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S’adresser aux précaires : quand la sociologie éclaire la communication | Cap'Com, Le réseau de la communication publique et territoriale

S’adresser aux précaires : quand la sociologie éclaire la communication

créé le : 
09/11/2015

« Je ne pensais pas qu’un travail universitaire de cette nature trouve une traduction aussi directe et concrète. » Céline Braconnier, sociologue et auteure de l’ouvrage « Les inaudibles, sociologie politique des précaires », a rencontré une centaine de communicants publics lors d’une réunion de travail à l’Assemblée nationale le vendredi 6 novembre dernier. L’objectif de cette rencontre organisée par le réseau Cap'Com : mieux comprendre qui sont les précaires, quels rapports ils entretiennent à la politique pour mieux s’adresser à eux. L’enjeu est essentiel : ils représentent près de 20% de la population française.
 

« On a été étonnés de voir que les personnes précaires interrogées manifestaient un intérêt pour les questions politiques susceptibles de les faire pencher pour un camp ou pour un autre », a expliqué Céline Braconnier en introduction de la rencontre avec les communiants du réseau Cap’Com. « Dans les milieux très fragiles, l’intérêt est plus fort que dans les milieux populaires mieux lotis, mais qui manifestent une grande défiance vis-à-vis du politique. » C’est l’un des enseignements principaux de l’enquête fleuve que Céline Braconnier et Nonna Mayer ont publié sur le comportement politique des précaires. « Le livre pose des questions majeures sur le fonctionnement de la démocratie et la faible représentativité des élus », explique Véronique Bonnard, dircom de l’agglomération d’Annecy. « Ce qui frappe, c’est la diversité des publics précaires qui rend complexe la manière de s’adresser à eux. » Car tout l’enjeu est là : adapter la communication des institutions aux attentes et aux usages d’un cinquième de la population.

Regards croisés

Pour cela, cette rencontre inédite a été d’une formidable richesse. Le principe était simple : rapprocher les analyses présentées dans l’étude de la réalité du terrain vécue par les élus, représentés par Brigitte Bourguignon, députée du Pas-de-Calais et membre du groupe d’étude « Pauvreté, précarité et sans-abri » de l’Assemblée nationale, et les communicants publics du Comité de pilotage de Cap’Com. En donnant leur propre lecture de l’ouvrage, tous ont fait émerger des questions importantes qui ont permis à Céline Braconnier de préciser ses conclusions et d’ouvrir des pistes de travail très concrètes.
L’une d’entre elles : valoriser l’expérience de la précarité pour rendre de la dignité aux populations précaires et donner toute sa valeur à leur intervention dans le débat public. « On s’est leurré en disant qu’on faisait une communication qui s’adresse à tout le monde, réagit Jean Breillat, dircom de Tours.« Que peut-on faire ? Cultiver un dialogue permanent, communiquer par le biais, parler de sujets très concrets comme le logement ou le transport, alors qu’on parle de projet urbain, de perspectives économiques… La communication publique pourrait assumer un rôle social plus fort. » 

« On ne comprend rien à l’inscription sur les listes électorales ! »

La question de l’inscription sur les listes électorales, au cœur de travail de Céline Braconnier, illustre ce décalage entre l’intention – louable – et une communication qui se révèle inaudible. La mal inscription explique une part importante de l’abstention : « jusqu’à la moitié de l’abstention aux élections présidentielles », précise la sociologue. Toutes les collectivités communiquent sur le sujet, et le Gouvernement a lancé une campagne pour accompagner le report de la clôture des listes électorales au 30 septembre dernier. Le problème : « On ne comprend rien. Les gens ne savent même pas ce que signifie être inscrits sur des listes électorales. On communique sur un concept qui ne parle pas aux gens. » Le chantier est vaste mais les perspectives immenses : « quand on voit la mobilisation autour des élections présidentielles, on mesure la marge de progression pour la politique locale » conclut Céline Braconnier.
 
Il s’agit désormais que les connaissances apportées par l’étude sur les précaires trouvent des traductions concrètes dans les actions de communication. C’est tout le sens de la démarche initiée par Cap’Com avec cette rencontre préparatoire au Forum de Tours. Céline Braconnier rendra compte de ces analyses partagées lors de la conférence d’ouverture et donnera des clés utiles pour mieux s’adresser aux publics précaires. Ne pas laisser de côté une partie non négligeable de la population que l’on peine à voir, et qui n’est pourtant pas si éloignée de la vie institutionnelle, c’est une des ambitions partagées par de nombreux dircoms qui ont vus dans ces interventions une adresse positive : « Faisons moins de communication, et plus de médiation » résume Vincent Nuyts, le dircom de Brest. S’en rendre compte, c’est déjà changer les choses.
 

Céline Braconnier interviendra en ouverture du Forum Cap'Com à Tours le mercredi 16 décembre 2015 lors de la conférence sur le thème de la communication publique dans le quotidien des précaires.
 

 POUR ALLER PLUS LOIN 

 

Les inaudibles, sociologie politique des précaires, Céline Braconnier, Nonna Mayer, Paris, Presses de Sciences Po, 2015, 250 p., ISBN : 978-2-7246-1695-8.
 

 

 

 

Auteur: 
Florent Bonnetain