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2022, l’état d’esprit morose des communicants publics

Publié le : 4 janvier 2022 à 12:10
Dernière mise à jour : 6 janvier 2022 à 17:32
Par Bernard Deljarrie

Depuis deux ans, les communicants publics sont à l’avant-poste de la tempête qui nous fait tanguer. Au départ de la traversée de l’année 2022, sont-ils encore en état d’être sur le pont ? Notre enquête révèle leur état d’esprit et l’étendue des transformations que la communication publique a supportées.

L’année 2022 ne ressemblera pas aux précédentes. C’est ce que nous disent les communicants publics dans deux enquêtes menées par le réseau Cap’Com (1). Les élections présidentielles et législatives marqueront sans doute l’année avec toutes les incertitudes dues à une situation politique inédite. Mais c’est l’impact de la crise sanitaire subie depuis deux ans qui va faire de l’année 2022 le point de départ d’une situation nouvelle pour la communication publique.

Des équipes fatiguées après 20 mois de crise

Après 20 mois de crise, un communicant public sur trois se dit fatigué, voire découragé. Imaginons une entreprise où une enquête sur le climat social révélerait qu'un tiers des salariés s’estimeraient épuisés ou lassés. La direction serait immédiatement alertée, la DRH mobilisée, la médecine du travail appelée en renfort. Point de cela pour les communicants publics.

50 % d’entre eux donnent pourtant une expression négative pour qualifier leur état d’esprit en ce début d’année 2022. Épuisés, surmenés, lassés, perplexes, inquiets, ils ne manquent pas de mots pour décrire leur fatigue après la période de covid qu’ils viennent de vivre. Lors des rencontres professionnelles des communicants publics, celles de la communication interne en juin dernier comme celles de la communication numérique de septembre 2021, les participants ont été unanimes à rendre compte d’une mobilisation remarquable depuis deux ans qui conduit aujourd’hui à un certain découragement.

Sans aucun doute, la crise sanitaire a pesé sur le moral des communicants publics, dont l’engagement a été exceptionnel mais pas toujours reconnu, ni pris en compte.

Ils sont aussi plus de 50 % à se déclarer plutôt pessimistes lorsqu’ils observent la situation politique, économique et sociale de la France. Conscients de leurs responsabilités face à un avenir incertain, ils expriment, un peu comme une majorité de Français, une réelle inquiétude.

« Comment pouvez-vous être pessimistes, s’est exclamé Loïc Blondiaux lors de son intervention devant un millier de communicants publics au Forum de Rennes, vous qui êtes des acteurs essentiels d’un avenir qu’il nous appartient de construire ? » Laissons en effet ce pessimisme à ceux qui idéalisent le passé en réécrivant l’histoire. Laissons ce pessimisme à ceux qui parlent de décadence et de reconquête guerrière. Soyons optimistes, c’est aux communicants publics d’accompagner le changement en s’appuyant sur nos institutions démocratiques dont ils assurent la communication.

La communication dans les collectivités va prendre une place plus importante

Un optimisme résolu, car les prochaines années compteront davantage sur la communication publique. Les communicants publics en sont persuadés. Pour deux tiers d’entre eux, la communication dans les collectivités devrait être amenée à prendre une place de plus en plus importante.

Pour faire face à l’insécurité sociale et économique que va représenter la période de transitions qui s’impose déjà, pour répondre au déficit démocratique et écologique, les pouvoirs publics devront être amenés à jouer un rôle de plus en plus important. Et pour accompagner ces changements dans un monde instable et en mutation, pour accompagner des politiques publiques plus présentes et encore plus indispensables, la parole publique devra être plus forte, plus convaincante, plus efficace. Nous sommes tous conscients que notre rôle et notre mission sont appelés à se renforcer. « La crise sanitaire a fait évoluer la fonction communication dans les collectivités », expliquent les communicants publics, et c’est sur cette base qu’elle continuera d’évoluer dans les prochaines années.

La crise sanitaire a fait évoluer le métier

En effet, 88 % des dircoms des grandes collectivités estiment que leur métier a changé ces vingt derniers mois. Un tiers d'entre eux pensent même qu’il a profondément changé. Et ils sont encore plus nombreux dans les petites collectivités, où 55 % d’entre eux font le même constat. Dans les petites collectivités, qui ne disposaient pas de toutes les ressources humaines et techniques pour mener une communication de crise, la fonction a vécu en quelques mois une véritable révolution.

Dans toutes les collectivités, la fonction communication s’est complexifiée et s’est diversifiée. Elle a aussi gagné en agilité et en autonomie. Et surtout elle est aujourd’hui davantage stratégique. Dans les petites communes, c’est la création de nouveaux outils numériques, accélérée par la crise sanitaire, qui a donné une nouvelle dimension au métier. Présence accrue sur les réseaux sociaux, lancement de newsletter pour assurer une information plus immédiate, renforcement du site de la collectivité…, le numérique est devenu central dans le métier du communicant public.

Mais dans le même temps, il a fallu assurer une communication de proximité au rythme des annonces sanitaires et des mesures de confinement. Une communication en lien direct avec les habitants, plus innovante, plus réactive, qui devient dorénavant le critère attendu d’une bonne communication.

Résultats : selon les communicants publics, la communication des collectivités a gagné en légitimité et en crédibilité. 80 % d’entre eux partagent ce constat. Les actions des communicants menées pendant la crise ont permis de « renforcer les positions » de la communication territoriale tant auprès des citoyens que dans la collectivité auprès des autres services, de la direction et auprès des élus, ainsi qu'auprès des parties prenantes, les autres collectivités, les associations et les services de l’État.

Dans les plus grandes collectivités, ces changements s’expliquent d’abord par les nouvelles missions que la communication publique a dû assurer. Un rôle de relais de la communication nationale ; un travail de construction d’une communication de crise ; la prise en charge de nouveaux thèmes de communication touchant à la santé, la prévention, le soutien aux personnes fragiles... Les équipes communication ont aussi été appelées à se réorganiser pour faire face au confinement, au télétravail, et pour gagner en efficacité et en agilité en cette période si singulière.

Les équipes numériques des directions de la communication se sont positionnées dans un rôle de conseil pour la collectivité, afin d’assurer le déploiement rapide de solutions numériques simples et immédiatement utilisables.

Ce nouveau positionnement s’est accompagné d’un puissant renforcement de la com interne en accompagnement du télétravail et de l’usage décuplé des outils numériques par les agents.

La communication nationale sur la crise sanitaire est sévèrement jugée

Une majorité des communicants publics, d’après nos enquêtes, estiment que la communication publique nationale sur la crise sanitaire n’a pas été bien conduite depuis mars 2020. Ils déplorent les changements brutaux de stratégie au niveau national et les annonces contradictoires. Chargés d’un rôle de relais et d’explication des consignes dans les territoires, les communicants des collectivités regrettent que les informations ne soient pas toujours claires et disponibles, et que la coordination de la communication soit si difficile avec les instances locales de l’État, préfectures ou ARS. Cela explique que, selon les communicants publics, la communication publique ait moins gagné en légitimité et en crédibilité à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale.

Le défi démocratique, priorité de 2022 ? 

En vingt mois, dans les grandes collectivités comme dans les plus petites collectivités locales, les relations de confiance avec les citoyens se sont plutôt améliorées. C’est là un sentiment que partagent une bonne part des communicants publics. Malgré les contraintes que les politiques publiques ont imposées aux Français – confinement, vaccination, port du masque… –, les communicants des collectivités ont le sentiment que les citoyens ont renforcé leur confiance dans les institutions publiques locales, qui ont été à leurs côtés pour les informer et leur venir en aide durant la crise.

Mais, en cette année d’élections présidentielle et législatives, la crise civique et démocratique n’en est pas moins toujours profonde.

La crise sanitaire a prouvé que la communication publique est indispensable et que la communication de proximité est une condition de la réussite de toute politique publique. La crise écologique donne à la communication publique de nouvelles responsabilités pour accompagner la transition.

Mais la défiance envers tous les pouvoirs, l’abstention massive, l’émergence de discours complotistes et haineux, imposent certainement à la parole publique de se renouveler pour ranimer « une démocratie qui s’effondre », pour reprendre les mots de Loïc Blondiaux.


(1) 500 communicants publics ont été interrogés fin 2021 au travers de deux enquêtes menées par Cap’Com avec l’institut d’études Occurrence. « L’état d’esprit des dircoms ». Enquête online menée auprès des directeurs et responsables de la communication des grandes collectivités (grandes villes, métropoles et départements). Novembre 2021 / 208 réponses analysées. « Radioscopie de la fonction communication dans les petites collectivités territoriales ». Enquête online menée auprès des petites villes de 2 000 à 20 000 habitants et des communautés de communes. Octobre 2021 / 307 réponses analysées.

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