Communiquer contre le protoxyde d’azote
Le protoxyde d’azote, nouveau fléau qui touche les jeunes. Les conséquences de l’inhalation de ce gaz hilarant sont dramatiques. Comment informer et prévenir ? Gouvernement et collectivités locales élaborent des campagnes de communication qui accompagnent souvent des mesures de restriction des usages.
Les intoxications liées au protoxyde d’azote se multiplient. La majorité des cas correspond à des usages répétés sur plus d’un an et 10 % concernent des mineurs. « Le protoxyde d’azote est devenu un fléau pour nos jeunes », explique le gouvernement, qui s’attaque à la consommation de ce produit utilisé normalement en cuisine ou en médecine. Mais cette drogue, bon marché, est aujourd’hui le deuxième produit le plus testé par les jeunes, après le cannabis. Or ce gaz attaque le système nerveux, affaiblit les facultés cognitives et peut tuer. Trop de jeunes en consomment sans en connaître les conséquences et dangers.
Le projet de loi Ripost prévoit de faire de l’inhalation de protoxyde d’azote hors cadre médical un délit passible d’emprisonnement et d’amende, et de punir la conduite sous son emprise. Cette réponse pénale s’accompagne d’une campagne de communication lancée le 7 avril sur les réseaux sociaux et, depuis le 12 avril, d'un film diffusé sur TF1, France Télévisions, M6 et sur les différentes plateformes digitales (TF1+, M6 replay, France TV replay, Prime vidéo).
Le principe de la campagne est simple : montrer en quelques secondes l'avant/l'après, le lien direct entre la consommation et ses conséquences. À l'écran, des scènes devenues banales de moments festifs où le protoxyde circule : un ballon coloré. Une inhalation. Et la couleur de ce ballon devient le filtre par lequel la réalité explose : paralysie, incontinence, impuissance sexuelle, condamnations pénales, et accident de la route. L’usage détourné du protoxyde d'azote, inhalé avant ou pendant la conduite, tue sur les routes. Le film, diffusé avec la Sécurité routière – et disponible en plusieurs formats – a souhaité rappeler que la conduite sous protoxyde est tout simplement impossible.
S’adresser à l’opinion publique ou aux jeunes
Cette campagne de prévention, qui vise à changer le regard des jeunes sur ce gaz dramatique et à faire évoluer leur comportement, montre sans filtre les dangers et dommages irréversibles causés par l’inhalation de ce gaz. « Les jeunes, en voyant cette campagne, doivent prendre conscience qu’ils mettent leur vie, leur avenir et la vie d’autrui en danger. Au-delà de la répression, ce qui fera que la consommation diminuera, c’est cette prise de conscience », explique le gouvernement.
Pour de nombreux experts, ces campagnes institutionnelles parlent davantage à l’opinion publique qu’aux personnes concernées. En ce sens, elles servent surtout à accompagner dans l’opinion publique le projet de loi répressif, mais ont un impact limité sur les comportements. Pourtant, des collectivités locales et des organismes sanitaires et sociaux ont, ces dernières années, conduit des actions de communication pour tenter d’endiguer les usages.
ARS Hauts-de-France et Île-de-France : « Le proto, c'est trop risqué d'en rire »
Constatant une augmentation de la prise en charge des jeunes dans les services d’urgence pour cause d’inhalation de « proto » ou « gaz hilarant », les Agences régionales de santé (ARS) Hauts-de-France et Île-de-France se sont associées en 2024 pour sensibiliser les jeunes aux risques liés à la consommation du protoxyde d’azote. Le dispositif s’est appuyé sur des films digitaux et des spots audio – adaptés au langage et aux usages de la cible jeune – ainsi que sur une stratégie d’influence. Un partenariat original avec Jamy Gourmaud, vulgarisateur scientifique, a eu pour effet de toucher directement les jeunes de manière pédagogique. Une campagne primée au Grand Prix de la communication 2024 de Cap’Com.
Tours : « Arrête le proto, ça t'éclate le cerveau »
Après avoir pris un arrêté pour interdire l'usage du gaz hilarant sur son territoire, la ville de Tours a mis en place une campagne de sensibilisation pour alerter les jeunes sur les risques pour leur santé. Déclinée dans les quartiers durant l’été 2025, la campagne s'adresse, bien sûr, aux jeunes, mais aussi aux parents qui, bien souvent, ignorent tout de ce produit.
Ville des Lilas : « Le proto t’éclate pour de vrai ! »
La ville des Lilas a décliné une série d’affiches avec le slogan « Le proto t’éclate pour de vrai ! » portant sur chacun des risques majeurs pour les consommateurs. La campagne veut responsabiliser celles et ceux qui seraient tentés par ce produit en montrant clairement les effets que son absorption peut entraîner.
Échirolles : « Le gaz hilarant, c'est pas marrant »
C’est depuis 2020 que la ville d’Échirolles a tenté de sensibiliser les jeunes et leurs familles aux risques liés au protoxyde d’azote. La première campagne de sensibilisation reposait sur une plaquette qui rappelait les dangers, les interdictions et les contacts à joindre en cas de besoin. La plaquette a été mise à disposition dans les Espaces jeunes et les Maisons des habitants et a servi aux agents des services prévention et à la police municipale comme support au dialogue à la sortie des collèges et lycées.
Stains : « #LOL qui en rit en meurt »
La ville de Stains a lancé une campagne de communication sur les dangers de la consommation de protoxyde d’azote en avril 2025. Une initiative qui s’est accompagnée de la mobilisation des équipes sur le sujet, et qui fut relayée dans le magazine de la ville en espérant que cette campagne de sensibilisation « fera prendre conscience des dangers ». Le visuel choc, renvoyant à la conséquence extrême de cet usage, vise à dramatiser le sujet.
Aulnay-sous-Bois : « Le délire qui paralyse »
Depuis l’été 2019, la ville d’Aulnay-sous-Bois alertait les pouvoirs publics sur les dangers du protoxyde d’azote. À l’occasion de la rentrée 2020, une nouvelle campagne de prévention à l’attention des enfants, des jeunes et de leurs parents est développée. Cette campagne d’affichage et de sessions de prévention auprès des publics scolaires s’insérait, selon la ville, dans un contexte d’évolution des habitudes des plus jeunes.
Des affiches conçues par des collégiens à Valenciennes
Ce sont les élèves de 4e G du collège Saint Jean-Baptiste de La Salle à Valenciennes qui ont travaillé en 2025 sur des affiches de prévention contre le protoxyde d’azote. Dans le cadre du cours de physique-chimie, ce gaz a été étudié dans son usage médical en tant qu’anesthésiant et antalgique, ou comme carburant pour les fusées. Une occasion pour prévenir les jeunes qui l’utilisent en tant que « drogue ». Les affiches ont été exposées dans l’établissement.