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Plaidoyer pour une plaidoirie | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

Plaidoyer pour une plaidoirie

créé le : 
30/01/2018

À Caen, le concours de plaidoiries pour les Droits de l’Homme, à l’initiative du Mémorial de Caen, est un évènement incontournable pour de multiples raisons. D’abord, c’est un des signes que le territoire veut envoyer pour montrer qu’ici l’Histoire n’est pas synonyme de regards bloqués sur le passé, mais bien un socle à partir duquel peut se dessiner le monde de demain, que l’on espère, vous vous en doutez, meilleur à tous points de vue. C’est ensuite un instant privilégié où avocats confirmés, élèves avocats ou jeunes lycéens peuvent venir plaider une cause sur la thématique des Droits de l’Homme. L’intérêt des médias comme du grand public local semble confirmer le bien fondé et la qualité de cette action.

Aujourd’hui, c’est sur une des lauréates du concours des lycéens que je souhaite m’arrêter deux secondes. Elle s’appelle Hélène Yildiz. Elle vient de Moselle et a reçu le Prix de l’engagement citoyen. Son sujet, les Alévis de Turquie. Le texte de sa plaidoirie et à retrouver sous ce lien. Extraits :
« Je vais vous parler d’un peuple, mon peuple. D’une culture, d’une religion très minoritaire : les Alévis. Ils sont entre dix et quinze millions en Turquie. Vivant dans un pays à forte majorité sunnite, ils peinent à faire valoir leur culte et leur mode de vie. [...].
Ce peuple minoritaire est persécuté depuis de nombreuses années. En effet, ne respectant aucun principe de l’islam, de nombreux massacres ont eu lieu comme à Maras, Dersim ou Sivas, dernier lieu où trente-trois Alévis ont été brûlés vifs. Brûlés vifs, vous vous imaginez ? Nous sommes en Turquie, pays défini comme étant laïque et démocratique, répondant normalement aux principes des droits de l’homme. [...] ».
Peu enclin à me mobiliser sur des questions religieuses (vieux fond républicain et laïque), je n’écris pas ce billet aujourd’hui sur le sujet même de la plaidoirie. Je souhaite seulement attirer votre attention sur les conséquences de ce prix reçu, au travers du torrent de haine qui s’abat sur la jeune Hélène depuis quelques jours. Voir les reportages de France 3 Normandie ou d’autres médias locaux.
Je n’attaque pas non plus les réseaux sociaux, fervent défenseur que je suis de cet espace d’échanges et de liberté de parole, quitte à ce que cette liberté ne serve qu’à vomir insultes, contre-vérités et haine de l’Autre. C’est sans doute le prix à payer.

À ce propos, un petit plaisir personnel hier, un fact checking amusant réalisé en réaction à ce tweet :

Il se trouve que la photo de sangliers traîne sur le web depuis plusieurs années (voir notamment ici) et n’a visiblement rien à voir avec les chasses présidentielles. Passons …

Je veux seulement partager avec vous un peu de dégoût et faire mienne cette citation de Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial de Caen, pourtant largement habitué à subir des déversements immondes à chaque exposition ébranlant les extrémistes de tous poils : « Si on ne peut plus émettre une opinion librement dans un concours lycéen, c'est notre République qui est menacée. On s'attaque à une lycéenne, c'est facile et dégueulasse. ».

Auteur: 
Marc Thébault