Faire la causette : la nouvelle stratégie de communication ?
À l’heure des réseaux sociaux et des stratégies digitales toujours plus sophistiquées, un phénomène discret interroge : la disparition des conversations informelles du quotidien. Et si le véritable enjeu des communicants publics était désormais de recréer… du dialogue simple ?
Par Anne-Caroline Poincaré, directrice de la communication de la ville du Chesnay-Rocquencourt, membre du Comité de pilotage de Cap'Com.
Dans une interview accordée au Parisien, le 22 mars 2026, Vincent Cocquebert, auteur de La Civilisation du cocon, décrit une transformation profonde de la société française : un repli progressif sur la sphère privée, amorcé dès les années 1980 et amplifié aujourd’hui.
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas seulement la faute des écrans. Ils accentuent un phénomène déjà présent :
- on préfère rester dans sa zone de confort,
- on évite les débats qui fâchent,
- on échange surtout avec des gens qui pensent comme nous.
Résultat : nous échangeons davantage… mais dialoguons moins. Les interactions deviennent choisies, filtrées, souvent homogènes. Et le « small talk » – ces échanges anodins qui fluidifient la vie sociale – disparaît peu à peu.
Je ne suis pas particulièrement fan du terme anglais « small talk », je lui préfère l’expression plus poétique « faire un brin de causette » ou dans le milieu professionnel « la discussion de cafét' ».
Toujours est-il que ces discussions informelles tendent à être perçues comme insignifiantes. Parler à un inconnu dans le train, au marché, discuter avec un voisin… c’est risquer de se faire prendre pour un fou. Et pourtant, l’auteur nous montre que ces échanges renforcent le bien-être individuel, réduisent le sentiment de solitude et développent l’empathie. Beau programme électoral, non ? D’autant plus que, lorsqu’on ne se parle pas, on devient méfiant, nombriliste et plus fragile.
Et si notre rôle était simplement de recréer des conversations ?
Alors, les communicants publics : quels moyens devons-nous mobiliser pour sortir des sentiers battus : information descendante, campagnes print et digitales et dispositifs participatifs formatés ? Comment créer les conditions de dialogue informel, ceux qui construisent la confiance ?
Lançons quelques idées :
- Des bancs, des places, des marchés, tous ces aménagements peuvent favoriser ou freiner les interactions : des espaces où l’on peut s’arrêter, tailler la bavette, observer… deviennent un support de communication oublié dans nos stratégies de communication.
- Les agents sur le terrain, les médiateurs, des dispositifs mobiles : la relation directe redevient centrale. Une conversation de quelques minutes peut parfois avoir plus d’impact qu’une campagne digitale.
- Les réunions publiques et concertations sont utiles – parfois légales – mais elles peinent à mobiliser. Aller vers des formats plus légers peut être une réponse : cafés citoyens délocalisés au plus près des habitants, stands sur les marchés, événements de quartier, afin de faciliter la parole et l’échange.
La quatrième idée… c’est la vôtre ! N’hésitez pas à la faire partager sur la liste de discussion de Cap’Com.
Notre métier évolue. Nous ne sommes plus là pour informer ou consulter. Nous devons recréer les conditions du lien. Nous devons penser à cette donnée dans nos plans de communication.
Finalement, le vrai outil de communication le plus sous-estimé… reste peut-être la parole. Et elle est gratuite.