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Face à la défiance généralisée, le défi de l’écoute et de l’action

Publié le : 14 septembre 2026 à 17:38
Dernière mise à jour : 17 septembre 2026 à 14:38
Par Aude Ristat

Entre chocs successifs, peurs de l'été 2026 et crise de l'exécutif, 82 % des Français se disent pessimistes pour l'avenir. Intervenant devant le Comité de pilotage élargi de Cap’Com, Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l’Ifop, décrypte les ressorts de cette défiance. Il présente un paysage fracturé où la proximité devient un levier pour retisser le lien citoyen.

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La société française reste plongée dans un profond climat de défiance à quelques mois de l’élection présidentielle. Ce constat, partagé par Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’Ifop, lors du Comité de pilotage élargi de Cap’Com du 11 septembre, s’appuie sur une série d'enquêtes qualitatives et quantitatives dont les données révèlent un malaise structurel. Au cœur de cette analyse, un chiffre marquant issu d'un indicateur historique : aujourd’hui, 82 % des Français se déclarent pessimistes lorsqu’ils pensent à leur avenir et à celui de leurs enfants. Ce niveau record de négativité concerne désormais l'ensemble des catégories socioprofessionnelles, touchant jusqu'aux catégories habituellement enclines à se projeter positivement comme les jeunes, les personnes diplômées, les ménages à hauts revenus, etc. En cause ? Un sentiment d’instabilité permanente alimenté par une succession d'épreuves. Lorsque les citoyens sont invités à décrire la trajectoire de la France sur les quinze dernières années, les termes de choc, de rupture et de brutalité prédominent.

Au fil d’une décennie marquée par les attentats terroristes, la crise des gilets jaunes, la crise sanitaire du Covid-19, puis la stagnation du pouvoir d'achat et la crise de l’énergie sur fond de guerre en Ukraine, la défiance n’a cessé de s’accroître au sein de la population française. Elle s’est aussi intensifiée depuis juin 2024 avec la dissolution de l’Assemblée nationale et la paralysie parlementaire qui en a découlé.

Pour Frédéric Dabi, ce choc ultime a vitrifié pour longtemps la défiance envers la politique nationale, désormais perçue à travers le filtre de l’inaction. Il souligne que cette « éclipse du politique » traduit une double crise. Celle du résultat, car le pouvoir ne semble plus en mesure de transformer le quotidien. Celle de l'écoute, ravivée par les souvenirs des grands arbitrages non concertés, depuis le référendum de 2005 jusqu'à la réforme des retraites, en passant par les gilets jaunes.

Climat, sécurité, pouvoir d’achat, des préoccupations qui s’intensifient

Dans ce contexte déjà compliqué, l’été 2026 aura été rude pour le moral des Français avec les épisodes de canicule et les incendies à répétition. L'actualité politique et législative alourdit encore ce climat, entre l'abandon de la loi sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans et les hésitations autour du texte sur la fin de vie. Les problématiques climat ont bondi de 17 points entre janvier et août dans les priorités citoyennes. D’autres sujets évoluent et s’imposent également, comme le pouvoir d’achat et l’insécurité. L'inflation n'a jamais été aussi haute. L'injustice ressentie ne porte plus aujourd’hui sur le manque d'emploi (le chômage a reculé dans les statistiques pour tomber à la 13ᵉ place des préoccupations), mais sur le sentiment d'avoir un travail mal rémunéré face à une inflation persistante. La question sécuritaire a également pris une dimension inédite. Première motivation de vote lors des dernières municipales, elle s'accompagne désormais d'une forte crainte face au narcotrafic, un terme autrefois réservé aux fictions et désormais intégré au vocabulaire quotidien des habitants comme des élus locaux.

Un besoin de proximité, d’écoute et d’action

La crainte d'une élection tronquée, à cause d'une offre politique hypertrophiée ou de l'impact des crises internationales, nourrit l'inquiétude d'un nouveau décrochage civique. D’autant plus que, face à l’effritement de leurs repères, les citoyens qui cherchent des acteurs de confiance se tournent plutôt vers le maire et l'entreprise. L'élu local demeure le recours privilégié par sa présence sur le terrain, même s’il est désormais exposé à des exigences citoyennes de plus en plus lourdes et à un risque d'épuisement. De son côté, le monde économique, et tout particulièrement le tissu des TPE et PME, bénéficie d'un niveau de confiance inédit. L'entreprise est désormais investie d'attentes sociétales et de santé publique majeures (prévention des maladies, actions pour le climat, égalité femmes-hommes).

Quels enseignements peut-on en tirer pour la communication publique ? La place de la dette dans le choix pour la prochaine élection, l'impact de la désinformation, des médias d'opinion et des nouveaux médias mais aussi l'usage de l'IA pour l'aide à la décision ont été les préoccupations exprimées par les participants à ce Comité de pilotage élargi. Toutes interrogent la notion de confiance. Les réponses de Frédéric Dabi soulignent l'importance de repositionner la relation citoyenne comme priorité. Car, si le maire et les acteurs de proximité parviennent encore à incarner une confiance fragile, c’est avant tout par leur capacité à écouter, expliquer et rendre compte des résultats concrets. La communication publique n'arrive pas en bout de chaîne comme un simple outil d'information, mais comme le pivot de cet ancrage local. La manière dont les institutions locales et territoriales s'adressent aux habitants devient déterminante pour éviter le sentiment d'abandon.

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