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Stéréotypes de sexe, une presse territoriale très "cliché"

Publié le : 4 septembre 2018 à 21:22
Dernière mise à jour : 17 septembre 2018 à 16:49
Par Anne Revol

« Les stéréotypes nous attendent au coin du bois, des pages, des mots » a rappelé le sociologue Denis Ruellan, lors des dernières Rencontres nationales de la presse et des médias territoriaux. Un constat que ne dément pas l’analyse de près de 400 publications territoriales présentée en introduction de son intervention sur l’usage des genres dans les médias. L'observation du traitement genré de certains sujets récurrents de la presse territoriale met en exergue le rôle des communicants dans la lutte contre les stéréotypes de sexe.

« En théorie, chaque foyer est destinataire dans l’année de 16 journaux de collectivités et le tirage de la presse territoriale représente 10 % de celui de la presse magazine et 50 % de la presse news magazine » a rappelé Bernard Deljarrie, délégué général de Cap’Com en ouverture des 9e Rencontres nationales de la presse et des médias territoriaux le 25 juin 2018. Comment cette presse territoriale très présente dans l’univers média des Français, représente-t-elle les genres ? Observateur privilégié de la presse territoriale - dont il a créé et organise avec Cap'Com depuis 20 ans le prix - Didier Rigaud, consultant et maître de conférence associé à l’Université Bordeaux Montaigne, s’est penché sur la question. Il a réalisé une analyse de contenu, plus particulièrement des photos, de près de 400 publications territoriales avec pour objectif de soulever une interrogation sur le traitement genré de certains sujets récurrents dans la presse territoriale.

Un traitement genré des sujets récurrents de la presse territoriale fortement marqué

Didier Rigaud a concentré son analyse iconographique sur trois domaines couramment abordés par les publications : le social, les finances et l’économie, et les travaux. Et le constat est sans appel quand on observe les résultats de son observation dans le tableau suivant.

Une évolution des représentations qui se heurte à la réalité dans les domaines "Social" et "Travaux"

Pour le domaine du social, les femmes illustrent 91 % des sujets. Dans les pages 'Travaux', c’est l’inverse : 85 % des illustrations représentent des hommes. Une présence masculine que l’on retrouve même jusque dans les infographies ! L’évolution de la représentation genrée se heurte fatalement à une organisation sociale et domestique encore profondément genrée comme le rappelle Didier Rigaud : « Bien entendu, il faut prendre en considération la réalité. 61 % des agents de la Fonction Publique Territoriale sont des femmes (chiffres de 2016, source CNFPT) et 96 % des agents de la filière sociale et médico-sociale sont des agentes. Mais quid de la représentation des habitants.tantes en photo ? »

Les femmes très présentes dans les pages "sociales", les hommes majoritaires sur les sujets "travaux" même dans les infographies (à droite)

Des femmes mieux représentés sur les sujets économiques mais absentes de ceux liés à la gestion de la collectivités

C’est dans le domaine de l’économie/finances que la différence de traitement des genres est la moins marquée (38 % de photos de femmes pour 62 % de photos d'hommes). Une différence à nuancer : « les articles traitant des finances et de la gestion de la collectivité contiennent tous exclusivement des photos d’hommes », précise Didier Rigaux. « Mais on ressent une volonté de parité pour les portraits d’entrepreneurs.neuses ». « Attention cependant au discours autour de l’exceptionnalité », prévient le sociologue Denis Ruellan.

Une volonté de parité pour les portraits d’entrepreneurs.neuses

Souligner "l’exceptionnalité" de ce que font les femmes, c’est un discours qui a pu permettre de faire reculer l’idée que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes capacités. Une idée qui n’est plus d’actualité.

« Souligner "l’exceptionnalité" de ce que font les femmes, c’est un discours qui a pu permettre de faire reculer l’idée que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes capacités. Une idée qui n’est plus d’actualité. Ce discours est désormais dangereux car il tend à focaliser sur une personne en faisant croire qu’elle y arrive même si elle est une femme. Une femme mais avec des capacités exceptionnelles, une femme pas comme les autres. C’est un problème parce que ça sous-entend que les femmes « normales » ne peuvent pas faire ça. » explique Denis Ruellan. « Malheureusement la presse locale est souvent piégée par la nécessité de valoriser un exemple. Elle produit des stéréotypes de genre défavorables aux femmes en prenant des figures et en les présentant comme des personnes exceptionnelles. »

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