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Le bulletin interne mutant et robuste

Publié le : 14 avril 2026 à 22:37
Dernière mise à jour : 16 avril 2026 à 15:43
Par Didier Rigaud-Dubaa

Donné régulièrement pour obsolète à l’ère du tout-numérique, le bulletin interne papier n’a pourtant pas dit son dernier mot. Bien au contraire. Les résultats de l’étude menée par Cap’Com au premier trimestre 2026, auprès de 190 professionnels de la communication interne, dessinent le portrait d’un support qui, loin de disparaître, se transforme et redéfinit sa place dans l’écosystème informationnel des collectivités.

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Depuis la crise sanitaire liée au Covid-19, un faisceau de signaux semblait pourtant annoncer son déclin : baisse des candidatures dans la catégorie « Publications internes » du Prix de la presse territoriale, interrogations croissantes sur la pertinence du papier, montée en puissance des outils digitaux. Le bulletin interne apparaissait alors comme un vestige d’un autre temps. Dix ans après la dernière étude de référence, le diagnostic mérite d’être nuancé.

Un support loin d’être marginal

Premier enseignement des résultats de l'étude 2026 présentés aux Rencontres nationales de la communication interne le 3 avril : le bulletin interne papier reste massivement utilisé. Près de 80 % des collectivités déclarent en publier un, un chiffre en progression de 7 points depuis 2016.

Plus significatif encore, seuls 6 % des répondants envisagent de le supprimer à court terme. Autrement dit, le papier ne résiste pas seulement : il s’inscrit dans la durée.

Cette résilience s’explique d’abord par une fonction que le numérique peine encore à remplir pleinement : garantir un accès équitable à l’information. Dans des organisations où tous les agents ne sont pas connectés, le support papier demeure un vecteur inclusif. Il assure une diffusion homogène et tangible de l’information interne, là où les outils digitaux peuvent creuser des inégalités d’accès.

Les indicateurs d’usage confirment cette utilité : les trois quarts des communicants estiment leur publication « lue », la moitié la juge indispensable et 60 % la considèrent comme stratégique. Des résultats qui traduisent une reconnaissance professionnelle claire, bien au-delà d’un simple attachement symbolique au papier.

La presse interne des collectivités publiques

Toujours présent mais avec un repositionnement éditorial

Mais cette pérennité ne doit rien à l’immobilisme. Le bulletin interne a profondément évolué, notamment dans son positionnement éditorial. Confronté à la réactivité des outils numériques – intranet, messagerie, infolettres –, il a progressivement abandonné le terrain de l’actualité immédiate.

Le glissement de périodicité est à cet égard révélateur : la fréquence mensuelle recule fortement au profit d’éditions trimestrielles.

Ce changement traduit un repositionnement stratégique clair : au flux informationnel du digital, le bulletin oppose désormais le temps long. Contenus de fond, pédagogie, valorisation des métiers et des agents, portraits, décryptages… Le bulletin interne s’apparente de plus en plus à un objet éditorial « magazine », privilégiant la compréhension et le sens plutôt que la rapidité. Une évolution cohérente avec les attentes exprimées : 91 % des communicants l’utilisent pour valoriser les agents, 51 % pour renforcer le sentiment d’appartenance.

En creux, ses limites sont assumées : peu adapté à la remontée d’information et à la gestion de l’actualité chaude, il cède ce rôle aux outils digitaux. Une complémentarité des supports qui semble désormais intégrée dans les stratégies de communication interne.

Tout commence avec le nom

Nous avons demandé à une IA générative de dresser une petite typologie des titres, ceux-ci ne sont pas neutres, ils évoquent, suggèrent un type de contenu et doivent être en cohérence avec les objectifs du support d’information.

  • Les titres du lien et du collectif, qui renforcent le sentiment d’appartenance et de cohésion : Entre nous (le plus fréquent sur l’échantillon étudié), Trait d’union, Point commun
  • Les titres « informatifs », qui mettent en avant la fonction principale du bulletin, informer : Flash infos, Lettres d’infos, Info+
  • Les titres éditoriaux magazine, qui donnent une dimension éditoriale plus qualitative : Le Mag, Notre magazine, Écho Mag
  • Les titres conceptuels, fondés sur une idée, un concept : Grand Angle, Synapse, Accents
  • Les titres identitaires, qui renforcent l’ancrage local, l’identité territoriale : Le Cotentin et nous, Made in Petit-Quevilly
  • Les titres métaphoriques fondés sur une image structurante : Équipage, Sur le pont, Interval
  • Les titres avec des jeux de mots : C tout com, Com’Unique
  • Et enfin les marques médias, déclinaison d’un même titre pour les différents médias internes, comme Issy le Mag et Issy Connect.

L’étude met également en lumière une forte stabilité des formats et des contenus. Avec une pagination moyenne de 14 pages – en légère hausse – et des modes de diffusion inchangés, 43 % sont laissés en dépôt sur les différents sites de travail, 38 % remis avec le bulletin de salaire, 17 % diffusés par les managers, 10 % envoyés par la poste au domicile des agents et, enfin, 9 % par courrier interne nominatif.

En plus du personnel, les publications internes sont essentiellement diffusées aux élus (61 %) et pour 42 % aux agents en arrêt « longue maladie ».

Les élus sont très peu présents

Pour moins de 20 % des publications internes, les élus et/ou le cabinet interviennent aux différentes étapes de validation, chemin de fer, textes… Pour les comités de rédaction, quand ils existent, pour seulement 10 % c’est avec la présence d’au moins un élu. La presse interne des collectivités est véritablement le domaine des trois directions impliquées dans la communication interne, la DGS, la DRH et la dircom.

Dans 85 % des bulletins internes, l’élu ne signe pas l’éditorial

Le chiffre est identique à celui de l’étude de 2016 : 63 % des publications internes ont systématiquement un éditorial, et celui-ci est signé pour 50 % par le ou la DGS et pour 25 % par un ou une élu·e. Le contenu éditorial a peu évolué, on retrouve les mêmes rubriques et dans les mêmes proportions :

  • 90 % des bulletins internes disposent d’une rubrique actualité des services,
  • 87 % une rubrique infos RH,
  • 76 % une rubrique mouvements du personnel,
  • 74 % le portrait d’un agent,
  • 68 % une rubrique présentation d’un service (la communication interne, n’attendez pas x numéros pour vous présenter, commencez même par vous afin que votre lectorat puisse vous identifier et savoir qui « se cache » derrière ce support),
  • 49 % une rubrique pour l’information des associations du personnel,
  • 36 % une rubrique prévention, hygiène, sécurité,
  • 31 % une rubrique « bien-être au travail » (trois fois plus qu’en 2016, on en parle plus mais est-ce que pour autant il est effectif ?),
  • 16 % une rubrique jeux,
  • 15 % l’annonce des postes à pourvoir (4 % en 2016).

95 % des bulletins internes ne disposent pas d’une rubrique d’expression des représentations syndicales (90 % en 2016). Cette expression existe très souvent par voie classique, affichage, flyers mais aussi sur les intranets.

Enfin, le bulletin interne s’inscrit désormais dans un environnement hybride. Quasiment toutes les publications sont accessibles via l’intranet, principalement en PDF ou en version feuilletable. Pourtant, les formats enrichis restent très minoritaires.

Ce constat interroge : si le papier a su redéfinir son rôle, sa déclinaison numérique semble encore en retrait. L’enjeu n’est plus seulement de diffuser le bulletin en ligne, mais d’en repenser les usages dans un écosystème digital plus interactif.

Un outil qui change de statut

Au terme de cette analyse, une conclusion s’impose : le bulletin interne papier n’est ni un survivant ni un vestige. Il est devenu un outil spécialisé, complémentaire, qui a su trouver sa place dans une stratégie multicanale.

Moins réactif mais plus incarné, moins fréquent mais plus approfondi, il s’éloigne du modèle du journal d’information pour se rapprocher de celui d’un média interne de référence. Une évolution qui, loin de signer son déclin, pourrait bien constituer la clé de sa longévité.

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