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« Ça passe » : nouveau standard de nos communications ?

Publié le : 9 juin 2026 à 07:07
Dernière mise à jour : 11 juin 2026 à 10:35
Par Mary Mackay

Tout a commencé par des sous-titres approximatifs de reels sur les réseaux sociaux. Puis ce furent des césures mal placées, ou encore des mots orphelins en fin de ligne cherchant leur voisin naturel, semblant abandonnés en route. Suis-je la seule à être horrifiée par ces mutilations orthotypographiques ? On soupire, on sourit, et on se dit que ce n’est pas bien grave : ça passe (à prononcer avec trois « a » en levant les yeux au ciel).

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Par Mary Mackay, responsable communication et événementiel à l’IUT Nord Franche-Comté, université Marie & Louis Pasteur, membre du Comité de pilotage de Cap'Com.

Le problème, c’est que ce réflexe ne s’arrête pas aux réseaux sociaux. Il se glisse partout, IA générative incluse. Un message relu trop vite ? Ça passe. Un visuel validé sans conviction ? Ça passe. Un événement monté dans l’urgence, avec trois rustines et beaucoup de bonne volonté ? Ça passe aussi. Et comme ça ne choque presque plus personne, on finit par s’y habituer. Jusqu’au jour où ça ne passe plus.

Parce qu’il faut bien reconnaître que cette pente n’est pas née de nulle part. Quand on demande toujours davantage avec des moyens constants, quand les délais se raccourcissent, quand les équipes se tendent, quand l’attention se disperse, alors le « suffisamment bien » devient une stratégie de survie. On ne vise plus juste : on vise tenable. On ne cherche plus la justesse : on cherche la possibilité de finir. Nos supports ? Pas assez soignés pour être vraiment bons, pas assez ratés pour être franchement mauvais. Suffisamment propres pour ne pas déclencher d’alerte, légèrement bancals pour trahir le manque de parti pris, d’investissement, de cœur à l’ouvrage. C’est le royaume du « On verra plus tard », du « Ça fera l’affaire », du « C’est bon, on laisse comme ça ». Bref : une forme de nivellement par le bas, mais avec des formulations polies.

Alors ceux qui veulent que ce soit juste, aligné, impeccable souffrent. Ces personnes qui repèrent la virgule de travers, la césure malheureuse, la formulation molle, le visuel un peu trop chargé, le timing un peu trop long. Ceux qui passent pour tatillons, parce qu’ils refusent que le « à peu près » devienne un style. Moi la première, qui parfois m'épuise dans les détails, un brin déglingo du perfectionnisme, qualifiée d’exichiante par une ancienne voisine de bureau.

La question n’est pas de savoir s’il faut être perfectionniste, ni d’opposer les uns aux autres. La question est plutôt : qu’est-ce qu’on accepte de laisser passer, et à quel moment cela devient-il une forme de renoncement ? La viralité se fait-elle au détriment de la qualité ? Est-ce qu’on veut encore faire du travail qui tient debout, ou simplement du travail qui « passe » dans l’instant ? Question de justesse et de curseur qui interroge le sens – si ce n’est le goût – du travail bien fait.

Tout comme Cap’Com a sorti ses éthiquomètres, je me prends à imaginer une graduation allant de l’expression « Le diable se cache dans les détails » à « Il ne faut pas chercher la petite bête » en passant par le fameux « Ça passe ».

  • Vert : fierté ! C’est propre, soigné, le résultat suit l’intention.
  • Vert clair : on applaudit sans faire trop de bruit.
  • Jaune : ça passe, pas glorieux mais pas honteux non plus. On sent la bonne intention mais elle est coincée sous l’à peu près.
  • Orange : le fameux « peut mieux faire » de nos bulletins de notes du collège. Question de moyens ou de volonté ? Quand on valide trop vite, trop flou, trop mou, on commence à perdre le fil, et tout le monde fait semblant, prétendant que c’était prévu.
  • Rouge : le flou vendu comme stratégie.

N’ayant pas de solution miracle, je me raccroche à l’idée que la rigueur finit toujours par payer. Même si elle prend du temps, de l’énergie, des moyens, de la bande passante sous forme d’argumentaire... C’est un investissement. Soyons à la hauteur de notre professionnalisme, pour ne pas risquer qu’à force de « Ça passe », cela ne se finisse en « Ça casse ».


Visuel volontairement généré par l’intelligence artificielle (Gemini), illustrant parfaitement le concept du « Ça passe » tirant vers le rouge. On parle de gain de temps, là où il convient d’interroger le gain de sens.