« Ça va finir en stickers sur Snap » : quand nos étudiants ne veulent plus être photographiés
Voilà, en une phrase, un des nouveaux casse-tête des communicants universitaires : comment incarner un établissement quand ses étudiants craignent pour leur image ?
Par Mary Mackay, responsable communication et événementiel à l’IUT Nord Franche-Comté, université Marie & Louis Pasteur, membre du Comité de pilotage de Cap'Com.
Récemment, j’étais sur un événement que l’université organise en cette période de rentrée : le festival « Bienvenue aux étudiants ». Ouvert à tous, il est pensé à la fois sur le mode festif – Color Campus, DJ set… – et comme un concentré de bons plans, avec des partenaires présents pour faciliter l’intégration des étudiants. Un moment joyeux, qui reflète la bonne humeur et le plaisir d’entamer une nouvelle année.
Pour couvrir l’événement, nous nous étions organisés en interne : prises de vues photo, vidéo, présence sur le temps presse… Un photographe professionnel était également de la partie. Et nous voilà partis en quête du spot idéal, du bon angle, de sourires et d’un soupçon d’originalité.
Bon, soyons francs, le débrief de milieu de shooting a été sans appel : jamais nous n’avions essuyé autant de refus de la part d’étudiants sollicités pour être photographiés. Que ce soit individuellement ou en groupe.
Simple coïncidence ou tendance de fond ?
C’est une discussion que nous avons pu partager sur le groupe WhatsApp des responsables communication des IUT de France : « Comment faire la promotion de nos formations sans nos étudiants pour les représenter ? » Nous faisons face à un paradoxe, notamment sur les réseaux sociaux.
Une collègue se confiait à nous face à une demande massive de retrait de publications sur Instagram. Elle nous disait récemment : « Nous sommes à trois semaines de la rentrée et j’ai reçu en septembre l’équivalent de toutes les demandes que j’ai eues en onze ans de présence ici. » À surveiller. Car si certains d’entre nous pensent qu’il s’agit d’un effet de mode lié à la rentrée universitaire, d’autres y voient le début (ou le risque) d’une épidémie, largement alimentée par l’IA et ses recommandations que les étudiants vont chercher.
Nos lignes éditoriales sont centrées sur les coulisses de la vie de l’établissement et sur le quotidien des étudiants. L’incarnation est ici un véritable gage d’authenticité. Un bachelier et ses parents veulent voir du vrai pour être rassurés, pour se projeter et pour venir chez nous plutôt qu’ailleurs. Mais comment faire lorsque les étudiants en place craignent pour leur image ? Pas nécessairement en raison d’un mauvais usage par l’institution, mais à cause du risque de détournement par des personnes malveillantes – ou simplement par un humour déplacé. Les réseaux sociaux sont déjà suffisamment difficiles à alimenter et à faire prospérer, nous rencontrons maintenant une difficulté supplémentaire.
Pour Kamila, se faire photographier, c’est clairement non : « Une fois qu'elle est sur internet, je n’ai plus la main sur mon image. Et j’ai peur qu’elle soit détournée par quelqu’un de malveillant ou par l’IA. » On touche là à une crainte légitime, alimentée par la propagation à vitesse grand V des contenus inappropriés et par la difficulté à faire valoir ses droits sur internet.
Léo résume la crainte qui se cache derrière, avec une formule plus lapidaire : « Ça va finir en stickers sur Snap. » Pour faire rire ou pour faire mal, selon les intentions.
Agathe, à l’inverse, me dit : « Cela ne me dérange pas que l’on voie mon image sur les réseaux sociaux officiels. Je suis d’accord pour valoriser l’IUT. » Merci Agathe, je vais te faire signer une cession de droits d’exclusivité pour pouvoir couvrir les besoins des années à venir !
Demain, des images d’étudiants générées par IA ?
Le droit à l’image est clair : une personne identifiable peut s’opposer à la diffusion de son image et demander son retrait. Le fait qu’une photographie ait été prise dans un lieu public ne suffit pas à autoriser sa publication sur un site ou un réseau social. Bien sûr, nous faisons signer les autorisations nécessaires. Mais, pour les communicants, le problème ne se résume pas à une question juridique. Il touche à la confiance. Même lorsqu’une autorisation a été donnée, les étudiants savent qu’une image publiée leur échappe en partie.
Alors, faut-il renoncer aux photos d’étudiants ? Certainement pas. Mais il faudra peut-être diversifier les façons d’incarner nos établissements : davantage de témoignages choisis, de formats où les étudiants gardent la maîtrise de leur intervention, de prises de vues moins identifiantes, plus de détails, de gestes, de scènes de vie et de contenus produits dans un cadre clairement défini.
Et puis il y a cette question, un peu vertigineuse : « Allons-nous nous mettre à créer des profils générés par IA à partir de notre propre fonds photo ? » Ce serait un comble. Mais peut-être y viendrons-nous.