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Quand il est temps de soutenir les journalistes

Publié le : 26 novembre 2018 à 17:07
Dernière mise à jour : 29 novembre 2018 à 15:45
Par Marc Thébault

Ni idiots confiants ni complices, sans angélisme et sans parti pris, sans nier les liens entre presse et grands groupes privés mais sans voir du complot partout, et si les communicants publics rappelaient qu’il n’existe pas de société de liberté (au moins depuis le 28 juillet 1881) sans liberté de la presse ? Accessoirement, en redisant aussi qu’on a la presse que l’on mérite. Et en reconnaissant que du côté camouflage ou distorsion de la réalité, nous n’avons que peu de leçons à donner (on ne te dit pas merci Edward Bernays).

Par Marc Thébault

Tout communicant public s’est forcément un jour agacé, voire plus, de Unes jugées aguicheuses (ou « putaclic »), d’articles estimés partiaux, mal renseignés, fondés sur des rumeurs, ne donnant pas la parole à chaque partie prenante (notamment à la collectivité du communicant), etc. Oui, on peut se demander si tous les journalistes ne sont pas programmés que pour évoquer les trains en retard alors que les communicants ne parlent que de ceux qui sont à l’heure. Mais n’est-ce pas le jeu ma pauvre Lucette ? Tout cela pour dire que tout communicant public sait également qu’un des fondements de la démocratie est la liberté de la presse. Ainsi, pour l'heure en tous les cas, aucun communicant public n’a menacé de mort un journaliste, ni en a rué de coups, même si l’envie le démangeait.

Avec le phénomène « gilets jaunes », et bien avant malheureusement mais je vous passe l’historique et les tweets de Donald Trump, de nombreuses levées de boucliers populaires envers la presse se font jour. Et il me semble que, désormais, la goutte d’eau va mettre le feu aux poudres, si je puis me permettre ce mélange osé de maximes.

Certes, la vigilance citoyenne face aux informations n’est jamais superflue. Bien sûr, il n’est pas question de digérer tout de go toutes les news sans prendre un minimum de recul et en conservant un rien d’analyse critique.
Oui, parfois, il n’est pas inutile de recouper quelques sources afin de vérifier une annonce, pas tant dans son fond mais plus en raison de la forme sensationnaliste qui lui est donnée. Notamment si le fameux « stagiaire de BFM » a encore frappé fort dans un texte de bandeau défilant.
Naturellement, il est quelquefois étonnant d’entendre des journalistes donner visiblement une opinion personnelle alors que, à la base, nous attendons des faits, seulement des faits.
Et il est exact, enfin, que certains médias, notamment les « tout info », font monter la pression artificiellement, soit pour combler un vide, soit pour créer du buzz.
Donc, définitivement, la presse n’est pas exempte de fautes, pas indépendante de liens avec des intérêts commerciaux (ou « le grand capital », … Brrrr), et il est absolument normal de veiller à remarquer ses écarts, les signaler et les déconstruire.

La liberté de la presse présente des inconvénients. Mais moins que l’absence de liberté

François Mitterrand

Mais, toutefois, voir des journalistes, en France, au XXIème siècle, contraints de ne se déplacer qu’avec des gardes du corps pour éviter, et parfois de peu, le lynchage, cela me paraît un tant soit peu scandaleux.

Il me semble donc naturel d’appeler à mobiliser la communauté des communicants publics pour venir en soutien aux femmes et aux hommes qui ne devraient pas se retrouver en territoires guerriers quand ils font juste leur travail à côté de chez nous.

Comme le déclare à 20 minutes Virginie Sassoon, enseignante et docteure en sciences de l’information et de la communication à l’Institut français de presse, cette violence grandissante est « inquiétante pour la démocratie ». « La violence envers les journalistes n’est pas née avec le mouvement des gilets jaunes, indique l’enseignante. Cette rupture de confiance intervient dans un climat de défiance général à l’égard de l’autorité politique, mais aussi des scientifiques, de la médecine, de l’école… Et des médias. Avec l’avènement des réseaux sociaux, les citoyens s’informent de manière très fragmentée, et ceux qui pensent que l’information est manipulée trouvent des sources pour confirmer qu’ils ont raison. Mais il y a une prise de conscience des journalistes, qui sont nombreux à se mobiliser, notamment auprès des jeunes, pour expliquer leur métier. »

Communicants et journalistes, nous sommes bien les deux faces d’une même pièce. Nous sommes sœurs et frères de communication et d’information. Et si parfois nous sommes en tension, c’est souvent parce qu’il nous est assez agaçant de constater que nos correspondants ne tombent pas dans nos panneaux, dans nos éléments de langage, dans notre politiquement correct, dans nos écrans de fumée. À nous d’être plus malins la prochaine fois. Et à nous de nous souvenir que « chacun à sa place, chacun fait son taff et les moutons seront bien gardés ».

Ainsi, nous ne pouvons que nous sentir concernés et être solidaires. Une fois de plus, il n’est pas question de jouer un quelconque corporatisme ou de nier en bloc des excès et des erreurs. Pour autant, rien ne justifie la violence envers celles et ceux qui doivent, car nous sommes dans régime de liberté (même si la France n’est que 33ème du classement 2018 de RSF de la liberté de la presse), pouvoir agir à leur guise, sans entraves, sans pression, sans insultes et sans menaces (voir sous ce lien).

L’illustration ci-dessus est une image trouvée sur les réseaux sociaux et qui semble assez rapidement être relayée. C’est à l’évidence une honte absolue. J’aurai aussi pu prendre le récent post Facebook de Mme Chikirou.

Le prochain Cap’Com peut-il (doit-il ?) être l’instant d’une déclaration commune de soutien ? Je ne sais pas. En tous les cas, c’est sans doute l’instant où les communicants publics doivent affirmer, clairement, que sur ce sujet, elles et ils ne hurleront jamais avec les loups.