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Open data : pourquoi et comment le communicant doit s'en saisir

Publié le : 9 octobre 2020 à 09:15
Dernière mise à jour : 15 octobre 2020 à 11:30
Par Armelle Gilliard

« Si vous laissez le sujet de l’open data aux mains des techniciens, il est fort probable que la rencontre avec les citoyens ne se fasse jamais ! » Aux dernières Rencontres nationales de la communication publique numérique, Armelle Gilliard a expliqué par le menu – celui du restaurant scolaire – pourquoi et comment le communicant doit se saisir des données publiques pour leur donner du sens.

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Armelle Gilliard est experte en open data et culture des données. Elle est intervenue aux 12es Rencontres nationales de la communication numérique.

Des données pour mieux informer les habitants

« Jamais ou pratiquement jamais, les citoyens ne sont en demande de données. L’open data est un sujet technique, c’est à la direction de l’informatique de s’en charger. Pourquoi les métiers de la communication iraient sur ces jouets pour geeks ? »

Vous avez déjà dû entendre ces propos. Si vous laissez le sujet de l’open data aux mains des techniciens (informaticiens, professionnels de l’information géographique, juristes), il est fort probable que la rencontre avec les citoyens ne se fasse jamais !

Admettons que vous ayez décidé de vous lancer dans la publication des menus de la restauration scolaire sous forme de données. Si vous n’êtes pas trop fâché avec les mathématiques et statistiques de niveau collège, en tant que professionnel de la communication, vous allez pouvoir faire parler ces données.
Vous allez explorer les données de la restauration scolaire et vous allez vous rendre compte qu’elles sont fidèles à la politique de vos élus : les légumes sont produits localement, il y a un effort sur le prix du repas, un travail est réalisé pour équilibrer les repas… Chemin faisant, vous serez peut-être séduit par le petit trésor sur lequel vous venez de mettre la main car les chiffres qui vous sont livrés sont très parlants. Dans certains cas, les chiffres peuvent même s’avérer trop parlants et des axes d’amélioration vous titilleront suffisamment pour aller informer les élus : le poireau est présent un repas sur deux, c’est peut-être un peu trop ; les allergènes devraient être mentionnés et il y a un risque à ne pas les afficher, votre territoire est producteur de pommes de terre et vous les achetez à un fournisseur hors de la France…

Éditorialiser les données

Les élus vous apprécient parce que vous savez apporter des éclairages sur les avenirs possibles de la diffusion ou non de certaines informations. C’est moins la préoccupation de votre collègue informaticien. Mais surtout votre collègue informaticien connaît peu les publics. Vous savez que, sur votre territoire, il y a une association militante qui va lire les données sous un angle « bilan carbone » ou « tarif du repas » ou « défense des producteurs locaux » et vous connaissez les capacités de votre presse locale à s’enflammer ou citer en exemple un sujet. Ainsi, vous saurez comment amener les informations qui participeront à valoriser telle ou telle démarche de votre collectivité.
Bref, vous avez votre jeu de données et vous le présentez dans un contenu éditorial. Vous pouvez avoir ce rôle éditorial pour chaque jeu de données. Soit une implication basique dans une démarche de données ouvertes.

Utiliser les données dans une application

Vous pouvez aussi vous lancer dans l’acquisition d’une application dédiée aux menus scolaires. Ce type de projet est souvent à l’initiative de la direction qui gère les dimensions financières des repas. Elle voit dans cette famille d’application des démarches administratives simplifiées. Vous, en tant que professionnel de la communication, vous y verrez un lien plus efficace avec les familles : alerter sur les grèves, informer sur les bonnes pratiques de la restauration scolaire, annoncer le programme de la Semaine du goût ou des chiffres encourageants sur le gaspillage alimentaire… Par ce canal, vous pouvez également donner des nouvelles du conseil municipal et de ses décisions prises en matière de restauration scolaire. Inutile de rappeler que l’appropriation par les usagers d’une telle application ne peut se faire sans l’expertise de la direction de la communication.

L'application « Qui dit miam ! » donne accès aux menus des cantines scolaires de Toulouse à partir des données publiques de la collectivité.

Animer la rencontre des données avec les citoyens

Une dernière option serait d’animer la rencontre des données avec vos citoyens. Cela peut se faire sous forme d’ateliers à l’occasion d’une concertation, un débat, une réunion publique, des recueils d’avis, d’acculturation aux données (culture des données ou datalittéracie)… Il existe de nombreuses formes pédagogiques pour faire ce type d’intervention. Par exemple, un datasprint participe à la découverte des données d’Open Food Facts (base de données mondiale des produits alimentaires), travaux sur la qualité des données… Les effets de levier de ce type d’animations sont reconnus pour favoriser la créativité, la collaboration, les questionnements tout en développant des habiletés numériques et critiques. Quoi de mieux pour construire collectivement un savoir autour de la question explorée à travers un ou des jeux de données !

De la donnée au storytelling

Si les chiffres que vous avez fait apparaître mobilisent vos élus, cela devient plus intéressant. Admettons que votre élu demande aux services qu’un effort soit fait pour diminuer les kilomètres parcourus par les aliments de la restauration scolaire. Si tout se passe bien, au bout de 12 à 24 mois, il aura été trouvé des producteurs locaux, les marchés auront été passés et vous publierez un bel article dans le journal municipal. Ce storytelling sera très certainement le point de départ pour que d’autres producteurs locaux se fassent connaître et soient associés à la démarche.

Identifier les services les plus à même de porter la transformation numérique par les « data »

Dans toutes les publications réussies de données ouvertes, on retrouve ces mêmes ingrédients. Cela peut se résumer par ce schéma :

Autrement dit, tant que votre projet open data n’a pas coordonné les compétences des uns et des autres (élus, communicants, techniciens, médiateur) dans l'intention de servir une cause ou un public, le projet open data ne sera qu’un amas de chiffres bien organisés dans des colonnes et des lignes. L’open data n’est pas un projet technique, toutefois, comme on a pu le voir, aucun service en particulier n’est légitime pour piloter une telle démarche. Plus précisément, les services qui sont les plus à même de porter la transformation numérique par les « data » seront ceux qui lui donneront du sens : direction de la communication, direction de la participation, valorisation des archives, direction des transitions (énergétique, durable…), direction de la qualité, observatoires…

Un projet open data est un cocktail de gestion du patrimoine des données, de choix politiques, de rencontres avec les communautés de son territoire, d’opportunismes. Les belles histoires racontées serviront de liants entre les différentes parties prenantes.

Des liens pour faire de la veille sur l'open data :

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