Responsable ou irresponsable ?
Bordeaux, 22 heures. 35° au thermomètre de ma terrasse. Pendant que la canicule ramollit les touches de mon ordinateur alors que je rédige cette chronique, je m’apprête à animer une nouvelle formation pour encourager les fonctionnaires à utiliser l'IA générative. Laquelle consomme de plus en plus d'eau pour refroidir des data centers qui consomment de plus en plus d'énergie, qui contribuent eux-mêmes au réchauffement climatique. On n'est plus à un paradoxe près.
Par Marc Cervennansky, responsable du centre web et réseaux sociaux de Bordeaux Métropole et membre du Comité de pilotage de Cap'Com.
Je vous livre ici quelques réflexions personnelles avant de partir en vacances et de laisser mon ordinateur refroidir tout l'été dans un coin – promis ! (Vous noterez au passage l’emploi du tiret demi-cadratin « – » tapé à la main, et non du tiret cadratin « — », qui aurait été la preuve que cette chronique a été écrite par ChatGPT.) Ces réflexions portent, vous l’aurez deviné, sur l’évolution des usages de l’intelligence artificielle, notamment dans nos métiers de communicants.
On a beau se poser des questions...
On a beau se poser plein de questions, on a beau publier des chartes de bon usage, force est de constater que tout le monde, ou presque, emploie de plus en plus l'IA générative pour des besoins personnels comme professionnels.
Nous pourrons d’ailleurs le vérifier aux Rencontres de la communication numérique à Rennes début octobre, puis au Forum de Biarritz début décembre. Le cabinet Civiteo et Cap'Com dévoileront les résultats de la grande enquête nationale sur les usages de l'IA dans la communication publique. J’ai pu avoir accès en avant-première aux résultats. C’est passionnant… et aussi inquiétant.
Face à l’IA, notre responsabilité s’alourdit
Nous, communicants publics, allons-nous céder à la facilité de l’IA, à la rapidité de l’IA, à la diminution des coûts, à la suppression de postes ou de la sous-traitance, dans une vision court-termiste ?
Parce qu'à l'heure où il devient de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux dans les textes, dans les photos, dans les vidéos, notre responsabilité s'alourdit. Et il y va de la crédibilité de la communication publique.
Toqués des tokens
Mais peut-être que bientôt sifflera l’heure de la fin de la récré pour nos usages actuels de l’IA. Pourquoi ? Parce que nous consommons de plus en plus de tokens. Les tokens, pour faire simple, ce sont les unités de mesure de consommation de l’IA. Quand vous utilisez ChatGPT, par exemple, vous pouvez consommer x centaines de milliers de tokens au cours d'une période définie de quelques heures. Au-delà, l’IA ne vous répond plus et vous incite à souscrire logiquement à un abonnement payant, pour bénéficier de davantage de tokens.
Mais les usages de l’IA ont tellement explosé que les principaux acteurs de l’IA ont du mal à répondre aux demandes. Donc le nombre de tokens alloués diminue, y compris pour les versions payantes.
Encore un paradoxe à gérer : l’incitation à mettre de l’IA partout, à l'utiliser de plus en plus, mais une IA qui va coûter de plus en plus cher. Aujourd'hui, la plupart d’entre nous l’utilisons gratuitement. Serons-nous prêts à payer demain ? Surtout quand nous ne pourrons plus nous en passer…
La com de A à E
Tout cela est-il bien responsable ? Comment évaluer notre communication au regard de tous ces enjeux et ces questionnements métaphysiques ? Alors que Mary Mackay se demandait dans le précédent numéro de Point commun si le « Ça passe » allait devenir le standard de la communication ; alors que je m'apprête à participer à l'université d'été de la communication responsable à Toulouse (il reste des places), je suis pris d’un vertige communicationnel et existentiel.
Eurêka ! Et si on inventait le Nutri-Score de la compublique ? Un label qui permettrait de qualifier le niveau de qualité et de responsabilité de la communication.
Une note A au Nutri-Score = de la com artisanale, 100 % humaine, écrite à la plume, avec des taches d'encre. Des photos prises en argentique, développées sur papier. Des sentiments, le sens assumé du service public. La juste information au bon moment.
Une note E au Nutri-Score = du texte écrit à 100 % par ChatGPT, sans âme, sans la moindre vérification, avec des chiffres inventés. Des vidéos fake news réalisées avec Grok, l’IA d’Elon Musk. Des posts à gogo saturant les réseaux sociaux…
Une note, pour la route
Allez, vous me direz quelle note vous attribuez à cette chronique. D’ici là, je vous souhaite un bel été, plein de belles rencontres. Des vraies. Sans smartphone et sans IA (sauf pour effacer de la photo tonton Raoul qui cache la vue sur la montagne).
PS : on me glisse à l'instant dans l’oreillette que l’Union européenne, dans le cadre de l’IA Act, vient de créer une bibliothèque de logos à apposer sur les contenus créés avec de l’IA. Cela me donne une nouvelle idée : si on créait un méta-Nutri-Score qui classerait tous les Nutri-Scores et les labels créés à droite et à gauche ?
Illustration créée avec l’aide de l’IA de ChatGPT – Nutri-Score compublique de l’illustration : D.