Quels ont été les usages de l’IA lors des élections municipales ?
Les élections municipales de mars 2026 ont été marquées par un recours massif à l’intelligence artificielle générative. Une note de recherche du Cevipof tente de cerner les multiples usages et de percevoir les avantages comme les risques.
L’IA dans les élections municipales 2026 : des usages qui appellent un regard nuancé – Note de recherche du Cevipof (Sciences Po – CNRS). Collection Municipales 2026, n° 9, avril 2026. Auteur : Antoine Marie, chercheur postdoctoral.
Nombreux sont les candidats aux municipales de mars 2026 qui ont su utiliser l’IA générative. Les usages ont été multiples, selon le Cevipof.
L’utilisation la plus commune fut la consultation des grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT, Claude AI, Gemini ou Le Chat, pour chercher des idées et alimenter les programmes politiques. De même, la génération d'affiches et de visuels s’est rapidement répandue.
Les chatbots programmatiques reposant sur des LLM représentent une innovation plus substantielle utile pour impliquer des populations habituellement éloignées du débat politique, comme les jeunes.
Les podcasts automatisés illustrent une troisième catégorie d'usages.
Ces pratiques ont participé à la démocratisation des outils de communication politique et permettent l’élargissement de leur impact. Elles réduisent l'avantage dont disposaient traditionnellement les candidats les mieux dotés financièrement. En ce sens, elles ont favorisé l’information politique. Les élections municipales ont vu, pour la première fois en France, un nombre significatif d’électeurs, environ 1 sur 6, faire appel à l’IA conversationnelle pour déterminer leur choix de vote, d’après une étude Toluna – Harris Interactive.
Deepfakes visuels
Toutefois, certaines dérives ne sont pas sans risques pour le débat public. Les municipales ont vu se développer les deepfakes visuels, images synthétiques diffamatoires anonymes, ou images et vidéos synthétiques utilisées pour illustrer des arguments politiques. Le recours à l’IA générative pour créer des représentations visuelles archétypiques de phénomènes, comme l’insécurité, fragilise la notion de preuve en alimentant un climat de défiance susceptible de peser sur la participation citoyenne.
Mais c’est surtout l'utilisation de l'IA générative pour amplifier artificiellement certains messages ou créer l'illusion de mouvements d'opinion spontanés que relève l’étude du Cevipof. L’amplification artificielle de contenus via des réseaux de bots se trouve considérablement facilitée par l’IA qui offre sans limite des capacités à générer des contenus variés et crédibles à grande échelle.
Les faits communs
La conclusion de l’étude reste toutefois nuancée. La majorité des citoyens continue de s'informer principalement via des sources établies et fiables, précise l’auteur. L'offre de désinformation n'augmente pas mécaniquement la demande, même si l’accès croissant aux informations via les timelines des réseaux sociaux, plutôt que via les visites directes, crée une vulnérabilité accrue en exposant davantage les utilisateurs à des contenus potentiellement non vérifiés circulant dans leurs réseaux. Pour le Cevipof, « les capacités de synthèse de ces outils sont remarquables et pourraient contribuer à réduire certains effets délétères du fractionnement des sources médiatiques et de la polarisation des croyances qui en résulte, en facilitant l’établissement de faits communs ».
Ingérences russes
Des ingérences dans les élections municipales émanant de la Russie et de ses relais ont été révélées. De faux sites d’information régionale sont apparus, créés de toutes pièces pour imiter des médias déjà existants en s’appuyant sur le crédit et la confiance qu'engendrent ces marques en termes d'information. Ces opérations visent à fragmenter l’opinion publique française, éroder la confiance dans les institutions démocratiques, et nuire à la réputation de candidats pro-européens.
Image d'illustration générée avec ChatGPT