À Garges, les communicants publics entre nouveaux mandats et révolution IA
Faire le lien avec les nouveaux élus, redéfinir les priorités, absorber l’irruption de l’intelligence artificielle… Réunis dans l’hôtel de ville, le 18 mai, pour une nouvelle rencontre régionale Cap’Com, une trentaine de communicants publics nord-franciliens ont dressé le portrait d’un métier en pleine recomposition. Une photographie très concrète des défis qui traversent aujourd’hui les collectivités.
Cette réunion régionale, accueillie par Cyrielle Flosi, directrice de la communication et de l’événementiel de la ville, a, comme à chaque étape, contribué à dessiner une cartographie sensible de la communication publique territoriale.
Après une introduction sur la vie du réseau et la présentation d’une étude récente, par la directrice adjointe et le délégué général de Cap’Com, ainsi qu’une intervention de Damien Pfister, directeur de la communication de la ville de Villeparisis, associé de la coopérative Cap’Com, un échange a été ouvert avec les participants.
Et le premier sujet de préoccupation en était le dialogue avec les nouvelles équipes politiques. À Sevran, où l’exécutif a été renouvelé sans alternance, la priorité est limpide. « Là, pour l’instant, c’est un peu la cacophonie. Il va falloir tirer des fils rouges et des axes saillants pour être audibles. » Derrière la formule, un enjeu bien connu des communicants publics : recréer rapidement une cohérence narrative, hiérarchiser les messages, transformer une somme d’intentions politiques en stratégie lisible.
Mais ce sont aussi les outils eux-mêmes qui changent. À Colombes, le chantier du moment concerne la numérisation de l’affichage municipal. Plus de 400 affiches et supports imprimés sont produits chaque année : un volume qui pousse la collectivité à envisager le déploiement d’écrans connectés dans ses équipements publics. Conservatoires, mairies de quartier, CCAS : l’affichage dynamique est un média de plus en plus courant. L’échange a toutefois montré que la promesse technologique ne suffit pas. Qui garde la main sur les contenus ? Quelle autonomie accorder aux services ? Comment former les équipes ? Et surtout, à quel prix écologique et humain ? Une communicante résume l’ambivalence : la réduction du papier peut sembler vertueuse, mais l’augmentation de la pollution lumineuse, les coûts énergétiques et la charge de travail supplémentaire interrogent. « Le chargé de communication numérique a vu sa charge de travail exploser. » Un constat qui rappelle qu’aucune innovation technique n’est neutre du point de vue de l’organisation du travail… suivez notre regard !
Une IA encore floue
Mais c’est bien l’intelligence artificielle qui a cristallisé les échanges. Sujet omniprésent, parfois déjà intégré dans les pratiques, souvent encore mal cadré. Dans certaines collectivités, l’IA s’invite discrètement via des contenus préparés par d’autres services – cette « shadow IA » que les communicants identifient assez rapidement. Mais dans d’autres, elle est peut-être mieux encadrée. À Bondy, l’IA aide ainsi les agents à formuler des réponses aux signalements des habitants. À Plaisir, les graphistes l’utilisent déjà au quotidien dans leurs processus créatifs. À Garges, la municipalité veut aller plus loin, avec une stratégie territoriale plus large, allant des déchets au stationnement, jusqu’à l’organisation prochaine d’Assises de l’IA.
Mais les communicants présents expriment une vigilance claire. L’un évoque un élu envisageant de supprimer un poste en communication au motif que l’IA pourrait remplacer une partie du travail. Une autre rappelle cette évidence : « Ce n’est pas parce qu’on sait écrire qu’on est Voltaire. » Manière de rappeler que produire un prompt n’équivaut pas à exercer un métier. Le consensus du groupe est net : l’IA ne peut être pensée comme un simple outil de production. Transparence, données, propriété intellectuelle, responsabilité publique, fracture numérique : le sujet dépasse largement les directions de la communication. « Il faut surtout sortir l’IA de la seule question de la communication. »
Lors de cette rencontre francilienne, on constatait encore une fois que les communicants publics se retrouvent au cœur de transformations qui touchent à la gouvernance publique locale, aux usages citoyens et à des questions éthiques. Le métier confirme ainsi son déplacement : moins simple producteur de contenus que vigie, traducteur, médiateur et stratège. Un rôle qui promet d’occuper largement les échanges du prochain Forum Cap’Com de Biarritz.