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L'indispensable dialogue entre la presse territoriale et ses lecteurs

Publié le : 16 mai 2019 à 11:43
Dernière mise à jour : 16 mai 2019 à 17:54
Par Suzanne Fontaine

Sentir le changement, anticiper les attentes, innover : les rédactions sont à la recherche permanente du satisfecit du lectorat. Quelles sont les clés de la réussite ? Karine Portrait, rédactrice en chef du MET’, le magazine de la Métropole de Lyon, et Stéphane Boumendil, directeur éditorial de l’agence Citizen Press, croisent leurs points de vue et apportent leur regard sur la raison d’être de la presse : l'habitant lecteur.

La presse écrite séduit-elle encore les lecteurs ?

Karine Portrait : Ce que veulent nos lecteurs et lectrices, c’est obtenir l’information la plus claire possible et le plus facilement possible sur les projets en cours et l’action publique, des chiffres ou de belles photos qui les rendent fiers de leur territoire. Dans ce contexte, je ne suis pas sûre que la réflexion par support (presse écrite, affichage, vidéo, Web, réseaux sociaux…) soit toujours pertinente. De mon point de vue, la presse écrite ne peut plus s’envisager toute seule. Chez nous, en tout cas, l’information s’envisage dans sa dimension plurimédia. Et dans ce système, notre magazine écrit, le MET’, séduit notre lectorat : nous l’avons adapté pour le rendre plus agréable, facile à lire et disponible dans des lieux stratégiques : salles d’attente, transports en commun, bureaux de poste…

La réflexion par support n'est pas toujours pertinente. La presse écrite ne peut plus s’envisager toute seule.

Karine Portrait, Métropole de Lyon

Stéphane Boumendil : Les enquêtes menées par Cap’Com montrent d’année en année que non seulement les journaux de collectivité sont plébiscités mais qu’ils sont jugés « utiles » par les citoyens. Encore faut-il avoir à l’esprit que cette situation n’est en rien comparable à celle des journaux traditionnels vendus en kiosque et dont le modèle économique subit la crise du support papier. En tout état de cause, si des menaces pèsent sur le print, on ne peut pas parler de crise de l’écrit. Certains médias privilégiant l’écrit prospèrent sur la toile. C’est le cas du New York Times, un modèle de profitabilité. En France, les sites du Monde, du Figaro ou des « pure players » comme Mediapart gagnent de nouveaux abonnés. Ces exemples prouvent que le format écrit est « désirable », à condition de respecter les fondamentaux : une information de qualité, fiable, vérifiée et utile. Dans un monde qui survalorise l’instantanéité, les gens ont besoin de temps de réflexion, d’analyse, de mise en perspective offerts par l’information écrite, qu’elle soit print ou numérique.

Le format écrit est « désirable », à condition de respecter les fondamentaux : une information de qualité, fiable, vérifiée et utile.

Stéphane Boumendil, Citizen Press

Comment recueillir les attentes du lectorat ?

S. B. : Les enquêtes du lectorat conservent leur pertinence pour tester l’intérêt d’une formule ou dans l’optique d’une refonte. Mais rien de réellement constructif sans remise en cause permanente. Quels sujets le lecteur voudrait-il voir traités dans son magazine ? Quelles questions souhaite-t-il adresser à la rédaction ou aux élus ? Quel est son avis face à tel débat ? Le rôle d’un média de collectivité est d’inciter le lecteur à exprimer ses aspirations. Et le meilleur moyen, c’est de l’associer à la fabrique de l’information. Il peut être invité à s’exprimer via le média lui-même, mais aussi via les réseaux sociaux. C’est tout le dispositif éditorial qui doit être mis au service de cette démarche participative et continue.

Le rôle d’un média de collectivité est d’inciter le lecteur à exprimer ses aspirations.

Stéphane Boumendil, Citizen Press

K. P. : Nous utilisons tous les outils à notre portée pour analyser ce qui intéresse le plus notre lectorat et les formats ou traitements qui lui plaisent le plus. Nous testons beaucoup de choses ! Toutes les semaines, en conférence de rédaction, nous identifions les « hits » de la semaine passée : les sujets qui ont obtenu le plus d’audience ou qui ont suscité le plus d’interpellations tous supports confondus (Instagram, Facebook, Twitter, emag, YouTube, etc.). Chez nous, ce sont les projets urbains, les nouvelles lignes de transports en commun, les belles photos du territoire. Mais nous n’avons plus fait d’études de lectorat depuis trois ans : elles sont très instructives mais coûtent cher. Il est donc difficile de les reproduire régulièrement…

Comment, concrètement, ces attentes impactent-elles les publications ? Comment les font-elles évoluer ?

K. P. : Ces attentes impactent l’ensemble de nos publications, pas seulement notre média écrit. Et notre travail principal réside justement là : trouver l’équilibre entre ces attentes et les sujets plus difficiles que nous souhaitons valoriser de toute façon. Tout ce qui tourne autour de l’action sociale par exemple : les services d’aide à domicile, l’aide aux personnes âgées, les questions d’insertion…
Sur les choix des formats et des angles, les retours de nos lecteurs et lectrices sont aussi très instructifs : pour couvrir un événement par exemple, on sait que les stories sur Instagram fonctionnent vraiment bien. Sur des projets urbains de grande ampleur, notre lectorat est particulièrement fan des coulisses de chantier. Dès que c’est possible, on lui fait découvrir l’envers du décor à grand renfort d’albums photos, de vidéos qui montrent les hommes et les femmes sur le terrain.

Notre travail principal : trouver l’équilibre entre les attentes des lecteurs et les sujets plus difficiles que nous souhaitons valoriser de toute façon.

Karine Portrait, Métropole de Lyon

S. B. : Au sein de Citizen Press, nous observons à quel point le modèle ancien « descendant » est totalement dépassé. Le décryptage des politiques publiques, l’information utile, les sujets « vie quotidienne », les prises de parole de citoyens : ces approches éditoriales qui privilégient la proximité sont présentes dans tous les journaux que nous réalisons. Mais l’impact majeur, c’est le multicanal. Dès leur conception, les magazines sont pensés pour fonctionner avec d’autres médias qui se répondent l’un à l’autre. L’info naît sur le papier et se prolonge sur le Web et les réseaux sociaux, enrichie par des contenus photo ou vidéo. Pour cela, il est essentiel que les émetteurs décloisonnent leurs services pour que le dispositif soit construit collectivement. La co-construction doit donc commencer en interne ! À nous, agences-conseils, d’ouvrir la réflexion et de proposer les solutions opérationnelles.

Print et Web : accrochez vos lecteurs !

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