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Foire aux questions : quels prérequis pour diffuser un « live » sur les réseaux sociaux ?

Publié le : 25 novembre 2020 à 08:01
Dernière mise à jour : 10 décembre 2020 à 08:49
Par Nastassja Korichi

Crise sanitaire et confinements obligent, les communicants sont très sollicités pour organiser la diffusion d'événements ou de conseils municipaux en direct sur le web et les réseaux sociaux. Et les interrogations sont nombreuses, notamment sur le dispositif technique à mettre en place pour réaliser un live de qualité, sans pour autant investir dans une production démesurée. Steeve Hachenberg, directeur de production de Via Storia, s’est prêté au jeu de la foire aux questions aux dernières Rencontres nationales de la communication numérique.

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Steeve Hachenberg est directeur de production de l’agence Via Storia. Il accompagne notamment les collectivités territoriales dans la diffusion des conseils municipaux et a répondu aux questions des communicants numériques lors des Rencontres nationales de la communication numérique publique qui se sont déroulées en septembre dernier à Paris.

Entre la captation au smartphone et l’investissement lourd en moyens techniques, il existe des solutions intermédiaires. Pour un budget minimal d’environ 1 000 euros, ces solutions permettent aux communicants publics de devenir autonomes sur le long terme et de diffuser des directs très propres. Steeve Hachenberg retrace la chaîne, de la captation à la diffusion finale.

1. La captation

Faut-il utiliser son téléphone ou bien un ordinateur pour la captation d’un événement ou d’une réunion à diffuser en direct sur le web ?

Le smartphone n’est pas la meilleure solution, même si c’est la plus évidente. S’il a l’avantage de capter des images en mouvement et en extérieur, il y a de nombreuses problématiques techniques selon les modèles de téléphone. La première est la surchauffe de l’appareil au bout d’un temps relativement court. De plus, si le téléphone n’est pas stabilisé sur un pied, la captation est mouvante et le rendu apparaît rapidement comme de mauvaise qualité. Enfin, la captation via un smartphone n’assure pas forcément un bon son, et ne permet pas la diffusion d’autres « sources » c'est-à-dire de contenus audiovisuels tels que des vidéos, des images ou bien des diapositives PowerPoint. Lorsque c’est possible, il est donc préférable d’utiliser un ordinateur portable pour capter un événement et le diffuser sur le web ou sur les réseaux sociaux.

Quels sont les prérequis minimum en termes de matériel, y compris pour des lives longs, pour assurer quelque chose de qualité ?

Le minimum technique, c’est surtout d’avoir un bon son. La vidéo est parfois accessoire en distanciel puisque les « spectateurs » peuvent simplement écouter tout en faisant autre chose sur leur ordinateur, surtout si on a des contenus, des témoignages. Un mauvais son, c’est pire qu’une mauvaise image.

Comment assurer un bon son ?

Si une seule personne intervient, il est important qu’elle soit équipée d’un micro-cravate. S’il s’agit d’une réunion filmée, comme un conseil municipal, il est capital que la captation audio soit de qualité.

L’idéal est donc d’utiliser un ordinateur avec un logiciel qui permette de gérer l’image et le son et qui encode le programme pour sa diffusion en streaming. Il existe deux logiciels qualitatifs, un gratuit et un payant :

  • Wirecast est un logiciel payant qui fonctionne avec un système de licence ;
  • OBS est un logiciel gratuit, open source et qualitatif. Le logiciel OBS joue le rôle d’une régie vidéo : il permet de gérer les différents médias à diffuser. Par exemple, dans le cas d’un live, il est possible d’avoir un générique de début, puis de basculer sur l’image d’une caméra qui filme en direct, puis sur une vidéo préenregistrée, un intervenant en visioconférence, un visuel ou bien une diapositive PowerPoint illustrant le propos de la personne qui parle, etc. L’intérêt d’OBS est donc qu’il permet de gérer les différentes sources à envoyer dans le flux diffusé en direct, mais aussi et surtout qu’il permet de gérer les différents niveaux sonores. C‘est une petite régie vidéo et audio à la portée de tout le monde. Il suffit de posséder un ordinateur un tant soit peu puissant et de consacrer un peu de temps à l’appropriation du logiciel.

Faut-il filmer avec la caméra de l’ordinateur ou bien avec une webcam spécifique ?

Même si la captation par webcam externe est plus pratique et plus qualitative, les deux sont possibles. Et la gamme des webcams et caméras est très large. Quoi qu’il en soit, il faut veiller à ce que la webcam ou caméra puisse être branchée en HDMI.

  • On peut utiliser la webcam de l’ordinateur. Mais cette option n’est pas la panacée car le plan est fixe. Surtout, dans la majeure partie des cas, l'ordinateur doit rester accessible pour pouvoir gérer le live.
  • Il est préférable d’effectuer la captation avec une webcam externe connectée à un ordinateur via un port USB. Cela a l’avantage de laisser l’ordinateur accessible pour gérer le direct. La webcam peut également être mise en hauteur ou bien être déportée de manière à filmer un plan intéressant en fonction de son événement.
  • L’usage d’une caméra pro est bien entendu également possible. S’il y a plusieurs caméras sur un live : il est intéressant en termes de réalisation de prévoir une caméra qui filme en plan large et une autre en plan serré. Cela permet à l’internaute de voir ce qu’il se passe au global et de raconter l’histoire, de la montrer. C’est ce qui marche le mieux.

Il faut ensuite que le signal vidéo entre dans l’ordinateur pour être récupéré par OBS avant diffusion sur les réseaux. Il existe des boîtiers de qualité qui sont très abordables. Par exemple, le « mini-recorder » de Black Magic coûte une centaine d’euros et permet de faire l’interface entre un signal vidéo et un ordinateur.

2. La diffusion

À partir du moment où le signal vient d’une webcam et passe dans le logiciel OBS, est-il nécessaire d’avoir ensuite un encodeur ou bien un serveur de streaming pour assurer la diffusion sur les réseaux sociaux ?

Non, il ne faut rien de plus car le logiciel OBS s’en charge : il joue un rôle d’encodeur vidéo. Concrètement, pour diffuser sur une page Facebook ou YouTube, il faut créer une vidéo en direct sur le réseau social de son choix. À partir de ce moment, le réseau génère deux éléments importants :

  • un lien : c’est une URL vers un serveur ;
  • une clé d’encodage : c’est une clé de streaming.

Ces deux renseignements sont à intégrer dans OBS. Dès lors, c’est le logiciel qui envoie le flux à diffuser en direct vers les serveurs de streaming de YouTube ou Facebook. Ensuite il ne reste qu’à lancer le live dans le réseau social.

Facebook ou YouTube : sur quel réseau est-il préférable de diffuser ? Quels sont leurs avantages ?

Les deux plateformes sont en concurrence et se mettent donc à niveau en proposant par exemple – et toutes deux – la possibilité de diffuser un live sur son site internet. Pour cela, elles génèrent un « code d’embarquement ou embed » qu’il suffit de copier-coller dans la page de son site.

Le choix du réseau dépend surtout de la cible à laquelle on s’adresse. YouTube est peut-être plus adapté pour toucher les jeunes et les gamers, à condition d’avoir une communauté. Facebook quant à lui fait la promotion du live dans le fil d’actualité, ce qui peut être intéressant.

Quoi qu’il en soit, le plus important est surtout de communiquer en amont sur l’événement et sur le réseau social qui sera utilisé, de manière que les publics le sachent.

Les lives sont automatiquement coupés sur Facebook lorsqu’ils diffusent de la musique soumise à droits d’auteur.

C'est l'inconvénient majeur de Facebook. Dès qu'une musique soumise aux droits d'auteur est diffusée dans un direct, le réseau social coupe la retransmission. Pour éviter cela, deux solutions sont possibles :

  • déclarer en amont la liste des musiques diffusées et payer les droits à la Sacem. Cela se prépare en amont et il faut avoir un budget ;
  • ne diffuser aucune version originale et préférer des versions jouées par des orchestres ou musiciens locaux par exemple. L’algorithme de contrôle ne reconnaîtra pas le morceau.

Est-il possible de privatiser un live pour ne s’adresser qu’à un groupe de commerçants ou un conseil de quartier par exemple ?

Pour atteindre cet objectif, la solution la plus évidente est de passer par un système de visioconférence ou de webinaire privé. Il est néanmoins possible de « privatiser » un Facebook live. Pour cela, il faut définir une liste de contacts dans Facebook studio afin de ne toucher que les personnes prédéfinies. Il est également possible d’intégrer un Facebook ou YouTube live dans une page web « cachée », dont on ne donne l’adresse qu’à la cible, en utilisant le code embed du live.

Quel est votre conseil pour se préparer au mieux ?

Il est essentiel de faire des tests. Cela permet dans un premier temps de s’approprier le logiciel OBS et les paramétrages possibles des réseaux sociaux, puis de voir comment cela se comporte. L’idéal est de créer une page fantôme, que personne ne reconnaîtra et dont l’existence ne sera connue que de quelques collègues par exemple. Ils pourront ainsi participer aux tests et faire des remontées de bugs ou d'informations. L’objectif est ici d’anticiper et de se préparer.

Pouvez-vous nous résumer toute la chaîne ?

L’idée est de capter à partir d’une ou deux webcams. On les branche dans un petit mélangeur pour récupérer le signal vidéo.

Steeve Hachenberg a répondu aux questions des communicants aux Rencontres de la communication numérique.

Le signal entre dans le logiciel OBS. À partir de ce logiciel, une personne ressource est mobilisée pour envoyer le signal vidéo en live ou bien toute autre ressource audiovisuelle. Le volume et la qualité du son se gèrent également depuis ce logiciel. Au préalable, il faudra veiller à équiper les intervenants de micros ou micro-cravates.

Ainsi, pour les collectivités ou organismes qui envisagent d’intégrer le live streaming de manière durable dans leur stratégie de communication, et pour un budget minimal d'environ 1 000 euros, on peut diffuser un conseil municipal de qualité avec un logiciel de régie gratuit (OBS), une ou deux webcams, et un boîtier vidéo. Avec cela, et un peu de pratique, les communicants numériques sont autonomes pour l’ensemble des conseils d’un mandat par exemple.