Assistants numériques : quels outils d'IA pour le communicant public ?
Comment utiliser l'IA pour enrichir son travail de communicant au quotidien ? Comment s'y retrouver parmi tous les outils disponibles et adopter ceux qui peuvent nous assister efficacement dans nos tâches ? Zoom sur cinq cas d'usages concrets d'outils d'IA dans nos métiers et sur quelques repères pour bien les choisir et s'en servir.
Retour sur les interventions de Daniel Bô, CEO de l'institut d'études QualiQuanti, et de Noémie Buffault, cofondatrice de Leksi, lors de l'atelier « Choisir ses assistants numériques : l’IA de service public » animé par Jean-Charles Lallouet, directeur adjoint de la communication de la ville et agglomération de Saint-Nazaire, au Forum Cap'Com d'Angers.
Article rédigé avec l'aide du compte-rendu de Mathis Percheron, étudiant en master 2 communication publique et démocratie participative à l'université de Lille.
5 cas d'usage pour le communicant
En s'appuyant sur les retours d'expériences des communicants lors de formations sur l'IA générative, Noémie Buffault relève les cinq principaux cas d'usage métier testés et approuvés dans les services com.
1. Dompter les documents complexes
Nous connaissons tous ces rapports interminables, plans stratégiques, etc. Avec ce premier cas d'usage, nous voyons comment NotebookLM, outil gratuit de Google, peut être utilisé pour décortiquer par exemple le plan climat de Nantes Métropole. Ce qui est impressionnant avec cet outil, c'est sa fiabilité. Il ne va pas inventer des informations. Imaginez un peu, nous lui donnons un rapport de 200 pages et hop, il en tire une foire aux questions très précise. Encore mieux, il peut générer un résumé audio, créer des cartes mentales pour visualiser les idées clés et même nous aider à préparer un point presse en anticipant les questions probables des journalistes. Le tout dans des fichiers exportables que l'on peut éventuellement mettre sur un site internet.
2. Créer des personae avec un GPT sur mesure
C'est une expérience qui a été menée par François Guillôme, responsable de la communication de la ville de Nantes et de Nantes Métropole. Un GPT, pour faire simple, c'est une version personnalisée créée avec ChatGPT (version payante). Le communicant nantais s'est créé à la main son propre GPT, pour qu'il soit les personae, les cibles de communication de tout son dispositif d'information – site web, newsletter, média print et réseaux sociaux – et pouvoir ainsi, en quelque sorte, discuter avec ses publics cibles. Le GPT demande un paramétrage et est nourri avec de vraies études qualitatives pour créer des profils types, comme « Sylvie, une automobiliste ». Nous pouvons ensuite lui soumettre des brouillons de communication et voir comment Sylvie pourrait réagir. L’idée ici est de donner vie aux personnages. Mais, attention, il y a une limite très importante à connaître. L'IA va toujours broder une réponse. Elle est programmée pour ça et est incapable de dire « je ne sais pas ». Il est donc crucial de garder cela en tête, sans quoi nous prêtons au public des réactions qui risquent fort de ne pas être les siennes !
3. Vaincre la page blanche
Troisième cas d'usage lui aussi fondé sur la création d'un GPT personnalisé : générer rapidement des premières versions de scripts vidéo, notamment pour les réseaux sociaux. L’objectif n'est pas du tout de remplacer la créativité humaine mais plutôt de la stimuler... en quelque sorte le remède parfait contre le syndrome de la page blanche en proposant une première version d'un script ! Mais cela soulève une question stratégique très intéressante, qui a été pointée lors de notre conférence : pourquoi est-ce que l’on automatiserait la partie de notre travail que l’on préfère ? Le choix de l'outil, finalement, c'est aussi un choix sur la nature de notre métier.
4. Benchmarker
Quatrième application, le benchmark pour trouver de l'inspiration, rebondir en réunion de brainstorming avant de lancer une campagne, un dispositif de com, un plan d'action... Pour cet usage, pas besoin d'un GPT personnalisé. « Aujourd'hui un prompt bien rédigé est capable de livrer un benchmark de qualité. Mais c'est une recherche complexe qui déclenche une recherche approfondie extrêmement énergivore », souligne Noémie Buffault. Pour cette requête un peu complexe, on utilise une syntaxe de plus en plus connue : rôle-contexte-tâche. D'abord, nous expliquons à l'IA qui elle doit être, comme : « Tu es un planneur stratégique. » Ensuite, on lui donne le contexte. Et enfin, on décrit très précisément la tâche qu'on attend d’elle.
5. Piloter la gestion de projet
Cinquième cas d’usage, plus généraliste, mais très utile : la planification, la coordination des parties prenantes, le budget, bref, la gestion de projet. Et là-dessus, des outils comme Mistral ou ChatGPT peuvent être de véritables alliés. Ces assistants IA peuvent par exemple vous fournir un tableau de pilotage budgétaire pour un projet sur la base de plusieurs devis, établir un rétroplanning à partir d'une liste livrable et de date butoir. Ils peuvent même analyser votre rétroplanning déjà établi, par exemple pour la parution du prochain magazine, pour y repérer les points de friction potentiels. Un vrai gain de temps !
Des repères pour choisir ses assistants IA
Au-delà de ces cas d'usage, comment le communicant peut-il s'y prendre pour bien choisir parmi les outils IA ? Daniel Bô conseille d'abord d'avoir une palette d'outils et de les essayer en ayant en tête que les IA sont plus ou moins froides ou chaudes. L’IA froide est strictement littérale, factuelle. Claude, par exemple, formule sa réponse en s'en tenant à ce qu'on lui donne. Un outil idéal donc pour des résumés factuels ou pour analyser des retranscriptions... L’IA chaude est créative, elle va avoir tendance à ajouter de l'info, à extrapoler, parfois même à inventer un peu. ChatGPT va ainsi souvent inventer des réponses, ce qui peut être très utile pour un brainstorming ou pour une première version de script.
Pour Noémie Buffault, multiplier les outils est aussi vertueux. Cela évite aussi de mettre tous ses œufs dans le même panier. Certains sont gratuits, d'autres payants. Et « quand c'est gratuit, c'est vous le produit ». Concrètement, les données injectées dans ChatGPT version gratuite sont utilisées pour entraîner les modèles. Les outils – ou les versions de ces outils – payants promettent que ce n'est pas le cas. Mais ils sont imparfaits avec parfois des failles de sécurité. Noémie Buffault distingue les différentes familles d'IA :
- les généralistes comme ChatGPT ou Mistral ;
- les spécialistes comme les outils de génération d'images, Noota pour la transcription, ou DeepL pour la traduction. Pour certaines tâches, ces outils seront moins énergivores car optimisés pour cette seule tâche ;
- les outils d'automatisation comme Zapier ou Make, qui permettent à des outils d'IA de dialoguer entre eux et d'aller jusqu'à effectuer la tâche : réserver un billet d'avion, trier les mails, etc. ;
- et enfin, les RAG (Retrieval Augmented Generation), des outils d'IA fermés qui tournent uniquement sur les données d’une organisation, comme Delibia, ou Pleia. Des outils potentiellement plus vertueux et plus sécurisés pour les collectivités.
Quelques conseils pour un usage responsable de ces outils d'IA
Derrière le choix des bons outils d'IA pour enrichir et optimiser son travail de communicant, se pose effectivement la question de la philosophie d’usage. Comment intégrer l'IA de manière stratégique et responsable ? Noémie Buffault et Daniel Bô nous ont fait partager plusieurs conseils.
- S'informer pour comprendre les nombreux impacts de l'IA sur l'environnement, l'information, la démocratie, etc.
- Décocher la case « entraîner le modèle avec mes données » dans les outils d'IA, et éviter de mettre des données confidentielles, des secrets.
- Partir d'abord de ses compétences. Ne pas déléguer des tâches que l’on ne maîtrise pas soi-même, que l'on n'est pas capable de cadrer en amont et de contrôler à la sortie.
- Prolonger nos métiers, nos expertises avec l'IA, mais ne pas penser que l'IA va s'y substituer. Ce qui donne de la valeur au GPT persona de la ville de Nantes, c'est bien le fait qu'il ait été nourri avec de vraies études.
- Donc générer des productions de valeur, utiles et utilisables pour éviter le « work slop », cette perte de temps avec des contenus générés par l'IA apparemment corrects, mais en réalité des V1 difficiles à transformer rapidement en livrables opérationnels.
- Appliquer la règle « good in, good out ». La qualité du résultat dépendra toujours de la qualité de ce qu'on donne à la machine.
- Ne pas penser l'IA comme un appel à la paresse, mais comme une source de stimulation. Dans son ouvrage Le Paradoxe du tapis roulant, Marion Carré, entrepreneuse et experte en intelligence artificielle, fait le parallèle avec l'apparition des premiers tapis roulants laissant penser que, nous laissant transporter, nous n'allions plus marcher : « Comme un tapis roulant, en accélérant notre pensée, l'IA nous conduit tous dans la même direction... Cette perspective d'une standardisation de la pensée n'est toutefois pas une fatalité. [Il s'agit] de lui redonner une place qui ne soit pas celle d'un substitut, mais d'un catalyseur. De faire du tapis roulant un tapis de course. »
- Positionner l'IA comme un sparring partner qui nous challenge, et exige davantage d’originalité. « Aujourd'hui on ne peut plus dire de banalité, car l'IA est bien meilleure que nous pour en dire. Ça nous pousse dans nos retranchements pour dire des choses créatives et originales, et ça, c'est plutôt stimulant », conclut Daniel Bô.