Une presse territoriale moins institutionnelle
À travers l'analyse du panel des candidats au Prix de la presse et de l'information territoriales 2026, zoom sur les nouvelles pratiques qui transforment la presse papier pour rendre l'information locale plus percutante et fiable.
Les pros de la compublique se sont penchés sur les publications candidates à l'occasion du jury pro du 28e Prix de la presse et de l’information territoriales. C’est leur regard attentif qui nous permet aujourd'hui de faire émerger les points saillants de la presse territoriale en 2026.
Le 23 juin, découvrez en ligne et en direct le palmarès du Prix de la presse et de l'information territoriales 2026, et affinez votre veille. Rendez-vous de 11 h à 12 h 30 pour la révélation des lauréats lors d'un webinaire en ligne et ouvert à tous.
Les intercos s'émancipent
La sélection 2026 du Prix de la presse parle d’elle-même. Les regroupements de communes (communautés de communes, communautés d’agglomérations) représentent cinq des six nommés de la catégorie « Iconographie et conception graphique ». Et c’est une bonne chose. L’identité intercommunale s’affirme, l’accent est mis sur l'émancipation de ces EPCI, qui se positionnent désormais comme des marques de territoire cohérentes et qui ne ressentent plus le besoin de citer systématiquement chacune des communes membres.
Oubliez les longs dossiers poussiéreux sur les déchets ! Les thématiques restent les mêmes, en vertu des compétences des intercommunalités, mais la mise en récit est tout autre. La lumière est faite sur la complémentarité des services, sur les nouvelles dynamiques de territoires et sur les forces brutes qu'il abrite. Le tout de manière ludique, intégrant des jeux, des infographies, des contenus augmentés, des témoignages. Il s'agit de rendre réel et attachant un environnement de vie que les habitants connaissent, mais dont ils ne se saisissent pas tout à fait au quotidien.
Ouvrir les pages de vos magazines d’intercos, c'est ouvrir le champ des possibles en matière de mutualisation des savoir-être et savoir-vivre.
Le pari est donc fait de mettre en avant le vivre-ensemble en abordant les thématiques des transports, de l’environnement, de l’éducation. Et l’on peut dire qu’on en a bien besoin dans ces temps où l’individualisme semble régner en maître. Ouvrir les pages de vos magazines d’intercos, c'est ouvrir le champ des possibles en matière de mutualisation des savoir-être et savoir-vivre.
Mélagues, le plus petit des Petits Poucets
Chaque année, la catégorie des « Petits Poucets » met à l'honneur les publications territoriales des communes de moins de 10 000 habitants. Cette année, la plus petite collectivité candidate était Mélagues, petite bourgade aveyronnaise, dénombrant 53 habitants. La Lettre qui leur est dédiée est rédigée par le maire lui-même. Merci pour votre candidature !
S'emparer des sujets de société
Au-delà des intercommunalités, c’est toute la communication publique qui bascule vers ce modèle plus humain et moins « information institutionnelle ». Est-ce un effet secondaire de la mise en récit des territoires ? Est-ce une prise de conscience du pouvoir de l'action locale ? Une chose est sûre, nous remarquons un fort essor des contenus sociétaux, moins centrés sur les actus institutionnelles, marquant un recul de la communication institutionnelle « froide ». Les candidatures à la Plume d’or en sont le parfait exemple.
Cette année, de nombreuses collectivités se servent de ce format d’article portrait pour mettre en avant les femmes de leur territoire, en sensibilisant aux violences qui leur sont faites, en retraçant des parcours de vie. C’est le cas de l’agglomération Pornic Pays de Retz, qui propose le témoignage anonyme d’une victime en reconstruction dans son dossier « Si je reste j’y laisse ma peau ». La ville de Tours décide quant à elle de consacrer sa double page au portrait d’Anita Traoré, qui aborde le sujet tabou mais crucial de l’excision. En laissant ainsi la parole aux concernées, les témoignages sonnent plus juste, résonnent plus fort. Des compléments d’information sont parfois disponibles, relayant les numéros utiles ou liant les compétences de la collectivité.
Des tranches de vie plus simples sont également partagées avec justesse à travers la plume des journalistes territoriaux. L’occasion de mettre en lumière des citoyens exemplaires, œuvrant pour la collectivité ou s’investissant dans la vie locale. Comme une inspiration pour ceux qui trouveront ces mots, pour célébrer la richesse humaine plutôt que l'événementiel institutionnel.
Passer du « Je » au « Nous »
À l’instar d’un journal interne, la presse territoriale trouve sa source dans les forces brutes du territoire qu’elle représente : il ne s’agit plus de parler de soi, mais de parler de nous. Une commune (par exemple) n’est pas qu'institution politique. Une commune est aussi Res publica (chose publique) : c’est l’ensemble des habitants, de leurs expériences et de leur chemin de vie qui la constitue.
Les supports d’information que les communicants mettent en place pour informer au sujet de cette Res publica se doivent donc de parler à chacun. Ce n’est pas nouveau, c’est ce qui constitue le cœur du métier de communicant et de ses problématiques.
Mais alors, dans la continuité de la mise en récit évoquée ci-dessus, cette saisie de sujets sociétaux remet au cœur de la réflexion le rôle d’information, de sensibilisation de la presse territoriale et plus largement des collectivités. La confiance en l’information de proximité est maximale en matière de média. Selon le Baromètre 2026 de La Croix / Verian / La Poste, « 77 % des Français souhaiteraient que les journalistes s’intéressent davantage à la vie des Français et 74 % attendent des sujets en lien avec leurs préoccupations quotidiennes ». C’est une opportunité à saisir en matière de presse territoriale ! Qui de mieux que les communicants et journalistes du territoire pour parler de la vie quotidienne des usagers ? C’est le moment pour la presse des collectivités de se positionner comme un acteur fiable et majeur de l’information de proximité.
L'art délicat de l'édito en période préélectorale
Nous l’évoquions précédemment, les candidatures à l’édition 2026 du Prix de la presse et de l’information territoriales ont été impactées par le contexte politique et les élections municipales notamment. Cette approche des échéances électorales a inspiré des pratiques pour le moins hétéroclites en matière de communication réglementée.
Les membres du jury ont ainsi pu observer des interprétations parfois surprenantes de la loi en matière de communication en période préélectorale. Ici, un édito laissé volontairement blanc mais arborant fièrement la signature du maire ; là, un édito fleuve de deux pages qui ressemble fort à une annonce de candidature...
Entre prudence extrême et audace flirtant avec la limite, ces choix témoignent de la difficulté pour les communicants de naviguer dans les eaux troubles de la période préélectorale tout en maintenant un lien direct avec les administrés.
Des maquettes libérées ?
Après avoir abordé le fond, intéressons-nous maintenant à la forme. Attention, puristes du chemin de fer : asseyez-vous ! Quelques collectivités ont cette année créé la surprise… en proposant des maquettes « amovibles ». C’est le cas pour Bordeaux Métropole, qui privilégie des formats inspirés du journalisme de solutions, avec une structure souple permettant d'intégrer des récits positifs et des portraits incarnés plutôt que des rubriques thématiques rigides.
Choix parfaitement assumé et argumenté par la fluctuation des contenus éditoriaux, la communauté de communes de Volvestre propose même une maquette mouvante, interchangeant ainsi les rubriques, avec parfois même un nombre de pages variant d’un numéro à l’autre, selon les sujets à couvrir (bien évidemment toujours dans le respect de la règle du multiple de quatre).
Toutefois, est-ce que cela n’est pas au détriment de la lecture ? Nous pouvons en effet imaginer qu’il soit plus difficile pour le lecteur de s’y retrouver. Envolvestre propose, pour contrer cette perte de repère, un sommaire fil rouge présent sur chaque page du magazine, comme une jauge d’avancée.
Attention toutefois, cet assouplissement du chemin de fer n’est pas devenu la norme, mais il est important de noter que c’est la première année que plusieurs candidats optent pour cette façon de faire.
Cette liberté prise inspirera peut-être de nouvelles pratiques, se proposant comme une réponse possible pour une meilleure agilité de l’écosystème d’information de la collectivité, pour un renforcement de la stratégie plurimédia.