceux appartenant à un vocabulaire économique et technique évoquant une nouvelle rationalité gestionnaire ».

Pour les français, ces termes techniques de la décentralisation ne portent finalement que peu le sens d’une meilleure organisation et gestion des territoires de demain. « Il y a, chez les Français, un conflit intérieur entre l’expérience quotidienne qu’ils ont de leurs collectivités - souvent jugées positivement - et leur appréhension de la décentralisation, faible et émiettée », résume Denis Muzet.

Un premier effort de simplification du vocabulaire se dessine actuellement autour des mots qui rendent compte du département. Il faut dire que l’élection d’un conseiller général, issu d’un canton, pour siéger à l’assemblée du Département, ne simplifie pas la compréhension de l’électeur d’autant plus si l’assemblée se renouvelle pour moitié tous les trois ans d’un canton à l’autre. Tout comme le conseiller régional et le Conseil régional nous allons donc pourvoir parler du conseiller départemental et du Conseil départemental. Et la tenue le même jour, en 2015, des élections régionales et départementales, sur l’ensemble des cantons, va permettre d’en faire un événement médiatique propice à une meilleure compréhension de la décentralisation. 

Trois univers de mots : efficacité, équité proximité.

Pour convaincre de la décentralisation, un travail sur les mots s’impose donc. Or l’action publique locale ne manque pas de mots porteurs de sens positifs.

  • Premier univers de mots : l’efficacité.

Convaincre de l’efficacité de la décentralisation, de son utilité, faire valoir l’efficience. « Une action locale plus efficace » et « moins coûteuse », voilà la demande. Ceci veut aussi dire une action clarifiée. Face au mille-feuille territorial, rejeté tout naturellement vers les bas-fonds, la demande de clarifier les compétences entre les différentes collectivités territorialesou d’une action locale plus lisible est bien évidemment forte voire urgente lorsqu’il s’agit de finances publiques. Simplifier la fiscalité locale et savoir qui fait quoi.

Dans cet univers de l’efficience, les collectivités ne manquent pas de mots bien positionnés. Aménagement du territoire, développement de l’économie locale, esprit d’initiative, qualité des services publics, d’attractivité du territoire, voilà des mots qui incarnent aux yeux des Français les possibles atouts du niveau local. Dans ce registre, les français portent aussi une valeur positive à la mutualisation des moyens, des compétences. Suggérant une efficacité accrue, ainsi que le développement d’un esprit de coopération, la mutualisation est jugée allant dans le sens d’une meilleure organisation et gestion des territoires de demain. Un mot systématiquement chéri dans toutes les enquêtes similaires de Médiascopie.

Sous ces vocables, l’action publique locale semble porteuse d’avenir et, dès lors, les français s’accordent sur le souhaite de ne pas voir leurs compétences s’affaiblir.

  • Second univers de mots : l’équité.

L’équité sociale et territoriale. Les collectivités sont en effet très attendues en tant que trait d’union entre les territoires urbains et ruraux, entre les quartiers et en tant que garantes de l’accès de tous aux services publics.

La demande d’un développement équilibré des territoires et d’une égalité des territoires est fortement présente tout comme toutes les notions autour du renforcement du lien social, de la solidarité. L’équité s’exprime aussi dans la volonté – plus modeste, mais plus explicite – de réduire les inégalités territoriales. Cette réduction passe par une politique de la ville dynamique, mais plus encore par une action ciblée pour lutter contre la désertification rurale. Rendre les services publics accessibles à tous, cela conduit, pour les français, à l’amélioration de la qualité de vie auprès de tous les habitants.

Les territoires restent encore très marqués par l’imaginaire d’une société rural équilibrée. Le village, la ruralité, la Province ; des notions porteuses pour mobiliser les citoyens sur des questions d’organisation du territoire. De même, les Français assimilent difficilement la concurrence entre les territoires et, par extension, considèrent le marketing territorial avec réticence. Ils leur préfèrent les notion de valorisation des identités locales et, plus encore, de valorisation des territoires.

  • Troisième univers de mots : la proximité.

Rapprocher les hommes et les services. Les français valorisent les instances de proximité, les outils d’administration locale et les agents comme les élus qui sont sur le terrain. Dans la crise civique que nous connaissons, les institutions politiques locales résistent mieux que les nationales. Au fondement de l’attachement aux institutions locales se trouve la valeur de proximité, un mot particulièrement valorisé, parmi les plus magiques dans toutes les enquêtes de l’institut Médiascopie. Ce que les français attendent de leurs collectivités, c’est qu’elles œuvrent aussi au rapprochement entre élus et citoyens avec des élus accessibles, présents sur le terrain, qui informent et rendent des comptes. Mais cette proximité doit s’accompagner d’éthique. Dans l’esprit des français, cette éthique commence par la limitation du cumul des mandats, fortement attendu tout comme une plus grande transparence et une plus grande affirmation de l’intérêt général, illustrant l’attente d’une certaine moralisation de l’action politique locale.

Comment parler de la décentralisation ? Simplement et concrètement !

« La décentralisation se trouve aujourd’hui à un tournant et devant un paradoxe : pensée comme une marche vers la responsabilisation et la participation des citoyens, elle leur paraît être, avant tout, un mode de gouvernance incompréhensible », conclue Denis Muzet.

Pour se réaliser en tant que porteuse d’innovation démocratique, la décentralisation devra donc inclure les citoyens au centre de son dispositif, en conduisant un travail essentiel d’information et de communication, autour de deux attentes identifiées au travers de l’étude de Médiascopie :

Les Français aimeraient comprendre la décentralisation mais plutôt qu’on leur en parle plus souvent ils demandent à ce que les pouvoirs publics en parlent de manière plus concrète. Plutôt que de surexposer nos concitoyens de concepts, il est souhaitable de passer d’une décentralisation théorique, à l’explication d’une décentralisation vécue en pratique. En ce sens, les habitants attendent de savoir ce que cette décentralisation changera pour eux avant de se faire une idée sur les grands aspects idéologiques et politiques.

Et, encore plus, les Français aimeraient comprendre la décentralisation mais plutôt que de les abreuver de termes volontairement compliqués, ils demandent à ce que les pouvoirs publics en parlent de manière plus simple. Cette exigence de simplicité dans le langage est aussi valable dans les outils. La valorisation des supports classiques d’information locale – le journal de la commune –  qui sont les moins promotionnels, traduit cette exigence de simplicité.

La communication publique et la communication territoriale recueillent des scores d’appréciation solide dès lors qu’elles sont capables de rendre compte simplement d’actes locaux concrets concourant à l’amélioration du quotidien de chacun.

(*) Les mots indiqués en italiques sont ceux du panel des 201 mots de l’enquête « Les mots de la décentralisation » réalisée pour Cap’Com par l’institut Médiascopie en novembre 2012.

Les jugements d’un échantillon représentatif de 800 Français ont été recueillis sur ces mots à travers deux questions. Une question destinée à mesurer un mix de compréhension et d’intérêt : « plus ce mot vous parle, plus vous lui donnez une note élevée. Et une question destinée à mesurer une projection de ce vers quoi il faut aller dans l’avenir : « quand vous pensez aux territoires – communes, intercommunalités, départements, régions – où vous vivez, plus ce mot va dans le sens d’une meilleure organisation et gestion des territoires demain, plus vous lui donnez une note élevée.

Rapport complet de l'enquête

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