Affronter la « guérilla éditoriale » par la sobriété
Face à l’injonction permanente de produire toujours plus de contenus pour alimenter les algorithmes des plateformes et à une inadéquation des moyens au regard des besoins, on peut faire le choix de ralentir. À l’occasion du Festival de l’information locale de Nantes, Benjamin Teitgen, directeur de la communication du département d’Ille-et-Vilaine, a présenté une stratégie pensée au profit d’une sobriété numérique et humaine assumée.
Pendant des années, la règle implicite consistait à occuper le terrain sans discontinuer, publier souvent, sur tous les réseaux, en se pliant aux règles évolutives des plateformes. « La guérilla éditoriale, c'est épuisant. On a des petites équipes. En face, on a des abonnés qui eux-mêmes sont épuisés par la masse de contenu qu'ils voient tous les jours. Le “plus on publie, plus on est lu”, pour nous, ça ne marchait pas du tout », explique Benjamin Teitgen.
Pour sortir de ce cercle vicieux, la collectivité a décidé de quitter la plateforme X il y a deux ans, et de réduire drastiquement la fréquence de publication sur les autres canaux avec un seul post par jour sur Facebook, deux par semaine sur Instagram, et deux à trois par semaine sur LinkedIn.
Le résultat est concluant : si la portée a légèrement diminué, l'engagement a progressé et, surtout, la santé des agents a été préservée. « J'ai des équipes aujourd'hui qui vont bien, qui sont en phase avec ce qu'elles font, et ça vaut largement les quelques points d'audience en plus ou en moins », affirme-t-il.
Faire moins, mais de manière pérenne
Au-delà de la santé mentale des équipes, la question de l’empreinte écologique du numérique est venue accélérer cette prise de conscience. Produire de la vidéo à la chaîne génère une charge serveur considérable qu'une collectivité publique ne peut plus ignorer. « On est revenus en arrière fortement parce que la sobriété a changé la donne. On doit se poser la question de notre empreinte numérique. Faire des vidéos pour tous les sujets, même quand un article écrit fait tout aussi bien l'affaire, pèse beaucoup sur les serveurs », explique Benjamin Teitgen.
Désormais, la collectivité ne produit plus que trois ou quatre vidéos par mois, avec un critère strict : la pérennité. Seuls les sujets conservant un intérêt pédagogique ou de service public à échéance d'un, trois ou cinq ans bénéficient d'un format vidéo.
Pour Benjamin Teitgen, l'enjeu reste de rompre avec la dépendance exclusive aux algorithmes en réinvestissant les canaux propriétaires, comme les newsletters et magazines d'information. « Je rêve que les réseaux redeviennent sociaux. Le but du jeu, c'est de trouver le bon équilibre entre une politique socialmedia qui répond à un objectif, la santé des équipes et la santé mentale des abonnés », conclut-il.