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Mettre la crédibilité en marche | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Mettre la crédibilité en marche

créé le : 
04/07/2017

Nous avons tou-te-s un (parti pris : je laisse au masculin) ami relou qui enchaîne les blagues à deux balles et, qui plus est, douteuses. On rit pourtant. Car c’est notre ami. Donc un minimum de confiance nous lie car nous savons « d’où il parle ». De fait, la même blague prononcée par un autre, et c’est le vent, glacial, assuré. Car ce n’est pas notre ami. Lorsque Nicolas Sarkozy parlait Culture, forcément et bien que peut-être injustifié, un sourire en coin se dessinait sur les visages de l’auditoire, alors que les mêmes devenaient extatiques si des mots identiques étaient prononcés par un autre, réputé plus crédible. Je pourrais faire la même démonstration avec un thème « écologie », développé soit par Nicolas Hulot, soit par Jean-Vincent Placé. Je vous laisse deviner où serait, pour les récepteurs, la crédibilité. Développons …

Il y a quelques années, j’avais publié dans un billet (à retrouver sous ce lien), le célèbre poème de Victor Hugo, « Le mot ». Révisons le début :
« Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m'objectez pas que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas. 
»

Au cours de ce début d’été, notre nouveau président de la République a pu, lui et ses conseillers, constater que si de belles louanges savaient saluer un joli coup de communication (« Make our planet great again » sous ce lien), la mémoire - surtout collective - est courte et volatile et les revirements bien rapides quand il s’agit de pointer quelques extraits de déclarations afin de, montage en épingle aidant, faire hurler les loups et reprendre avec eux le même refrain. On en sait quelque chose, c’est pas facile tous les jours la communication ma p’tite dame. Surtout en politique.

Ainsi, entre « une pensée trop complexe » pour une interview (selon son entourage – ndlr) » et « Les gens qui ne sont rien » (ci-dessous), ça se cumule on dirait. Toutefois, quelques bémols d’emblée.
Globalement, oui, la citation « hors-contexte » fausse la réalité. Oui encore, réduire à quelques mots toute une démonstration en biaise le sens global. Certes enfin, quand on ne s'attarde que sur les arbres qui cachent des forêts, on diminue d'autant le champ de la réflexion et celui de la compréhension. Ainsi, personne n'est à l'abri d'abus de simplisme ou de sodomisation de diptères sur ce qui est désigné, même avec la plus grande mauvaise foi, comme le mot de trop, voire le « dérapage ».

L’anticipation, c’est le taff du staff

Que faire alors ? De trois choses l’une :
Soit ne plus communiquer. Mais c'est impossible (axiome 1 de Palo Alto).
Soit considérer que l'Autre est décidément une grosse truffe, et se draper dans sa dignité isolée. Mais, comme disait Machin (je l’ai su pourtant, … - ndlr), « Désespérer des autres, c'est se désespérer soi-même ! ». Et si on fait de la Politique en partant du postulat que l'Autre est forcément une bille, ça va pas être commode.
Soit, enfin, anticiper ce genre de réactions. Et c'est théoriquement le taff du staff n'est-ce pas ? Car l'enjeu n'est jamais uniquement de dire. Il est aussi, voire surtout, d'envisager comment cela sera entendu, perçu. Et même déformé ! Oui, oublier que la communication est autant faite de réception - avec toutes les mécanismes de perception qui vont avec - que d'émission, ce ne serait pas une faute professionnelle ça ?
Et puis c’est omettre que l’une des questions fondamentales en communication est : « Qui parle ? ». En effet, le statut, l’image, la posture, les a priori, le parcours personnel, d’anciennes déclarations, etc … le locuteur est d’abord filtré en tant que tel, et bien avant ses propos. Merci alors à cet ami (M. L., il se reconnaîtra) qui a publié un extrait d’une interview de François Mitterrand, en tant que président de la République, donnée le 19 octobre 1993 à Europe 1, au sujet de la journée « Refus de la misère » organisée par ATD Quart Monde. À la question « J’aimerais savoir la définition que vous donneriez aujourd’hui de la misère », François Mitterrand répondait en particulier : « […] Aussi, quand je regarde bien autour de moi, aujourd’hui, je vois la misère, qu’on pourrait confondre, mais ce ne serait pas suffisant, avec la pauvreté. C’est-à-dire ceux qui n’ont rien ou qui n’ont pas le moyen de se faire reconnaître, ni pour vivre, ni pour faire vivre ceux qu’ils aiment, ni même enfin pour se développer, bien entendu ; ils ne sont rien, ils restent rien. Cela me paraît être la plus grande misère : n’être rien et ne jamais pouvoir devenir quelqu’un, n’avoir pas d’identité […] ».

La manque de crédibilité au départ : un handicap de poids, mais surmontable

Comment donc faire fi de la considération préalable du locuteur par les lecteurs ou les auditeurs et des pensées qu'ils lui supposent. Constat, on prête certainement plus de mauvaises intentions à Macron qu’à Mitterand. Catalogué banquier, fils de bourgeois à la jeunesse dorée, qui a réussi peut-être sans connaître de grandes difficultés, chanceux donc, avec un langage trop ampoulé, aux saillies malvenues sur les kwassa-kwassa, etc … lorsqu’il parle des miséreux, il y a visiblement du scepticisme dans l’auditoire. Est-ce fondé ? Je ne sais pas (précision : je ne suis pas train de justifier quoique que ce soit et je ne sais rien de la sincérité de notre président ; en revanche, je ne peux imaginer que raviver la lutte des classes soit une stratégie gagnante). Un président de la République doit-il s’interdire de parler de certains sujets ? Ce serait gênant. Doit-il s’excuser de son parcours personnel, du hasard qui l’a fait naître là et pas ailleurs, des choix de vie qu’il a effectués, des hasards bienvenus qu’il a su saisir, de ses réussites ? Ce serait désespérant pour ne pas dire injuste ; au moins autant que si nous reprochions sans cesse à un part de notre jeunesse de venir des « quartiers ». Remarquez, de ce point de vue, question stigmatisation persistante …

Ainsi, une femme ou un homme politique doit tenir compte d’un a priori manque de crédibilité quand il-elle aborde des thématiques qui sont estimées comme à l’opposé de ce qu’il-elle semble dégager à titre personnel. Un-e politique ne peut, raisonnablement, être si étroitement surveillé-e à chaque fois qu’il-elle parle d’autre chose que de ses sujets pointés comme de « prédilection » !
Définitivement, tout-e politique doit peser son handicap de départ. Et ses conseillers en communication sélectionner, avec la plus grande finesse, la gamme lexicale à utiliser, celle qui reflète exactement sa pensée, sans pour autant prêter outre mesure le flanc à des interprétations liées à ce que l’on croit qu’il-elle penserait in petto. Il-elle doit donc rester authentique et, « en même temps » (joke), devenir por-teuse-teur crédible de toutes les thématiques que le gouvernement d’un pays, ou d’une collectivité, suppose. Vous aurez compris qu’ici est la place de la plus-value des communicant-e-s.
Parce que se prendre les pieds dans le Samantha Oups en voulant se la jouer Dieu romain, ça fait un peu négligé ...

Auteur: 
Marc Thébault