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Décryptage de la campagne contre le harcèlement scolaire de Bourgoin-Jallieu

Publié le : 14 décembre 2021 à 16:20
Dernière mise à jour : 16 décembre 2021 à 16:23
Par Anne Revol

Mettre en lumière l’effet papillon qui se cache derrière le harcèlement en milieu scolaire pour mieux y faire face. La ville et les jeunes de Bourgoin-Jallieu, main dans la main, l’ont réussi avec brio. Du diagnostic avec leurs pairs dans les collèges à la campagne de communication ciblée, en passant par la réalisation d’un court-métrage poignant et pédagogique, voyons comment à cet effet papillon délétère tous ses acteurs ont su en opposer un plus vertueux et remporter le Grand Prix de la communication publique 2021 le 9 décembre dernier.

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Premier battement d’ailes au sein du CMJ

Le tout premier battement d’ailes émane des jeunes élus du conseil municipal des jeunes de Bourgoin-Jallieu. Ils proposent de travailler au sein d’une des commissions contre le harcèlement et donnent l’impulsion à deux projets : « Un questionnaire auprès des collégiens de la ville pour établir un état des lieux et analyser les sources du harcèlement, et la réalisation d’une vidéo pour pouvoir sensibiliser leurs pairs et qu'il y ait un impact beaucoup plus fort », précise Dorian Maillet, adjoint au maire de Bourgoin-Jallieu chargé de la jeunesse et des associations.
Les services de la ville se mettent alors en mouvement avec les jeunes pour enclencher la concrétisation de leurs idées. Accompagnés par Anaïs Cotenceau, chargée de mission citoyenneté pour le délégataire de la ville, l’association Léo-Lagrange, ils collaborent avec Valentin Pellicano, étudiant en sociologie. Ensemble, ils réalisent une enquête quantitative pour savoir comment le harcèlement s’exprime au collège. Le questionnaire est administré via un formulaire sur Google Forms en novembre 2020 auprès de 1 051 élèves des deux collèges de Bourgoin-Jallieu.

L’effet papillon est en marche : en proposant aux collégiens de s’interroger sur leur rapport avec leurs camarades, cette étape d’enquête permet déjà de les sensibiliser à la question du harcèlement. Les réponses, recueillies et analysées par le sociologue, puis discutées avec les jeunes, mettent en exergue le phénomène d’accumulation de violences physiques ou morales dont témoignent des collégiens. Des actes émanant de différentes personnes qui, isolés, représentent peu mais qui, mis bout à bout, font de la vie de certains un enfer.

Faire prendre conscience de l'effet papillon

C’est ce constat que les jeunes du conseil municipal cherchent à mettre en images en travaillant sur le second projet, la réalisation d’une vidéo. « Nous voudrions que les responsables aient conscience de l’effet papillon : un geste insignifiant peut provoquer beaucoup de choses », explique Amel Ziane, rapporteuse de la commission antiharcèlement du conseil municipal des jeunes lors du conseil municipal du 10 juin 2021.
Ils travaillent avec le prestataire vidéo de la ville, Maxime Strzempa, et les animateurs du projet. « Il y a aussi eu tout un travail de réflexion sur le choix du point de vue qu'on va aborder dans le court-métrage : est-ce qu'on parle pour la victime, est-ce qu'on s'adresse aux victimes, aux témoins ? Nous avons beaucoup échangé avec les jeunes et Maxime sur ce qui serait un peu plus utile, ou ce qu'on a moins vu aussi dans les courts-métrages », explique Anaïs Cotenceau. « Nous avons suivi tout le processus d'un court-métrage très classique », complète Déborah Zieba, animatrice jeunesse du programme HUB Léo. « D’abord un travail sur l'écriture du scénario avec les jeunes tous les mercredis après-midi pendant plusieurs semaines. Nous avons un peu peaufiné en interne mais ce sont eux qui chaque fois ont participé et validé les écrits. »

Le récit incarné d'une journée au collège

Après plusieurs mois de travail sur le scénario, les jeunes passent devant la caméra. Amel joue le rôle principal de cette histoire qui retrace la journée d’une collégienne ponctuée des brimades, moqueries ou silences de ses camarades d’école joués par d’autres membres du CMJ. « Nous voulions montrer à travers ce scénario le principe de la goutte d'eau qui tombe dans un vase et que de petites actions peuvent ne pas s'apparenter à du harcèlement au fil des jours, au fil des heures, au fil d’une journée ; cela peut déborder à un moment et on peut faire une bêtise », explique le réalisateur. L’incarnation par les jeunes eux-mêmes, dont certains ont subi ce type de harcèlement à l’école, appuie la viralité et la portée du message auprès de leurs pairs. Ils peuvent s’identifier, et ce d’autant plus facilement que la réalité des actes et des mots est montrée.

La phase de montage permet de peaufiner le caractère dramatique du court-métrage : affichage des messages mobiles haineux envoyés à la collégienne, bande son, choix d’une voix off à la Jeanne Moreau… « Nous avons insisté pour que leur discours ne soit pas édulcoré », explique Alexandre Carré, directeur de la communication de Bourgoin-Jallieu.

Montrer la réalité, apporter des solutions

« Faire de la communication sur le harcèlement, c’est ambitieux », a souligné Emmanuelle Daviet, la présidente du jury, lors de la cérémonie de remise du Grand Prix. « La vidéo de Bourgoin-Jallieu traite le sujet de manière frontale, la réalité n’est pas atténuée, les gestes sont montrés et elle apporte des solutions. »
Le court-métrage ne s’arrête pas au simple récit dramatique d’une journée de « harcèlement ordinaire », il s’attache aussi à montrer comment arrêter ce goutte-à-goutte. « L’idée de la partie “Et si ?”, qui montre que tout le monde peut être acteur en agissant différemment, en portant attention à l’autre, en évitant ces actions isolées a priori insignifiantes pour ceux qui les font, vient des jeunes », explique Alexandre Carré.

Une communication ciblée pour promouvoir le court-métrage

Pour le communicant, ce court-métrage conçu au départ pour servir de support de sensibilisation à Léo-Lagrange auprès des collégiens et des écoliers berjaliens, et pour promouvoir les CME/CMJ auprès des adolescents, mérite d’être largement connu. Le service com réalise un visuel de campagne reprenant une image d’Amel dans le court-métrage. « Nous avons lancé une campagne de communication ciblée pour appuyer la diffusion du film. Pour les jeunes : une campagne d’affichage dans les collèges, une campagne de publicité et des stories Instagram reprenant des exemples de messages haineux et la diffusion sponsorisée du film sur YouTube. Pour les parents : une campagne sur les 21 faces du réseau “sucettes” de la ville, la diffusion du film sur Facebook également. »

Un projet qui entre en résonance avec le phénomène « anti-2010 »

Ce projet a pris une résonance toute particulière avec le phénomène « anti-2010 » qui sévit depuis la rentrée dans les collèges partout en France, explique le service communication. « Les conscrits de 2010, actuellement en 6e, sont régulièrement pris pour cibles par les collégiens plus âgés qui leur reprochent leur année de naissance. La vidéo nous permet de sensibiliser au phénomène “anti-2010”, apparu à la rentrée scolaire de septembre, ce qui n’était pas prévu en mai 2021, à la genèse du projet. La ville a décidé d’accompagner la vidéo des jeunes collégiens d’une campagne d’affichage grand public et de sensibilisation sur Instagram avec une story faisant référence au hashtag #anti2010. »

L’effet Grand Prix ?

Le service com décide également de soumettre la campagne au Grand Prix Cap’Com 2021 dans la catégorie communication citoyenne. Sélectionnée parmi les 147 campagnes nominées, elle remporte l’adhésion du grand jury présidé par Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes de Radio France, qui a salué une campagne exemplaire.

Crédit photo : © Julien Mignot / Cap'Com

De g. à d. : Alexandre Carré, directeur de la communication de Bourgoin-Jallieu, Amel Ziane, membre du conseil d’enfants et de jeunes de la ville, Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes de Radio France et présidente du jury, Anaïs Cotenceau, chargée de mission citoyenneté, et Dorian Maillet, adjoint au maire chargé de la jeunesse et des associations.

La cérémonie de remise du Grand Prix en clôture du 33e Forum de la communication publique de Rennes a permis à près de 800 communicants publics de découvrir le court-métrage. Amel, entourée de toutes les parties prenantes de cette campagne, a recu le trophée des mains de la présidente du jury pro qui a souligné : « Elle porte admirablement le projet. » Tout comme le prix : la jeune fille a remis dès le lendemain à son tour le trophée au maire de la ville en ouverture du conseil municipal. Une séance au cours de laquelle Dorian Maillet, adjoint au maire chargé de la jeunesse et des associations, a invité les élus présents à découvrir le court-métrage et annoncé les temps forts à venir : « Le 17 décembre, l'ensemble des délégués de classe de Bourgoin-Jallieu seront invités à visionner ce court-métrage aux côtés de leurs professeurs, des directeurs de nos établissements scolaires, d'élus du territoire et de représentants d'institutions nationales telles l'Éducation nationale et la gendarmerie. Une table ronde sera ensuite organisée pour que nous puissions tous échanger sur les solutions possibles. »

En récompensant cette campagne, le jury du 33e Grand Prix de la communication publique a souhaité mettre un coup de projecteur sur cette démarche de communication menée pour et par les jeunes. « Elle mérite un écho national », a conclu la présidente du jury. Souhaitons-lui que ce trophée l'aide à obtenir la résonance nécessaire pour que l’effet papillon ne soit plus que vertueux.

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