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La résilience au cœur de l'inconnu

Publié le : 27 avril 2026 à 07:07
Dernière mise à jour : 30 avril 2026 à 11:58
Par David Laidet

Avouons-le… Les six mois qui ont précédé le scrutin municipal n'ont pas été des plus intéressants, professionnellement parlant. Dans la com, c'est souvent l'attente. Et souvent aussi le moment de réfléchir à l'après, aux sujets que l'on pourrait envisager, aux projets que l'on pourrait mener. Dans la continuité. Et il arrive que ce ne soit pas le cas. Un changement d'exécutif et c'est tout un microcosme qui se retrouve perturbé et rempli d'interrogations. Alors, au-delà des 100 premiers jours du mandat, j'ai voulu analyser les 15 premiers jours. Quand ils sont confrontés à un changement de maire, comment s'organise la pensée (et demain les actions) chez les communicants ?

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Par David Laidet,
directeur de la communication de la ville de Grande-Synthe.

L’instant T

Dimanche 15 mars 2026, 20 heures, le couperet tombe pour l'ancienne équipe municipale. Deux candidats, un seul tour, une continuité de six ou sept mandats stoppée nette. Quelques coups de fil et SMS plus tard, le futur nouveau maire va devoir constituer son équipe, s'organiser, comprendre la structuration d'une mairie de plus de 900 agents. Et jusqu'au vendredi 20 mars, date du conseil municipal d'installation, il faut attendre. Et répondre aux nouvelles consignes « hors cadre » de la nouvelle équipe. Les agents municipaux sont dans ce no man's land administratif, entre loyauté institutionnelle et incertitude personnelle. Mais que va-t-on devenir, nous, communicants ?

Les premiers jours de la semaine

Lundi matin, 8 heures. Les couloirs sont les mêmes. Les visages aussi. Un brin d’incertitude, un brin de mélancolie, un brin d’inquiétude… Mais quelque chose a tout de même changé. On se regarde différemment. On chuchote davantage. Les téléphones sonnent plus qu'à l'ordinaire. Certains cherchent les nouvelles, d’autres déjà des décisions ou des annonces. Dans les services, chacun fait le dos rond et attend. Le communicant, lui, n'a pas ce luxe : les réseaux sociaux de la ville tournent et reprennent de la vitesse au lendemain de ces six mois de campagne où la com était quelque peu muselée par le droit électoral.

Et déjà, ça bouge… Les habitants reprennent contact, posent des questions. Il faut continuer à exister institutionnellement sans anticiper politiquement.

Le premier CM

Vendredi 20 mars, c’est soir d’installation de conseil municipal. Et pour le service communication, c'est une séance de travail intense déguisée en cérémonie. Assurer la retransmission télé, celle pour les réseaux. Il faut faire bonne impression et ne pas se planter. Et puis, nous allons observer. Décrypter les premiers signaux du nouveau maire. Quel ton ? Quelle image veut-il donner ? Quels mots reviennent ? Nous, communicants, sommes déjà en mode écoute active.

La première visite

Dans la même soirée, on me prévient. Le maire fera « une revue des troupes aux services techniques ». Quand ? Lundi à 7 h 30. Et pour nous, c'est un moment clé à ne pas rater. Et à ne pas médiatiser. Ça restera en interne. Mais on le voit déjà : une visite aux services techniques, c’est concret, humain, ancré dans le quotidien et ça va rassurer les agents.

Le premier contact avec le dircom

Dans l’après-midi, coup de fil de la dircab. Le maire souhaite me rencontrer. Aïe… Moi le dircom, celui-là même qui a assuré la communication territoriale du projet de mandat de l’ancien maire. C'est souvent le rendez-vous le plus attendu – et le plus redouté des deux côtés. Placard ? Continuité de service ou renouvellement de confiance ?
Ce premier entretien est fondateur. Il s'agit d'instaurer une relation de confiance, de poser les bases d'un fonctionnement, de clarifier les attentes mutuelles et les relations. La loyauté du fonctionnaire que je suis a payé. La confiance a été renouvelée sans équivoque.

Le séminaire

Événement inédit, le maire décide de fermer les services lors d’un après-midi de type séminaire : présentation des élus, des grandes lignes du programme, de la feuille de route. Et des messages clairs. Une règle du jeu. On bosse, on se respecte et on travaille pour les habitants.
C’est ainsi qu’on commence à tracer les contours d'une identité de mandat. Le maire a également tracé ceux du mandat.
Maintenant, les agents savent. Toutes les réponses ne sont pas encore là, mais les premières pierres sont posées. Et ça, déjà, c’est un signe.

Et après ?

Quinze jours. C'est peu. C'est beaucoup à la fois. Dans ce laps de temps, mon équipe et moi-même avons dû faire preuve d'une résilience située entre « inquiète » et « tranquille ». Nous avons continué à faire tourner « la boutique » tout en apprenant à connaître ses nouveaux interlocuteurs et décideurs.

En ce qui me concerne, je ne perds ni mon cap, ni mes repères professionnels. Quant à la suite, elle appartient à ceux qui auront su, dans ce moment suspendu entre deux mandats, rester debout et surtout utiles.

Ce que j’ai appris ces dernières semaines ? Dans la compublique, la résilience n'est certainement pas qu’une simple posture. C’est aussi et surtout une raison d’être.

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