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Pages de com : « Quand le parisianisme écrase la France » par Francis Brochet 

Publié le : 17 mars 2026 à 07:18
Dernière mise à jour : 19 mars 2026 à 14:17
Par Bruno Lafosse

Paris n’est pas la France… C’est une évidence qu’il est bon de rappeler de temps à autre. Car « ce centre qui se sait et sait tout le reste », comme l’affirmait Jules Michelet, issu d’une histoire centralisatrice, oublie trop souvent le pays réel. Et ce n'est pas à Cap'Com, un réseau national et territorial, que l'on dira le contraire !

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Avec ce livre, Francis Brochet propose une critique documentée, vigoureuse mais mesurée d’un système national qui repose encore sur un mode de gouvernement « centralisé et vertical ». Un dispositif qui, selon lui, « abîme la confiance, ciment des démocraties ». Journaliste pour le groupe EBRA (L’Est républicain, L’Alsace, Le Dauphiné libéré…), attaché à son Montbéliard natal mais travaillant à Paris, Brochet occupe une position rare : au cœur de la machine politique, il demeure capable d’une distance critique bienvenue. Son regard est celui d’un provincial assumé, « fier de l’être », qui refuse pourtant toute tentation de provincialisme de souche ou de populisme. Sa démarche est claire : « La critique peut être vigoureuse sans cesser d’être nuancée. »

L’un des apports du livre tient à la démonstration patiente d’un parisianisme devenu invisible à force d’être dominant. Brochet documente des écarts saisissants : ainsi, en matière culturelle, l’État dépense 801 euros par habitant à Paris, contre seulement 27 euros dans le Doubs. Ce simple rapport de 1 à 30 devient l’image concrète d’un pays qui organise des inégalités de traitement dans quasiment tous les domaines : santé, éducation, aménagement du territoire. À cela s’ajoute une réalité économique tout aussi parlante : seuls deux groupes du CAC 40 ont leur siège en province, tandis que les deux tiers des Français les plus riches vivent en Île-de-France, notamment dans l’Ouest parisien. La concentration des pouvoirs et des richesses sur 0,02 % du territoire est, rappelle-t-il, une exception en Europe comme dans le monde.

Interdéconnexion

Cette hypercentralisation n’est pas seulement injuste : elle produit des décisions publiques déconnectées. En décrivant des élites politiques et médiatiques repliées sur un même périmètre géographique, social et culturel, Brochet montre comment cette endogamie conduit mécaniquement à des politiques nationales pensées pour un territoire minuscule, puis appliquées à l’ensemble du pays. Le traitement médiatique des « vacances au ski » – un sujet qui ne concerne qu’une minorité – devient le symbole presque comique de cette déformation du réel. Mais ses effets, eux, ne le sont pas : ressentiment, incompréhension, colère. Le mouvement des gilets jaunes, rappelle l’auteur, fut l’explosion la plus visible de ce décalage accumulé. Enfin, Brochet insiste sur l’affaiblissement progressif de la décentralisation. Les résistances mesquines à l’implantation de lieux de décision en région – il évoque l’épisode de l’ENA à Strasbourg – illustrent un système qui prône la réforme mais ne cesse de la contredire. Le « Tout-TGV » aggrave encore la situation : il relie Paris à tout, mais laisse entre elles des régions toujours plus dépendantes de la capitale.

Brochet ne livre pas un programme, il est journaliste donc ce n’est pas sa mission ; il lance un signal d’alarme. Son livre se lit comme la mise en garde d’un républicain inquiet pour l’avenir démocratique du pays. Sa défense d’une relation Paris-province rééquilibrée devrait être lue et prise en compte par toutes celles et tous ceux qui entendent exercer les plus hautes fonctions.

Quand le parisianisme écrase la France
Francis Brochet
Éditions de l'Aube
14 mai 2025
248 pages

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