Prix de la presse territoriale : c'est Marseille, bébé !
Vibrante, solaire et éclectique, Marseille ne ressemble à aucune autre. Il en est de même pour son journal municipal lancé fin 2023. « Marseille, le magazine des Marseillaises et des Marseillais » se démarque et vivifie la presse territoriale. Décryptage du succès de cette publication citoyenne, lauréate du Prix de la presse et de l'information territoriales 2026.
Lancée en novembre 2023, la publication municipale phocéenne marque le retour d'un outil d'information publique directe qui avait longtemps manqué de cohérence dans la deuxième ville de France. L’ancienne formule avait été abandonnée en 2003. Plus de vingt ans après et intitulé Marseille, le magazine des Marseillaises et des Marseillais, ce support imprimé est publié sous forme bimestrielle avec un gros tirage de 433 000 exemplaires de 44 pages.
Carte d'identité du magazine
- Périodicité : bimestriel (6 numéros par an).
- Pagination : 44 pages.
- Format : grand format 23 × 30 cm.
- Tirage : 433 000 exemplaires (distribution globale en boîtes aux lettres).
Retrouvez ici toutes les infos techniques de la parution.
Un magazine à l'image des Marseillaises et des Marseillais : populaire, vivant, ouvert.
Plutôt que d'en faire un simple support d'autopromotion pour l'exécutif, la ville de Marseille a réinventé son magazine municipal avec le souhait d'en faire un véritable vecteur d'appartenance et de démocratie locale. « Ce magazine, nous l’avons voulu à votre image : populaire, vivant, ouvert. C’est un magazine qui rassemble les Marseillaises et les Marseillais, un magazine pour vous mettre à l’honneur et vous donner la parole. Au fil des pages, vous découvrirez la force d’une ville qui se reconstruit, les projets qui émergent tous les jours dans tous les quartiers de Marseille, qui font la fierté et la puissance de notre ville. Ce magazine vous appartient » indiquait le maire Benoît Payan dans le 1er numéro du mag en 2023.
Donner la parole à ceux qui font Marseille
Le parti pris stratégique majeur de la direction de la communication a été de préférer les actes aux discours institutionnels. Contrairement à ce qui se fait dans les journaux municipaux traditionnels centrés sur l'agenda du maire et des adjoints, la cité phocéenne valorise l'action publique par la preuve et le témoignage du terrain. Ce sont les usagers, les agents municipaux, les acteurs associatifs et les figures de quartier qui expliquent les transformations de la ville.
Et cette promesse éditoriale passe par la couverture équilibrée de l'ensemble de ses quartiers. Marseille est une cité caractérisée par sa géographie fracturée et ses disparités socio-économiques marquées entre les quartiers nord, le centre-ville et les quartiers sud. La ligne éditoriale impose un équilibre strict afin de représenter la diversité de tous les quartiers de la ville sans tomber dans la caricature ou les clichés. Dans les quartiers nord, ce sont par exemple les fermes urbaines qui sont mises en lumière, la rénovation des écoles et des centres sociaux. Le récit autour du littoral et du centre-ville propose plutôt des focus sur la protection de la biodiversité marine, la piétonnisation et la transition écologique. Les quartiers ne sont pas dénaturés, ils ne sont pas comparés. Ils sont racontés tels qu'ils sont.
À noter que certains de ces 111 quartiers profitent également de magazines d’arrondissements, émis par les mairies de secteur. On se souvient par exemple du magazine des 4e et 5e arrondissements (3e secteur), primé l’année dernière pour sa qualité graphique et iconographique.
Pour capter une population variée aux habitudes de lecture hétérogènes, la rédaction applique une modularité d'écriture.
- Le snacking content (lecture rapide, à picorer), avec des brèves d'actualité de proximité ; des infographies explicatives et des repères chiffrés et des citations en exergue, et des guides pratiques (agendas culturels, démarches simplifiées).
- Le format long, avec des dossiers de fond sur les grands chantiers structurels (plan écoles, logement digne, transition écologique), de grands portraits d'habitants et des enquêtes thématiques sur la vie citoyenne.
La photographie et l'incarnation en première ligne : Marseille voit grand
La municipalité a fait le choix du grand format et du visuel immersif. En effet, ce format inédit de 23 × 30 cm se rapproche davantage de la revue spécialisée ou de la presse magazine nationale que du journal municipal classique. C'est d'ailleurs une tendance que l'on peut qualifier de généralisée. Les collectivités ne se cantonnent plus aux formats standards. Ce choix technique offre des blancs généreux dans la mise en pages, réduisant la sensation de saturation textuelle et donnant toute son ampleur à la photographie. La ville de Marseille fait le pari d'une iconographie humaine et authentique. Les unes du magazine exposent des visages expressifs, des regards profonds et des tranches de vie marseillaises, évitant soigneusement les poses figées des cérémonies institutionnelles. La charte graphique s'articule autour de teintes organiques (minéral, bleu mer, vert forêt) en cohérence avec le cadre naturel de la cité méditerranéenne. Les clichés sont majoritairement réalisés par les photographes de la ville en conditions réelles.
Refléter la diversité et l’identité forte de Marseille sans tomber dans les clichés.
Liant authenticité et promesse éditoriale, la rubrique participative « L'œil des Marseillais » intègre directement les photographies envoyées par les habitants, renforçant la dimension communautaire du journal. Parce que Marseille ne se résume pas au savon, au pastis et à la Bonne Mère, la rédaction affirme sa volonté d'« un parti pris de refléter la diversité et l’identité forte de Marseille sans tomber dans les clichés ».
Souveraineté éditoriale et engagements écologiques : un magazine 100 % maison
Pour son magazine, la mairie de Marseille a fait le choix d'internaliser la conception. Une équipe restreinte et dédiée, de cinq équivalents temps plein (ETP), assure la rédaction en chef, le suivi du chemin de fer et le secrétariat de rédaction. Cette organisation permet une grande souplesse, une meilleure maîtrise des coûts et une réelle proximité avec le terrain.
La ville s'inscrit également dans plusieurs engagements écoresponsables et d'accessibilité.
La parution comporte 0 % de publicité commerciale. Les seules pages de promotion sont réservées aux campagnes de communication de la collectivité. Indépendance éditoriale totale et confort visuel garanti. Comme de nombreuses autres institutions maintenant, l'impression est certifiée sur papier 100 % recyclé à partir d'encres végétales.
Côté accessibilité, les polices de caractères se veulent épurées, avec de forts contrastes typographiques pour garantir une lisibilité maximale. Des versions adaptées du magazine sont mises à disposition pour les personnes malvoyantes.
Un Prix et des perspectives d'avenir
Le succès de cette démarche a été salué par l'ensemble du secteur de la communication publique, avec l'obtention du Prix de la presse et de l'information territoriales 2026. Le jury a souligné la capacité de ce support à réinventer le lien citoyen et à transformer la communication d'une grande métropole à travers l'authenticité et l'inclusivité. « C'est un support multigénérationnel, mais avec une identité forte et reconnaissable. Le format se prête à l'intégration de nombreuses photos, qui servent la diversité journalistique et de contenus », affirmait l'un des membres du jury. « Le magazine réussit à intégrer de nombreuses notions de service public, c'est toujours pertinent et équilibré », complétait Nathalie Sonnac, présidente du jury 2026.
Le « magazine des Marseillaises et des Marseillais » ne s'appuie cependant pas sur ses acquis et s'ouvre déjà à de nouveaux défis. Pascale Hulot, cheffe de service de la mission rédaction de la ville de Marseille, se projette déjà dans une évaluation continue du lectorat. La rédaction souhaite en effet mettre en place des outils de mesure d'impact pour évaluer la satisfaction réelle des habitants et le taux de lecture par tranche d'âge ou par secteur. La complémentarité print-numérique se voudra par ailleurs renforcée à l'avenir, avec la volonté de faire basculer les lecteurs du journal papier vers les contenus interactifs de la ville (site web, plateformes de participation citoyenne, réseaux sociaux) grâce à des passerelles vers des contenus enrichis (QR codes, bonus vidéo).