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Quelle responsabilité de la communication publique dans la crise civique ? - Grand débat Cap'Com 2010 | Cap'Com

Quelle responsabilité de la communication publique dans la crise civique ? - Grand débat Cap'Com 2010

Analyse de la communication publique
Publié le : 
1 février 2011

Le faible taux de participation aux dernières élections régionales a interpellé les communicants publics. À l'exception de la présidentielle de 2007, les taux d'abstention ont été battus à chaque nouveau scrutin, y compris local. Quelle est la responsabilité de la communication publique, alors que ses moyens n'ont cessé d'augmenter au fil de trente années de décentralisation ? Elle n'est pas si simple à déterminer si l'on considère, à la suite de Stéphane Rozès, que la crise de la démocratie s'apparente à une crise de la représentation, à une crise de l'incarnation.

La communication publique souffre d'un rapport ambigu au politique. Elle aspire à une certaine normalisation : faire valoir sa valeur administrative pour lui permettre de mettre en œuvre les politiques publiques au même titre que tous les autres services. En même temps, elle a pour mission de porter le projet politique, ce qui la soumet à la crise de confiance qui touche les élus.

Parallèlement, le contexte a changé. La mondialisation a transformé le rapport au territoire. L'enchevêtrement des compétences a réduit la lisibilité de l'action publique et altéré la notion de responsabilité. Les colonnes des journaux se sont dépolitisées, en proie à la crise du modèle économique de la presse. Le monde extra-institutionnel a, au contraire, investi l'espace démocratique avec ses propres dynamiques et ses communications, tandis que de nouvelles formes d'expression ont émergé à travers la consommation et les nouvelles technologies.

Quel rôle doit alors jouer la communication publique, alors que les contraintes budgétaires pèsent de plus en plus ? Si elle n'a pas vocation à se substituer ni à la presse, ni à la responsabilité politique, sa fonction reste essentielle : donner du sens à l'action publique. Si elle n'a pas le pouvoir de résoudre les problèmes de gouvernance, elle peut construire une meilleure visibilité des territoires et des institutions. Elle peut contribuer à recréer la confiance en tissant des liens entre élus et citoyens. Elle peut enfin écrire un récit, celui qui saura générer une « verticalité », un avenir commun et donnera du sens au service public.

Les communicants publics auront peut-être l'occasion de jouer un rôle privilégié dans la mise en place des conditions d'une légitimité démocratique retrouvée. Encore faut-il qu'ils en aient les moyens. La confiance surtout, des servies, des élus, des habitants, dans leur capacité à accompagner l'action publique au juste niveau.

Grand débat proposé le 2 décembre 2010 dans le cadre du Forum Cap'Com à Reims

Grand débat animé par : Régis de Closets, journaliste

Intervenants : Roger Antech, directeur-rédacteur en chef de Corse-Matin, ancien directeur de la rédaction du Midi Libre - Marie-Laure Augry, journaliste, médiatrice de France 3 - Jean-Paul Bachy, président de la région Champagne-Ardenne - René Doucet, premier adjoint au maire de Châlons-en-Champagne, vice-président de la Communauté d'agglomération Cités-en-Champagne - Anne Houtman, chef de la Représentation en France de la Commission européenne - Bruno Rebelle, ancien directeur exécutif de Greenpeace - Stéphanie Rozès, politologue, Président de CAP.

Panel de représentants du réseau Cap'Com et l'association Communication Publique : Alain Doudiès, consultant, ancien directeur de communication du Conseil général du Gard - Corinne Guillemot, directrice de la communication de l'Institut d'aménagement du Conseil d'État - Vincent Lalire, directeur adjoint de la communication du Conseil général de Seine-Maritime - Jérôme Marcadé, chef de bureau Prospective-Opinion-Communication de la DICOD (Délégation à l'Information et à la Communication du Ministère de la Défense) - Muriel Poncet, directrice de la communication de la ville de Bourg-en-Bresse.

Contenu du document : interviews des intervenants sur Radio Cap'Com et dans le journal du Forum, retranscription écrite et photos du grand débat, retranscription écrite de l'intervention de Stéphane Rozès dans le cadre des rencontres Cap'Com 2010.

Sommaire :

INTERVIEWS DES INTERVENANTS SUR RADIO CAP'COM

Interview de Jean-Paul Bachy

Interview d'Anne Houtman

INTERVIEWS DES INTERVENANTS DANS LE JOURNAL DU FORUM CAP'COM

Interview de Jean-Paul Bachy, président de la région Champagne-Ardenne

Quel est l'ampleur du sentiment d'appartenance des habitants de Champagne-Ardenne à leur région ?

La Champagne-Ardenne est une région de contrastes dont la réalité historique et les frontières sont le fruit d'influences culturelles très diverses. Elle est aussi très vaste , 450 km du Nord (à 80 km de Bruxelles), au Sud ( à 25 km de Dijon). Son identité reste donc à construire. Le Champagne donne, bien sûr à la région, une notoriété sans égal. Mais au-delà de son vignoble, la Champagne-Ardenne est aussi une terre de grandes cultures céréalières et betteravières, une terre d'élevage et de forêts. Ses spécialités industrielles sont leaders en France notamment dans la métallurgie et la sous-traitance automobile. Le sentiment d'appartenance à la région est sans doute plus évident pour les jeunes générations que pour les plus âgées car les jeunes sont plus mobiles. Les pôles universitaires de Reims et Troyes jouent aussi un rôle fédérateur auprès des jeunes. C'est la vocation du Conseil régional que de contribuer à accélérer les prises de conscience. Chaque fois que des initiatives mobilisent tous les acteurs régionaux, dans leur diversité, le succès est au rendez-vous. Les complémentarités s'enrichissent des différences. Mais les Champardennais manquent encore parfois de fierté par rapport à ce qu'ils sont et ce qu'ils font. En 5 ans, le sentiment d'appartenance à la région à incontestablement progressé. Ils sont encore marqués par l'héritage des deux guerres mondiales qui ont laissé, en région, des traces beaucoup plus lourdes qu'ailleurs.

Dans un contexte économique et social difficile, comment la Région peut-elle contribuer à redonner de l'espoir ?

Par la pédagogie de la réussite au lieu de cultiver ce qui va mal, mieux vaut valoriser ce qui va bien. Terre de passage entre l'Europe du Nord et celle du Sud, la Champagne-Ardenne s'est donné de nouvelles vocations notamment dans le tourisme. De Rimbaud à Diderot, de la Cathédrale de Reims aux magasins d'usines de la confection troyenne, du Château fort de Sedan aux grands lacs de Champagne, c'est la région de tous les voyages. Depuis quatre ans, la Champagne-Ardenne est aussi devenue la 1ère région fleurie de France. Son industrie est en pleine mutation. Toujours leader dans les secteurs traditionnels de la forge et de la fonderie, la région a ouvert des voies inédites avec son pôle industries agro-ressources qu'elle développe en commun avec la Picardie. La valorisation industrielle de sous produits végétaux pour créer de nouveaux matériaux, de nouvelles énergies non polluantes, de nouvelles synthèses chimiques, est un formidable levier de créations d'emplois. C'est la clé d'une croissance vertueuse au plan environnemental. L'amélioration de la qualité de vie des habitants est le meilleur moyen de fixer les populations et d'attirer les investisseurs. On ne surmontera pas la crise en précarisant l'emploi et le pouvoir d'achat, mais en pariant sur l'intelligence. C'est lorsqu'elles innovent que les entreprises sont compétitives. Priorité doit donc être donnée à la formation tout au long de la vie, à l'enseignement supérieur et à la recherche. C'est la première priorité de nos budgets.

La Région a souhaité mettre en œuvre des outils d'information et de consultation des habitants pour lui permettre de valoriser l'institution régionale. Pourquoi cette priorité aujourd'hui ?

La démocratie est indispensable à l'efficacité. Mobiliser nos concitoyens suppose qu'on les informe. Je me suis donc engagé, avec l'ensemble de mon équipe, à rendre compte de mon mandat, tous les ans, lors de débats publics dans chaque département.

Concernant notre compétence spécifique en matière de transports ferroviaires voyageurs, nous avons mis en place des comités de lignes avec les usagers et les élus des communes concernées. Les réunions de notre commission permanente, tous les mois, sont ouvertes au public et à la presse. Le magazine régional RCA est envoyé, chaque trimestre, dans tous les foyers et nous diffusons également une synthèse de la mise en œuvre de la politique régionale que nous appelons « RCA décideurs » à environ 10.000 exemplaires (élus, chefs d'entreprise, responsables associatifs....).

Les institutions régionales sont, en France, de création récente. Leur élection au suffrage universelle ne date que de 1986 - 25 ans, c'est peu par rapport aux communes, qui sont les héritières des paroisses du Moyen Age, et aux Départements, créés par Napoléon. C'est dire l'ampleur du travail d'information et de communication qui reste à faire pour mieux faire comprendre à nos concitoyens en quoi ce que décident les élus des régions les concernent concrètement dans leur vie de tous les jours. La multiplicité des controverses suscitées par le débat actuel au Parlement sur le changement institutionnel imposé par le Gouvernement n'est pas de nature à clarifier les choses ! Pour sortir la France de la crise et donner espoir aux jeunes, il y avait sans doute mieux à faire. Quand au plus haut sommet de l'Etat le comportement des gouvernants tourne le dos à toute morale, il est temps de prendre les citoyens à témoin pour qu'ils gardent confiance dans les élus territoriaux qu'ils élisent. Une démocratie plus crédible, c'est aussi une démocratie moins dispendieuse des deniers publics, plus proche des habitants et où les élus rendent compte de leurs actes.

Interview de Stéphane Rozès

Le communicant public doit converser avec la société

En quoi, comme vous l'avez déclaré récemment, y at-il « un parallélisme entre le retrait des citoyens à l'égard du processus de représentation politique et le désengagement des politiques face à leurs responsabilités » ?

Le fondement du retrait des citoyens à l'égard du politique (abstention, fluidité électorale, vote pour des partis hors système...) avant 2007 ne venait pas seulement de l'incapacité des politiques à trouver des réponses à la crise économique et sociale mais de ce qu'ils se justifiaient en s'irresponsabilisant, en invoquant des tutelles extérieures dans lesquelles le pays ne se retrouvait plus : l'Europe, la globalisation, les marchés économiques et financiers... La présidentielle a été le moment où les deux principaux candidats assumaient de dire que le pays irait là où les Français en avait décidé. Et qu'ils l'incarneraient à l'Élysée. D'où la ruée du pays aux urnes, rompant momentanément avec la spirale abstentionniste depuis un quart de siècle. La popularité des maires et la participation électorale, quant à elleS, ne tiennent pas seulement à leur proximité mais à la nécessité et à la possibilité pour eux de construire une cohérence entre identité de la ville, incarnation du maire et levier des politiques locales au service du projet municipal.

Ne pensez-vous pas que la communication publique peut redonner du sens, de la cohérence, dans une société en recherche d'un possible commun ?

Absolument. L'individu est scindé entre ses valeurs qui mettent en avant le commun : la République, la Nation, la solidarité et la mixité sociale d'une part, et les conduites qui l'amènent à consommer du territoire, des services publics locaux et à se mettre à distance de ceux qui le concurrencent socialement et dont la proximité culturelle les fragilise, d'autre part. Pour se sauver soi-même, il faudrait s'écarter de l'autre alors que l'on aspire à un commun apaisé. Mais il faut que la communication publique devienne un outil au service de la stratégie des décideurs. Elle doit permettre une cohérence entre identité, messages et conduites. La communication, c'était envoyer des messages à la société et s'interroger sur son efficacité. Dorénavant, le communicant public doit converser avec la société.

La crise actuelle va-t-elle marquer un changement dans les attentes, les valeurs, les priorités des Français ?

Les crises financières, économiques et sociales dans le prolongement de la crise climatique percutent les contradictions des individus entre conduites de court terme et aspirations de long terme, entre comportements de salarié-consommateur-épargnant et citoyen. On passe de consommer plus à consommer utile, de travailler plus à travailler utile. Le possible se restreint, on réaménage le souhaitable, le bonheur et le rapport à la vie en société.
On rentre dans une période de rigorisme dans le pays dont les élites n'ont visiblement pas pris la mesure. Le pays est à la recherche de cohérence chez les décideurs car ils doivent effectuer ce travail sur eux.

RETRANSCRIPTION DU DÉBAT

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