Crues et inondations : les communicants publics tiennent bon la barre
Les services communication ont travaillé sans relâche pendant les deux semaines de crues qui ont durement touché l'ouest de la France en février. Présents aux cellules de crise, prêts à rédiger des posts 24h/24, à accueillir la presse et à répondre aux attentes de la population, ils ont sans regarder la montre joué la carte de la solidarité. Ils sortent de cet événement (malheureusement récurrent) avec une passion intacte pour leur métier, constatant encore une fois que, en cas de coup dur... la parole publique reste une valeur refuge pour les habitants. Rencontre avec 4 héros ordinaires qui nous font gagner en verticalité.
« Ici, nous avons une culture de la crue et les anciens ne s'affolent pas, ils en ont vu d'autres, notamment la fameuse de 1995 », raconte Fabrice Villechien, directeur de la communication des Ponts-de-Cé, dans le Maine-et-Loire. Avec 75 % de son territoire en zone inondable, cette commune de 13 000 habitants a été en première ligne. Mais aujourd'hui, avec l'application Vigicrues, il est désormais possible de savoir 48 heures à l'avance ce qui va se passer, permettant ainsi d'anticiper. « Pour la communication, nous avons misé à fond sur le numérique avec une mise à jour ultra-fiable des infos sur nos réseaux sociaux. L'application communale a également été très utile pour envoyer des pushs ciblés aux habitants des quartiers les plus touchés. Il y a une quinzaine d'années, dans la même situation, on faisait encore des communiqués de presse, alors que là, on informe directement les gens et en temps réel », constate Fabrice Villechien.
L'anticipation, clé de la réussite
En Anjou, l’inondation est survenue au début des vacances scolaires. Mais fort heureusement, Angers Loire Métropole avait en amont mis en place une première cellule de vigilance avec les représentants des 29 communes de l'agglo (319 000 habitants), le département, et activé le plan communal de sauvegarde (PCL). Pour rappel, ce document, désormais obligatoire, concerne la planification des actions à suivre en gestion de crise à l'échelle communale, puisque le maire assure la fonction de directeur des opérations de secours (DOS). « Quand la Maine a débordé, nous avons mis en place une réunion tous les matins avec la mairie, la métropole, le département, la préfecture. La presse était également présente », explique François Lemoulant, directeur de la communication de la ville d'Angers et d'Angers Loire Métropole. La bascule ? « Elle s'est produite quand on a vu les lignes de tramway dans l'eau et les berges volontairement inondées. Mais heureusement tout était prévu grâce au jumeau numérique, qui a considérablement contribué à réduire la casse. »
Le jumeau numérique
Lancé il y a cinq ans dans le programme « Territoire intelligent », le jumeau numérique matérialise en 3D l'ensemble des 29 communes d’Angers Loire Métropole. À partir de données historiques ou prévisionnelles, notamment de la Direction départementale des territoires de Maine-et-Loire et du réseau Vigicrues, il permet d'élaborer les plans d’intervention pour la sécurité de la population. Il matérialise, entre autres, les routes coupées par la montée des eaux, les ponts inaccessibles et les trémies routières submergées. « Grâce au jumeau numérique, tout s'est très bien déroulé, sans aucune zone d'ombre », résume François Lemoulant qui, côté com, avoue avoir tout misé sur les réseaux sociaux, avec notamment une cartographie des événements en temps réel.
Repères
- Un quart des Français sont exposés au risque inondation par débordement de cours d’eau ou submersion marine. Source : ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche.
- Plus de 70 % des communes françaises ont déjà été déclarées en état de catastrophe naturelle pour ruissellement et coulées de boue. Source : Caisse centrale de réassurance.
- Plus de 18 000 communes françaises sont couvertes par un programme d’actions de prévention des inondations (PAPI). Source : Géorisques.
Tous sur le pont
Le 21 février à Angers, la Maine passe le cap des 6,40 mètres. La ville ferme alors 50 sites et une ligne de tramway, réquisitionne deux gymnases et évacue un Ehpad. Pas moins de 4 kilomètres de planches en bois et 3 600 parpaings sont distribués par la municipalité pour aménager des passerelles et protéger les biens des habitants. La réserve communale de sécurité civile est activée, et les agents de la ville et de la communauté urbaine mobilisés pour porter assistance aux riverains.
« Là, on était clairement dans l'urgence. C'était genre “Dans trois heures, on ferme telle route ou tel pont”. Au total, 200 techniciens étaient sur le terrain pour vérifier les 4 800 kilomètres de routes départementales du 49. Heureusement, nous avions fait un exercice de simulation en avril 2025 concernant la neige, mais le concept reste le même et il nous a été particulièrement utile », explique Clémence Neau, chargée de communication au département du Maine-et-Loire.
Les temps forts
L'inondation volontaire des berges à Angers reste le temps fort qui a le plus marqué Clémence Neau. Lors du passage en vigilance rouge, il a en effet été décidé d'inonder les voies sur berges afin de contrer la poussée de la Maine qui risquait d'emporter la structure.
Le coup de gueule de Clémence Neau ? Les badauds qui viennent prendre des photos. Et son coup de cœur, ce sont les 68 agents du département s'étant portés volontaires auprès des maires des communes du département, afin de venir en aide aux sinistrés. Son collègue des Ponts-de-Cé, Fabrice Villechien, a lui aussi été impressionné par l'énorme solidarité.
« Des agents se sont proposés pour assurer les permanences de notre centre d'accueil (gymnase pour accueil des sinistrés). Des habitants sont venus spontanément nettoyer les rues. Et des jeunes de l'association Unicité (service civique) ont organisé gratuitement un clean day. C'est très réconfortant. »
Direction Biscarrosse
Entre les tempêtes, le feu, les inondations et l'érosion, les problèmes s'accumulent à Biscarrosse. Et comme à chaque épisode de crise, le service communication est bien évidemment sur le pont. L’un des épisodes les plus impressionnants reste l'effondrement de 20 mètres de dune sur la plage centrale avec sa promenade en enrobé, dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2026. « Nous le savions puisque nous avions interdit l'accès à la plage et au chemin côtier. Mais ça reste un choc. Le dimanche matin, j'ai reçu un appel du dircab et, dans la foulée, la com a publié des consignes de sécurité sur les réseaux sociaux de la ville et des notifications pour notre application mobile (7 000 abonnés pour une population de 13 000 habitants). Nous avons également ouvert une foire aux questions sur le site de la mairie », explique Emmanuelle Doaré, responsable communication à la mairie de Biscarrosse.
Une vraie solidarité
En vingt et un ans de service, elle en a vu des crises (le feu ayant été le plus traumatisant) et au fil des années la ville a gagné en efficacité. Comme à chaque épisode, le service communication a travaillé en lien étroit avec la direction générale, qui coordonne et pilote l’ensemble des services mobilisés. « Des points quotidiens ont permis de partager l’évolution de la situation avec une vraie cohésion. Pas simplement entre les agents de la ville, mais avec les pompiers, le service des eaux, la radio locale Fréquence Grands Lacs très écoutée ici... Tout le monde l'a joué collectif, avec un vrai sens de la solidarité. J'aimerais que ce soit tout le temps comme ça et pas seulement en cas de coup dur », confie Emmanuelle Doaré. Aujourd'hui, le travail du service communication se poursuit avec l’accompagnement à la réouverture progressive des plages. Pas une mince affaire. Car l'été pointe son nez avec, à l'horizon, l'arrivée de 100 000 touristes.
Le plus dur ?
Ils sont unanimes à répondre : les médias. « Ils arrivent tous en même temps, veulent une interview du maire à telle heure, des images, des témoignages. Je peux dire que le service public, notamment France Inter, a été beaucoup plus compréhensif que ses collègues du privé. S'est ajoutée la visite de trois ministres avec des consignes de sécurité énormes. C'est important bien sûr, mais quand on est débordé, c'est difficile de tout gérer », résume Fabrice Villechien.
Le petit truc en plus
En période de crise, il faut agir vite. En d'autres termes, peu de temps pour les tergiversations et les problèmes d'ego. Il s'agit de tracer vite et bien. « Tout est pour tout de suite, ce qui accélère les process de validation. En conséquence, on y gagne en efficacité et en rapidité », témoigne Clémence Neau. Le gros point fort, c'est aussi l'anticipation aujourd'hui possible grâce à de nouveaux outils, tels que Vigicrues ou le jumeau numérique, permettant selon François Lemoulant de « garantir un service public+++ en jouant à fond la transparence ».
Une valeur refuge
Lors de cette épreuve, la communication semble avoir retrouvé ses lettres de noblesse, en restant une valeur refuge ; un peu comme si elle se dépouillait pour ne garder que son noyau dur, à savoir l'information. Une info fiable et terriblement efficace.
À savoir
Vigicrues, service public d’information sur les risques de crues en France, surveille les principaux cours d’eau et couvre 75 % de la population vivant en zone inondable.
Climadiag Commune, outil gratuit de Météo-France, propose un diagnostic climatique personnalisé pour chaque commune, avec des projections pour 2030, 2050 et 2100.