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Pages de com : « La civilisation du poisson rouge » de Bruno Patino

Publié le : 18 juin 2020 à 07:18
Dernière mise à jour : 26 juin 2020 à 16:14
Par Nastassja Korichi

Dans « La civilisation du poisson rouge », Bruno Patino, nouveau président d'Arte France (chaîne dont il était jusqu'à présent le directeur éditorial), analyse les conséquences cérébrales du numérique et appelle à un usage plus raisonné des applications digitales et réseaux sociaux.

Alors que la période de confinement vient de marquer une accélération fulgurante dans la pratique et les usages des outils numériques, la parution au format poche de l’ouvrage de Bruno Patino – publié en 2019 chez Grasset – tombe à point nommé. Elle amène à réfléchir à notre rapport aux écrans et à se poser la question de la transformation numérique.

Les effets nocifs du numérique

La civilisation du poisson rouge. Petit traité sur le marché de l’attention décrit les mécanismes utilisés par certains géants du web – et notamment les réseaux sociaux – pour capter notre temps d’attention. D’où son titre : huit secondes étant le temps d’attention d’un poisson rouge, neuf secondes celui d’un jeune génération smartphone, un « millennial ».

La civilisation du poisson rouge. Petit traité sur le marché de l'attention
Bruno Patino
LGF – Le Livre de Poche (éditeur d'origine : Grasset)
27 mai 2020
168 pages

L’ouvrage montre en quoi certains principes des neurosciences sont utilisés pour faire en sorte que les usagers/consommateurs utilisent certains outils numériques et réseaux sociaux, jusqu’à en devenir dépendants : le « système de récompense aléatoire » par exemple, par lequel des comportements compulsifs peuvent se mettre en place, ou encore « l’effet Zeigarnik », qui met en jeu une meilleure mémorisation des tâches interrompues. Stories éphémères et fils d’actualité sans fin seraient donc dessinés dans cette intention. Mais, outre la description des mécanismes utilisés par les géants du web, ce sont surtout les faits tangibles et l’évocation de nouvelles pathologies bien réelles qui provoquent la prise de conscience : la nomophobie (peur d’être séparé de son téléphone), la schizophrénie de profils, les dépressions et autres troubles importants tels que ceux du sommeil…

Un modèle basé sur l’économie de l’attention

Dans son ouvrage, Bruno Patino écrit l’histoire de notre dépendance au numérique depuis la révolution technologique jusqu’à l’avènement d’un modèle économique basé sur le temps d’attention. Il explique que ce marché de l’attention – donc du temps de cerveau disponible – n’est pas nouveau puisque c’est le modèle classique qu’utilisent les médias. La nouveauté réside en ce que ce temps d’attention est maximisé pour capter jours et nuits, en empiétant sur d’autres activités. Pour cela, les réseaux et leurs algorithmes nous font « naviguer dans les mêmes eaux idéologiques ». Ils utilisent nos données personnelles pour nous rendre dépendants à nos propres désirs.

Sortir du « numérique sauvage » pour rendre les expériences de navigation plus humaines

L’auteur n’appelle pas à un retour en arrière. Il décrit des mécanismes qui nous sont familiers, pour en prendre pleinement conscience et donner certaines clés afin de rendre le numérique plus humain. C’est ainsi que son conseil de passer moins de temps sur les écrans prend tout son sens. Il appelle également à l’usage raisonnable du numérique pour qu’il ne s’empare pas de nos propres désirs en créant chez nous une dépendance : « Cette économie de l’attention détruit, peu à peu, nos repères. Notre rapport aux médias, à l’espace public, au savoir, à la vérité, à l’information, rien n’échappe à l’économie de l’attention qui préfère les réflexes à la réflexion et les passions à la raison. Les lumières philosophiques s’éteignent au profit des signaux numériques. Le marché de l’attention, c’est la société de la fatigue. Les regrets, toutefois, ne servent à rien. Le temps du combat est arrivé, non pas pour rejeter la civilisation numérique, mais pour en transformer la nature économique et (…) pour retrouver l’idéal humain…  »

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