C’était mieux avant ? Pas sûr
Les participants aux dernières Rencontres de la communication numérique de Cap’Com, à Rennes, ont été interrogés sur leurs préoccupations du moment. On leur a notamment demandé si « c’était mieux avant ».
Par Marc Cervennansky, responsable du centre web et réseaux sociaux de Bordeaux Métropole et membre du Comité de pilotage de Cap'Com.
« Ce n‘était pas mieux avant ; ça a surtout changé. » Cette phrase, glissée par un répondant, résume bien le ton général. Pas de regret exprimé du bon vieux temps des sites web et des premières pages Facebook. Plutôt une méfiance envers une nostalgie d’un passé fantasmé. C’est rassurant : les communicants numériques ne sont pas devenus des vieux grincheux.
Un besoin dominant : reprendre la maîtrise face à la profusion
Ce qui affleure, en revanche, c’est la fatigue. Pas celle du travail, celle de la course. Multiplication de plateformes qui changent de règles, algorithmes qui changent d’humeur, formats qui naissent et meurent en quelques mois. Plusieurs communicants veulent « faire le tri entre ce qui est utile et ce qui est superflu », « éviter de se disperser dans la profusion des outils de communication ».
Cela sous-entend : le droit de ne pas tout suivre, de ne pas être à tout prix sur toutes les plateformes. Après des années d’injonction à investir tous les réseaux, le besoin le plus urgent est peut-être d’identifier ce qu’on peut lâcher, et mieux communiquer, sur moins de canaux.
L’IA : moment charnière ou nouvelle injonction ?
L’intelligence artificielle est évidemment dans toutes les têtes. Mais pas comme une solution à tous nos problèmes. Un communicant parle de « moment charnière » pour nos métiers. On sent derrière l’expression un mélange de curiosité et d’inquiétude sur la place du communicant demain.
C’est le paradoxe : nous sommes censés accompagner nos collectivités dans ces transformations, alors que nous les subissons nous-mêmes. Et personne n’ose trop le dire.
Savoir ce que font les autres
Une autre attente qui revient : savoir ce que font les autres collectivités. Retours d’expérience, trucs et astuces, échanges entre pairs. Derrière ce besoin d’exemples, il y a aussi sans doute un besoin de se rassurer. Est-ce que les autres galèrent autant que moi ? Est-ce que je suis le seul à tâtonner ?
Dans un domaine saturé d’informations, c’est le témoignage d’un collègue qui reste la source la plus recherchée.
Une interrogation sur ce qui a été gagné… et perdu
Les réflexions exprimées ne se limitent pas à opposer « avant » et « maintenant ». Elles interrogent les arbitrages : qu’avons-nous gagné avec le numérique ? Qu’avons-nous perdu ?
Sont notamment citées comme pertes possibles : l’authenticité, la maîtrise du temps, la souveraineté des contenus, la possibilité de développer des formats longs, la simplicité du dialogue humain.
En contrepartie, certains communicants identifient des gains en matière d’accessibilité, de portée et de simplicité.
Rester maître de ses choix
Fatigue de la course, ambivalence face à l’IA, besoin des pairs, tension entre moyens et accessibilité… Ce qui ressort globalement de toutes ces impressions, c’est la question de comment rester maître de ses choix de communication dans un environnement numérique qui évolue plus vite que les organisations ?
Portrait de toute une profession ou simple ressenti d’une poignée de communicants réunis à Rennes ? Est-ce que cela résonne pour vous, que vous soyez spécialiste de la communication numérique ou non ? Et vous, qu’est-ce que vous garderiez, changeriez, arrêteriez ?
Photo : Cap’Com.