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Multicrises : quand la communication publique ouvre d’autres perspectives que le récit anxiogène

Publié le : 16 avril 2026 à 07:07
Dernière mise à jour : 16 avril 2026 à 15:04
Par Elsa Pradier Dimicoli

Alors que l’actualité médiatique privilégie souvent le spectaculaire et le négatif, une autre manière d’informer et de communiquer émerge, plus proche du terrain et des solutions. À travers ses outils et sa proximité avec les citoyens, la communication publique locale peut participer à ce renouveau.

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Par Elsa Pradier Dimicoli, rédactrice en chef d'Intercommunalités de France, membre du Comité de pilotage de Cap'Com.

Guerre, inflation, crise politique, faits divers sordides… Les informations auxquelles nous sommes exposés semblent de plus en plus anxiogènes. Sans nier l’accumulation des crises ni leurs conséquences très concrètes sur nos vies, il est éclairant de constater le penchant désormais assumé des médias pour des angles toujours plus agressifs et clivants.

La rentabilité de l’information anxiogène

La montée en puissance des réseaux sociaux comme source d’information a profondément bouleversé les codes. Selon l’Arcom, ils constituent aujourd’hui la première source d’information pour la moitié des moins de 25 ans et pour 1 Français sur 5. Dans cet environnement, capter l’attention impose de susciter l’émotion et, à ce jeu-là, l’information anxiogène l’emporte souvent.

La guerre s’invite régulièrement à la une, tandis que la hausse des prix ou les catastrophes climatiques occupent le reste de l’espace médiatique. La logique de la course aux vues valorise le danger et la menace : la crise attire davantage que sa résolution. Depuis le décompte quotidien des morts durant la pandémie de Covid-19, un seuil semble avoir été franchi dans cette mise en avant permanente du risque.

1 Français sur 2 fatigué de l’information

Face à cela, une part croissante de la population exprime une forme de lassitude. La Fondation Jean-Jaurès, dans une étude menée avec l’ObSoCo et Arte en 2024, met en évidence une véritable « fatigue informationnelle ». 1 Français sur 2 se dit aujourd’hui fatigué par l’information, et, parmi les plus exposés, 73 % déclarent ressentir stress, anxiété ou déprime.

Or l’information devrait constituer un pilier de notre capacité à comprendre, choisir et agir. Elle tend pourtant, pour beaucoup, à provoquer repli sur soi et perte de repères. Sans minimiser l’ampleur des bouleversements en cours, une question s’impose : quelle place l’information et la communication publiques doivent-elles occuper dans cette période de transition ?

Les auteurs du rapport « L’exode informationnel » (2024), Sébastien Boulonne, Guénaëlle Gault et David Medioni, estiment que « l’information peine aujourd’hui à jouer son rôle civique ». Dans un contexte où 76 % des Français jugent que la démocratie fonctionne mal (baromètre Cevipof 2026), un sursaut apparaît nécessaire : il s’agit de redonner aux citoyens des clés de compréhension du monde et de retisser un lien de confiance avec l’information.

Miser sur l’hyperproximité et les solutions de terrain

Dans ce contexte, la communication et l’information publiques locales ont un rôle particulier à jouer. Elles bénéficient d’un niveau de confiance élevé, régulièrement confirmé par les enquêtes d’opinion. Les supports locaux (magazines municipaux, sites internet, campagnes) restent des repères essentiels pour comprendre son territoire et ses évolutions.

En misant sur l’hyperproximité et en partant des réalités concrètes des habitants, le journalisme dit « de solutions » propose un regard différent, propice à une meilleure compréhension et à la formation d’une opinion éclairée. Ce pas de côté face à l’emballement anxiogène est porté par plusieurs acteurs, dont l’ONG Reporters d’Espoirs, pionnière en la matière. Son directeur, Gilles Vanderpooten, co-auteur avec Stéphane Hessel d'Engagez-vous, décrit ainsi cette dynamique : « Partout dans le monde, depuis une quinzaine d’années, des journalistes et de nouveaux médias construisent des récits qui rendent compte de la complexité du réel, mais aussi de sa résilience et de sa créativité, afin de susciter l’envie d’agir. »

En s’appuyant sur cette approche, la communication publique peut pleinement contribuer au réengagement des citoyens. Il ne s’agit ni de céder à un optimisme naïf ni de nier les difficultés, mais bien de renouer avec la complexité du réel pour restaurer la confiance.

En partant du quotidien, l’information et la communication publiques locales peuvent proposer des clés de lecture différentes de celles du traitement médiatique dominant. Décrypter et expliquer les choix d’un projet municipal permet de redonner du sens à l’action publique. Financement des fournitures scolaires, réaménagement des espaces publics face au changement climatique, promotion des comportements civiques… ces récits concrets invitent les habitants à se réapproprier le collectif.

Au-delà de leur fonction explicative, la communication et l’information publiques contribuent à nourrir un sentiment d’appartenance. Dans une société marquée par l’individualisation, elles peuvent renforcer la fierté de faire partie d’un territoire et valoriser l’engagement des citoyens. À travers la diversité de leurs canaux, elles participent à replacer l’habitant au cœur de la cité. Elles lui permettent d’inviter à l’action. Rénovation urbaine, budgets participatifs, développement d’équipements publics, promotion des pratiques sportives et associatives : autant d’initiatives qui recréent du lien et redonnent du sens à l’engagement.

Car, au fond, telle est la vocation du service public de la communication parfois mal connu mais pourtant essentiel : reconnecter les citoyens à la chose publique. Une mission qui, aujourd’hui plus que jamais, apparaît indispensable.

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