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Étude « état d’esprit » : la grande lucidité des communicants publics

Publié le : 1 mars 2026 à 23:40
Dernière mise à jour : 5 mars 2026 à 15:43
Par Yves Charmont

À la veille des élections municipales et intercommunales de 2026, la troisième vague de l'étude barométrique « L'état d'esprit des responsables de communication publique » révèle une profession ni désabusée ni triomphante, mais profondément lucide sur son rôle et ses limites. Les communicants publics ne se racontent pas d’histoires : ils croient en leur métier, mais savent qu’il ne peut pas tout. Des résultats qui ouvrent des perspectives concernant les coopérations internes, un positionnement des communicants plus « métier » et une réception citoyenne renforcée.

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Troisième édition d’un baromètre désormais installé, l’étude « L'état d'esprit des responsables de communication publique » 2026, réalisée par Occurrence et Cap’Com, confirme une tendance déjà perceptible lors des précédentes vagues : la communication publique territoriale entre dans une phase de maturité. Sans euphorie, ni décrochage, mais avec une forme d’équilibre entre engagement professionnel et conscience aiguë du contexte politique, démocratique et budgétaire. Car, si les responsables de communication publique partagent largement le pessimisme ambiant sur l’évolution du pays, ils continuent paradoxalement de croire à leur capacité d’action… à leur échelle.

Ni désenchantés ni naïfs : les communicants publics entrent dans l’âge de la lucidité professionnelle.

Baromètre « L'état d'esprit des responsables de communication publique »

Étude Cap’Com réalisée par Occurrence.

  • Enquête en ligne menée du 17 janvier au 20 février 2026.
  • 309 directrices, directeurs ou responsables de communication publique interrogés.
  • Plus de 80 % issus de collectivités territoriales.
  • Questionnaire de 41 questions.
  • Troisième étude après les vagues 2022 et 2024.
  • Niveau de confiance statistique : 95 %.

La lecture de ces réponses des responsables de la communication publique locale en France (merci encore aux répondantes et aux répondants) fait apparaître trois points saillants.

  • Une pression continue sur les arbitrages budgétaires et les capacités d’innovation dans un contexte bousculé par l’IA. Dans ce contexte, les communicants cherchent des leviers de performance, de crédibilité et de soutenabilité du métier.
  • Leur fonction, plus stratégique et experte, nécessite plus de coordination, de priorisation et de coopération face aux tensions politiques ou médiatiques, et à la baisse de moral des agents.
  • On observe une polarisation entre un ressenti sans illusion sur la matière qu’ils traitent comme sur les rapports sociaux, et des ressorts positifs avec une confiance dans leur action locale (mais pessimistes sur l’évolution au niveau national) et, sans doute, une forme de vocation qui percole dans cette étude.

Pour Pierre Chavonnet, d’Occurrence : « Dans cette logique, un consensus se dégage en faveur d’un renforcement de l’action publique locale, et la fin de mandature apparaît comme un moment critique pour construire un récit de preuves, rendre compte, démontrer l’utilité et préparer un prochain cycle plus lisible. »

Une profession traversée par une ambivalence assumée

Premier enseignement : l’état d’esprit des communicants publics reste profondément contrasté. La lassitude arrive en tête des sentiments exprimés (44 %), devant l’enthousiasme (34 %) et la confiance (25 %). La méfiance fait un bond de 8 points en deux ans. Au total, 73 % des répondants citent au moins un sentiment négatif, contre 54 % évoquant un ressenti positif. Une tension déjà observée en 2024, mais qui s’affirme davantage aujourd’hui.

Le pessimisme est national. L’optimisme reste territorial.

Cette fatigue n’est pourtant pas professionnelle. Elle est contextuelle. Lorsqu’ils portent un regard sur la situation politique, économique ou internationale, seuls 3 % des communicants se disent optimistes. En revanche, 62 % restent confiants quant à la situation de leur propre organisme ou collectivité. Le pessimisme est national et l’optimisme reste territorial. Le local continue donc d’agir comme un amortisseur.

Des moyens sous pression, une fonction toujours plus complexe

Comme lors des précédentes vagues, la fonction communication poursuit sa transformation structurelle. 88 % des répondants estiment que leur métier s’est complexifié, un niveau quasi identique à 2024. Dans cette question, sur le regard des communicants sur l’évolution de la fonction de responsable com, on note une vraie stabilité des scores : plusieurs indicateurs sont inchangés sur deux ans, ce qui valide la robustesse de l'étude.

Mais d’autres points varient : diversification des missions, exposition politique accrue, multiplication des canaux, arrivée de l’intelligence artificielle : une tendance lourde se confirme et met sous pression la fonction de responsable com en collectivité locale, plus experte, plus stratège mais ayant besoin d’un cadre renforcé. Deux ans après la précédente édition, et quelques mois avant un nouveau cycle électoral local, le baromètre « L'état d’esprit des communicants publics 2026 » apporte davantage qu’une mesure d’ambiance : il documente une transformation silencieuse du métier. Car, derrière les chiffres se dessine une évolution profonde déjà mise en lumière par la « Radioscopie des communicants publics » publiée récemment par Cap’Com : celle d’une profession sortie du doute existentiel pour entrer dans une phase de consolidation. Les communicants publics ne cherchent plus à prouver qu’ils sont utiles. Ils cherchent désormais à agir efficacement dans un environnement devenu plus incertain. Car les marges de manœuvre se resserrent. Les moyens humains et budgétaires apparaissent globalement stables ou en légère baisse, avec plus de diminutions et de frugalité. Un signal moins conjoncturel que structurel : après plusieurs années de rattrapage, la communication entre dans une phase de stabilisation contrainte.

Cependant, le signal le plus marquant concerne l’interne. 60 % des communicants constatent une dégradation du moral des agents au cours des deux dernières années. Une donnée forte, qui éclaire l’importance croissante des enjeux de communication interne dans les organisations publiques.

Une légitimité locale solide… et un décrochage national persistant

Le contraste majeur du baromètre tient au niveau auquel s’exerce la communication publique. À l’échelle locale, les résultats demeurent remarquablement stables :

  • 87 % estiment que la communication externe renforce la crédibilité de leur organisme (mais 57 % en ce qui concerne la com interne) ;
  • 81 % jugent que la communication territoriale accompagne efficacement l’action publique locale.

Deux ans après, les proportions évoluent à peine et confirment une perception durable. À l’inverse, la communication publique nationale continue de décrocher. Seuls 31 à 34 % des répondants considèrent qu’elle remplit correctement son rôle d’accompagnement et de légitimation de l’action publique.

Les responsables de la compublique locale portent sur la compublique nationale le même regard critique que l’opinion.

Fait notable : cette défiance n’émane pas seulement des citoyens (voir le dernier baromètre de la com locale) mais des communicants publics eux-mêmes car ils portent sur la compublique nationale le même regard critique que l’opinion. Près de 7 répondants sur 10 jugent que la communication publique nationale ne remplit pas bien son rôle : 66 % estiment qu’elle n’accompagne pas suffisamment l’action publique, et 69 % qu’elle ne contribue pas assez à en renforcer durablement la légitimité et la crédibilité.

Une confiance intacte dans le métier… mais en recul

Autre évolution significative : la confiance dans l’avenir de la communication publique demeure majoritaire (75 %), mais recule fortement, avec une baisse de 16 points par rapport à la vague précédente. Un mouvement rare pour des indicateurs d’opinion habituellement lents à évoluer. La confiance subsiste, mais elle se concentre désormais dans un « plutôt confiant » massif – signe d’un optimisme prudent davantage que d’une conviction forte. La profession ne doute pas de son utilité. Elle doute davantage de l’environnement dans lequel elle agit.

Désinformation, IA, crise démocratique : les nouvelles lignes de risque

Les menaces identifiées par les communicants publics dessinent clairement le paysage à venir.
Arrivent en tête :

  • la désinformation,
  • la crise démocratique,
  • la manipulation de l’information,
  • les tensions budgétaires,
  • et désormais l’intelligence artificielle, dont la perception de risque progresse nettement.

Ces préoccupations traduisent moins une inquiétude technologique qu’un enjeu de crédibilité : comment continuer à produire une parole publique audible dans un espace informationnel fragmenté ? C'est là que des pistes positives apparaissent dans la question qui suit, avec une entrée en milieu de tableau des questions d'éthique et une expression franche concernant l'évolution de la fonction communication qui monte en tête des propositions. Par contre, les crises ont laissé des traces (confiance dans la parole publique et capacité de réaction).

Fin de mandat : l’heure du récit de preuves

À l’aube des élections municipales et intercommunales de 2026, l’étude apporte un éclairage instructif sur une profession qui sait se tenir à distance de l’objet qu’elle traite. Les communicants publics jugent positivement le rôle de la communication… mais beaucoup plus sévèrement l’impact réel des politiques publiques.
Interrogés sur la capacité du mandat à améliorer significativement la vie des habitants, ils attribuent une note moyenne de 6,9/10, avec seulement 6 % estimant l’amélioration forte. Le bilan apparaît donc honorable, mais rarement transformateur. Autrement dit : la communication peut expliquer, valoriser, rendre lisible – mais elle ne peut pas compenser les limites structurelles à l’action publique, les barrières administratives ou techniques qui diffèrent, voire réduisent son impact, les problèmes de temporalité, mais aussi les mauvais choix, le manque de coopération, les hésitations. Cette lucidité constitue sans doute l’un des enseignements majeurs de cette troisième vague. Ce que décrit bien Coralie Kacy d’Occurrence : « Une distinction nette s’installe entre la qualité de la communication et la portée réelle des politiques publiques. »

Si l’on devait soustraire ceux qui estiment faible l’amélioration (32%) de la vie des habitants de ceux qui la jugent forte (6%), on obtiendrait un score « NPS » de - 26 (pour Net Promoter Score, une méthode conçue pour évaluer la satisfaction client).

Une profession moins dépendante du politique qu’on ne le croit

Contrairement à certaines représentations, l’approche des échéances électorales ne génère pas d’inquiétude particulière chez les communicants. Ils ne se déclarent ni plus anxieux pour leur avenir professionnel, ni plus pessimistes que lors des vagues précédentes.

La communication publique territoriale apparaît aujourd’hui comme un point d’appui stable dans un environnement démocratique instable.

Au contraire, le baromètre montre une profession capable de distance critique : engagée dans l’action publique sans confusion avec l’action politique. La communication publique territoriale apparaît aujourd’hui comme un point d’appui stable dans un environnement démocratique instable. Une maturité qui marque peut-être l’entrée de la communication publique territoriale dans un nouveau cycle. Celui d’un métier désormais installé, stratégique, mais conscient de ses limites.

Ce que l’on peut en retenir

• Baisse de la confiance dans l'avenir de la communication publique (– 16 points).
• Fonction communication : toujours plus complexe (pour 88 % des répondants) mais aussi plus riche et plus stratégique.
• Évolution des moyens : les collectivités augmentent moins leurs budgets com (– 12%) ; la plupart (soit 80 %) sont stables ou en baisse.
• Moral des agents : 60 % des répondants signalent une détérioration sur les deux dernières années.
• Crédibilité : communication territoriale locale perçue comme la plus légitime (mairies en tête) ; communication nationale jugée faiblement légitime (~ 34 %).
• Risques perçus (en hausse) : désinformation, manipulation de l'information, crise démocratique, IA et tensions budgétaires.

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