Et après ? (ou la position délicate du communicant public au lendemain des élections)
Premier tour, premiers résultats. Pour la grande majorité des communes, il est déjà temps de préparer l’installation des nouveaux élus. Pour les communicants publics, le vrai travail commence ou plutôt recommence, autrement. Et pour beaucoup, aux côtés d’une équipe d’élus totalement renouvelée dont les velléités sur la communication ne sont pas forcément claires.
Par Reynald Tuillet, responsable communication de la ville d'Arâches-la-Frasse.
Préparer l'accueil : un moment clé souvent sous-estimé
Avant même que ne débute le travail stratégique, il y a un moment concret, symbolique et organisationnel : l'installation du nouveau conseil municipal. Les services généraux et la communication y jouent un rôle de premier plan, souvent invisible mais essentiel. Préparer la salle du conseil, organiser la « cérémonie » d'installation, anticiper les besoins protocolaires, produire les supports de communication pour marquer cet événement fondateur du nouveau mandat.
Pour le communicant public, ce moment est aussi une première occasion de se présenter à la nouvelle équipe sous son meilleur jour : disponible, organisé, professionnel. C'est le premier geste d'une relation qui se construira sur la durée. Un accueil réussi, c'est aussi un message adressé aux nouveaux élus : les services sont là, compétents, et prêts à vous accompagner.
Transmettre, même dans l'incertitude
La première mission en période post-électorale est de garantir la continuité. Peu importe qui arrive aux commandes, il faut que le service Communication puisse remettre des éléments factuels et constructifs aux nouveaux décideurs : la stratégie de communication en cours, des bilans de production, des statistiques des réseaux sociaux et du site web, la liste des prestataires, les chartes graphiques, les procédures internes... Tout doit être clair et traçable.
Mais derrière cette transmission se cache une réalité plus trouble. On ne connaît pas les priorités de la nouvelle équipe et les orientations souhaitées pour le service Commmunication. Et, mine de rien, cette incertitude peut peser lourd sur les épaules de ceux qui sont en place.
S'adapter sans se renier
L'arrivée des nouveaux élus implique généralement un repositionnement stratégique. Nouvelle ligne éditoriale dans les supports, nouveaux thèmes, peut-être une refonte de la charte graphique... Le communicant doit être à la fois souple et solide : adapter sans tout casser, réorienter sans perdre la cohérence institutionnelle. Être pédagogue. Proposer des outils. Rassurer. Vulgariser. Un rôle d'accompagnateur qui demande autant d'intelligence émotionnelle que de compétences techniques.
Les premiers mois sont souvent intenses, souvent exigeants, parfois désorganisés. Le communicant public doit jongler entre les urgences du quotidien et la réflexion stratégique à plus long terme, tout en construisant une relation de confiance avec des élus qui ne le connaissent pas encore et qui, parfois, ne mesurent pas encore l'étendue de ce que représente réellement son métier.
L'inquiétude légitime du communicant public
C'est peut-être là que réside la vraie fragilité de cette période : et moi, dans tout ça, quelle est ma place dans ce nouveau mandat ? La relation avec les nouveaux élus sera-t-elle fondée sur la confiance et l'alignement ? Aurai-je l'énergie d'un nouveau cycle ? Ces questions sont saines, légitimes, et souvent tues par peur de paraître fragile ou peu engagé. Pourtant, elles révèlent la réalité d'un métier qui s'exerce au carrefour du politique et de l'institutionnel, exposé aux brutaux changements de cap, aux reconfigurations de service et aux arbitrages budgétaires.
Rester ? Évoluer ? Partir ? Trois options que le communicant doit envisager lucidement et sans crainte pour sa carrière. Rester si, par exemple, les orientations permettent d'envisager l'avenir sereinement, avec confiance et des moyens dimensionnés au regard des objectifs fixés. Évoluer si le nouveau mandat ouvre des opportunités de montée en compétences ou de spécialisation. Partir si les orientations sont incompatibles avec ses convictions, si la pression et le rythme deviennent ingérables, si la reconnaissance et les moyens ne sont pas au rendez-vous.
La période électorale se termine donc. Mais pour beaucoup de communicants publics, la période de l'incertitude, elle, ne fait que commencer.